Journée des réfugiés : des Burundais exilés font face à d’énormes difficultés

Journée des réfugiés : des Burundais exilés font face à d’énormes difficultés

La date du 20 juin de chaque année est dédiée aux réfugiés par les Nations Unies, une occasion de faire une introspection sur la protection des droits des exilés. Pour cette année, elle arrive au moment où plus de 280.000 réfugiés burundais dont la plupart vivent dans les camps affirment faire face à plusieurs problèmes. Pour eux, la journée « ne signifie pas grand chose ». SOS Médias Burundi a joint certains d’entre eux dans différents camps de la sous-région, ils ont réagi. (SOS Médias Burundi)

Tanzanie

Pour la plupart des réfugiés burundais des camps de réfugiés en Tanzanie, leur vie d’exil est rendu davantage plus difficile par le pays hôte.

Evelyne N. vient de passer six ans au camp de Nduta. Son mari est porté disparu depuis plus d’une année. Pour elle, la vie est dure. “Comment puis-je célébrer la soi-disante journée des réfugiés alors que je suis malheureuse avec mes trois enfants sur la terre d’exil. J’ai fui l’insécurité pour trouver la persécution ici”, dit-elle.

Son compatriote Ferdinand B., ne cache pas lui aussi son indignation. “En six ans, j’ai été arrêté et emprisonné au moins trois fois. On m’a accusé injustement de faire partie des groupes rebelles qui déstabilisent le Burundi. Et on nous dit qu’il faut veiller nous-mêmes à nôtre sécurité. Je ne trouve pas ça normal”, lâche-t-il.

Mélanie elle, vit au camp de Mtendeli où elle a été obligée de fermer son stand au marché. “Ce n’est pas par volonté ou par manque de capital, c’est plutôt à cause des mesures contraignantes prises à notre encontre par l’autorité tanzanienne. Les marchés et les stands ont été fermés ici et du coup, j’ai cessé mon petit commerce qui me rapportait beaucoup. C’est vraiment ridicule de nous demander de célébrer cette journée que je ne connais même pas”, s’exclame-t-elle.

Au camp de Nyarugusu, les réfugiés sont toujours sous le choc. “La meilleure façon de nous aider à célébrer cette journée serait de nous laisser élire librement nos représentants, de libérer nos compatriotes emprisonnés et de nous laisser pratiquer l’agriculture”, laissent-ils entendre.

Dernièrement, des élections d’un représentant de réfugiés ont été contestées dans ce camp entraînant des heurts entre policiers et réfugiés, ce qui a conduit à l’arrestation et à la détention de dizaines de réfugiés.

Quid du Covid-19

Dans les camps de Dzaleka (Malawi), Nakivale (Ouganda) Meheba (Zambie), le Covid-19 a empiré la situation.

Ces pays se retrouvent sous la deuxième vague de la pandémie et les camps sont confinés, de quoi inquiéter les réfugiés. “Le Covid-19 fait rage, les malades se comptent par centaines. Les conséquences sont nombreuses car on enregistre plusieurs coupures de ration. La pandémie est venue aggraver la situation car la vie était aussi dure”, ont réagi des réfugiés burundais de Meheba et Nakivale.

Rwanda

Au camp de réfugiés burundais de Mahama au Rwanda, le mot famine revient sur toutes les lèvres. “La ration a sensiblement été revue à la baisse, nous sommes classés en catégories sociales pour recevoir de l’argent, (3040 Frw) par mois, ce qui ne représente rien pour une grande partie de réfugiés. C’est vraiment dommage et les rapatriements en cours sont peut être déterminés par ce facteur. Certains préfèrent rentrer au lieu de mourir ici”, ont indiqué des Burundais.

Une pancarte de la zone C du camp de Nduta
Une pancarte de la zone C du camp de Nduta

Cependant, ils remercient le gouvernent rwandais en ce qui est de la sécurité physique ou de leurs biens.

RDC

En République Démocratique du Congo, les réfugiés burundais sont installés dans les camps de Lusenda et Mulongwe. Il y a aussi deux centres de transit à savoir Sange et Kavimvira. Ils se trouvent dans la province du Sud-Kivu à l’est du pays.

Des réfugiés qui se sont confiés à SOS Médias Burundi disent que la journée leur dédiée les trouve dans des conditions très déplorables.

Ils affirment qu’ils font face à la famine, au difficile accès aux soins de santé et à la scolarité de leurs enfants.

Pour l’assistance alimentaire, le PAM (Programme Alimentaire Mondial) donne de l’argent aux réfugiés pour qu’ils achètent eux-mêmes des vivres au lieu de les leur distribuer. Seulement, l’aide peut se faire attendre pendant des mois. « On peut passer quatre mois sans être assistés par le PAM, ce qui pousse nos femmes à la débauche ou à voler dans des champs de Congolais pour trouver de quoi nourrir les enfants », affirme Mathieu Nzoramya, un Burundais basé à Lusenda.

Pour Marie Ciza, une réfugiée du camp de Mulongwe, ce qui lui fait très mal c’est la suspension par le HCR de l’aide scolaire. « Le HCR a suspendu l’aide pour nos enfants qui sont au secondaire. Il explique qu’il fait aussi face à un manque de moyens financiers. Nos enfants sont chaque jour renvoyés de l’école pour manque de minerval », se désole-t-elle.

Elle regrette également le fait que le seul médicament disponible pour les réfugiés est le paracétamol pour toute sorte de maladie.

Pancarte du camp Nyarugusu
Pancarte du camp Nyarugusu

Ce ne sont pas seulement les réfugiés installés à Mulongwe et Lusenda qui se lamentent. Des demandeurs d’asile qui viennent de passer des années dans les sites de transit de Kavimvira et Sange éprouvent les mêmes difficultés.

Le HCR informe avoir diminué l’aide destinée aux réfugiés en RDC suite au manque de moyens suffisants dû à la pandémie de Covid-19.

Dans les pays de la sous région, il y a plus de 280 mille réfugiés burundais installés principalement dans des camps de réfugiés. En 2015, un demi million de Burundais avait fui le pays suite à la crise déclenchée par un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

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Photo : vue du camp de Mtendeli

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