Nakivale (Ouganda) : des Burundais fatigués par l’exil

Nakivale (Ouganda) : des Burundais fatigués par l’exil

Des réfugiés burundais installés dans le camp de Nakivale en Ouganda depuis 2015 pour la plupart se disent fatigués d’un exil qui n’a que trop duré. Plongés dans la pauvreté et le désespoir , ils se demandent à quand le dénouement de la crise politique au Burundi pour rentrer massivement. (SOS Médias Burundi)

Presque tous les réfugiés burundais vivant au camp de Nakivale en Ouganda ont fuit la crise politique de 2015 déclenchée par un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

Ils disent que six ans après, l’espoir de rentrer s’amenuise. “Le manque de solutions aux problèmes de sécurité dans mon pays natal et la crise qui nous a poussés à l’exil restent d’actualité. Nous ne pouvons pas rentrer tant que la situation reste telle qu’elle est aujourd’hui. On nous rapporte chaque jour des attaques et embuscades qui font des victimes dans la population civile”, regrettent des réfugiés qui se sont confiés à notre reporter.
Ils semblent être déçus par le fait que la communauté internationale commence à faire confiance aux autorités burundaises. “L’Union Européenne qui avait décidé d’infliger les sanctions économiques au Burundi pour pouvoir contribuer au retour de la paix et la bonne gouvernance, semble comprendre que ce gouvernement qui a tant violé les conventions internationales dans le domaine des droits humains s’est résolu. Ce qui n’est pas vrai. Au conseil de sécurité de l’ONU, la situation sécuritaire sur le Burundi ne figure plus sur l’agenda périodique », déplorent-ils.

Et de se désoler « Et d’ailleurs, c’est comme si la communauté internationale n’est plus préoccupée par la question des réfugiés burundais. Le budget alloué à notre survie est insignifiant ». « Je reçois 19.000 shillings ougandais par mois comme frais de ration mensuelle. Avec ça, je ne parviens même pas à couvrir la première quinzaine du mois sans parler de l’éducation des enfants et d’autres besoins. Comment ne puis-je pas perdre espoir ? », explique un Burundais de Nakivale.

La carte bancaire hypothéquée.

Selon nos informations, des réfugiés donnent aux boutiquiers leur carte crédit (accordée par le HCR et le PAM pour percevoir de l’argent qui leur est destiné) comme hypothèque pour s’endetter. « C’est par survie que nous le faisons », indique un chef de ménage qui a cinq membres de la famille à nourrir dans le village New Hope.

Les mauvaises conditions de vie entraînent des maladies parmi les réfugiés surtout les enfants. “Chaque semaine, c’est devenu une habitude, parmi mes enfants, il y en a un qui tombe malade. Chaque fois je dois l’amener dans un centre de santé de Nyarugugu, c’est plus proche. Aujourd’hui, le médecin lui a prescrit des médicaments que je ne suis pas à mesure d’acheter. J’ai eu de la peine pour trouver de l’argent afin de m’en procurer. Franchement j’ai perdu la tête, mais plus tard un ami m’a acheté ces médicaments. Je commence à penser à retourner au Burundi malgré la situation qui prévaut dans le pays”, crie une femme du village de Kabazana A.

Les responsables du bureau du premier ministre en charge des réfugiés en Ouganda disent que la survie quotidienne de ces derniers incombe principalement au HCR.

Cette agence onusienne explique la diminution de la ration alimentaire par le manque de fonds suite à une faible contribution de ses partenaires, aggravée par la pandémie de Covid-19. Toutefois, le HCR annonce qu’il continue de plaider pour que les réfugiés soient suffisamment assistés.

Le camp de Nakivale situé dans le district d’Isingiro à l’Ouest de l’Ouganda compte plus 100 mille réfugiés dont plus de 42 mille Burundais.

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Photo : une pancarte montrant le camp des réfugiés de Nakivale

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