Burundi : l’UE veut suspendre les sanctions, des ONGs posent des conditions

Burundi : l’UE veut suspendre les sanctions, des ONGs posent des conditions

Ce lundi, le représentant de l’Union Européenne au Burundi a annoncé que des groupes de travail de l’UE travaillent pour que « soit révoquée la mesure qui suspendait l’aide financière au pouvoir public burundais ». De leur part, des ONGs internationales préviennent. « Il n’y a aucun progrès durable sur les critères de 2016 qui ont poussé les 27 à prendre les sanctions » contre la petite nation de l’Afrique de l’est. (SOS Médias Burundi)

Claude Bochu a été reçu par le président Évariste Ndayishimiye. À la sortie, il a annoncé une très bonne nouvelle pour les autorités burundaises. À tout Seigneur tout honneur, il a gardé la primeur au chef de l’État. « J’étais venu l’informer en primeur des orientations qui ont été prises dans des groupes de travail internes aux institutions européennes associant l’ensemble des 27 membres au sujet du Burundi. À la fin du mois dernier, ces groupes de travail ont unanimement pris l’orientation, donné l’orientation de travailler afin que soit révoquée la mesure qui suspendait l’aide financière au pouvoir public burundais. C’est un progrès remarquable, un développement important, une évolution importante dans les opinions de l’UE et des institutions. Et cette opinion bien-sûr a été attentive à ce qui s’est passé au Burundi. Donc c’est sur la base des évolutions positives qui ont été initiées par le président de la République en termes de bonne gouvernance, d’État de droit et des droits de l’homme que ces mesures ont été prises », a-t-il déclaré à la presse locale à la sortie de l’audience avec un air très joyeux.

Mais pour 12 organisations internationales qui ont écrit au haut représentant de l’UE et aux ministres des Affaires étrangères de ses pays membres, « l’UE et certains de ses États membres semblent disposés à fermer les yeux sur l’absence de progrès significatifs sur la situation des droits humains et sur l’impunité généralisée pour les atteintes graves aux droits humains passées et continues dans le pays ». « Par ses actions, nous voyons que Ndayishimiye tente de restaurer les relations avec les pays et avec la communauté internationale. Et son programme de réformes semble faire partie de cette stratégie. Et bien que de graves violations des droits de l’homme continuent d’être commises sous sa présidence, il y a très peu de visibilité puisque les mécanismes de surveillance dont la commission d’enquête de l’ONU se voit refuser l’accès au pays(…). Pour Human Rigths Watch, il faut d’abord que les assassinats et les abus cessent et que leurs auteurs soient traduits en justice. Les médias nationaux et internationaux, la société civile et la commission d’enquête des Nations-Unies doivent être autorisés à fonctionner librement à l’intérieur du pays. S’il n’y a rien à cacher comme le gouvernement l’affirme, pourquoi – ça c’est notre question, pourquoi les autorités sont-elles si déterminées à faire en sorte que personne ne puisse effectivement surveiller la situation liée aux droits de l’homme au Burundi », a réagi Lewis Mudge, directeur de Human Rights Watch en Afrique centrale, une des organisations qui ont sorti la déclaration.

M. Mudge partage la même vision des choses que Tom Gibson, représentant de CPJ (Committee to Protect Journalists) auprès des institutions de l’UE. « Il n’y a pas eu suffisamment de progrès (…). Par rapport à la liberté de la presse, nous avons vu une réouverture très limitée des stations des médias privés qui ont été fermés en 2015. La BBC et la VOA sont toujours suspendues. Pour CPJ, nous sommes aussi très préoccupés qu’il n’y a pas eu d’enquêtes crédibles sur la disparition forcée en 2016 du journaliste d’Iwacu Jean Bigirimana. Et les journalistes aussi ont été menacés et harcelés par les responsables du gouvernement et du parti au pouvoir. Le rôle que les journalistes ont joué à enquêter sur les violations des droits de l’homme, la corruption, toutes les questions sensibles qui sont importantes pour les Burundais- il est clair qu’aujourd’hui cet espace n’existe plus. L’UE ne doit pas fermer les yeux à cette réalité », estime-t-il.

M. Bochu explique toutefois que l’étape franchie n’est pas finale. « Il y a une étape nécessaire qui a été franchie, ce sont les deux groupes de travail dont je parlais à Bruxelles. Ce n’est pas une étape suffisante il faut encore maintenant que le texte juridique soit établi et adopté. Ça prendra encore un peu de temps, mais définitivement le train a quitté la gare et donc il est parti », a-t-il éclairé.

Depuis 2016, l’UE a pris des sanctions contre le Burundi à la suite d’un mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza annoncé fin avril 2015, une annonce qui est à la base d’une crise dont ce pays de l’Afrique de l’est souffre encore.

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Photo : Claude Bochu, représentant de l’Union Européenne au Burundi en audience avec Évariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi / DR

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