RDC-Nord-Kivu : la société civile de Beni parle d’un échec total de l’état d’urgence

RDC-Nord-Kivu : la société civile de Beni parle d’un échec total de l’état d’urgence

La société civile du territoire de Beni au Nord-Kivu (est de la RDC) a évalué à deux niveaux la première année de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri à l’est du Congo. Elle parle d’un échec total. (SOS Médias Burundi)

Dans une déclaration faite à la presse ce jeudi 5 mai 2022, Richard Kirimba, premier vice-président de la société civile du territoire de Beni parle d’abord des résultats sur le plan sécuritaire.

Selon lui, sur cet aspect, les attentes de la population qui croyait au retour de la paix dans un bref délai, n’ont pas trouvé des réponses.

« J’espère que tout le monde est conscient que la situation est restée presque la même. Ou elle s’est peut-être détériorée comme c’était toujours l’habitude. Car chaque mois, la situation se dégradait davantage. N’est-ce pas que même d’autres villages du territoire de Beni qui n’étaient pas encore touchés par les massacres l’ont été pendant l’état de siège », a chargé l’activiste.

Son évaluation au deuxième niveau porte sur l’attitude des responsables de ce régime de l’état de siège en territoire de Beni et dans les deux provinces concernées.

Pour lui, une année après, il y a eu quand même des avancées sur le rapprochement des autorités de l’état de siège, comparativement au début de cette mesure.

« C’est vrai qu’au début c’était comme un régime d’intimidation. Mais aujourd’hui, on a quand-même constaté que ces animateurs de l’état de siège se rapprochent maintenant de la population. Le gouverneur tout comme l’administrateur du territoire, on peut maintenant les voir visiter les villages et échanger avec la population », a-t-il poursuivi.

La société civile regrette, cependant des prorogations qui selon elle, ne sont pas basées sur les résultats du terrain mais sur « la volonté des décideurs ».

Désespérés et sans défense, les habitants des régions en proie aux massacres dénoncent « les limites de l’état de siège et exigent au gouvernement une autre voie de sortie ».

Dans un monitoring réalisé mi-mars dernier, Jean-Baptiste Kasekwa, député national élu dans ville de Goma (capitale du Nord-Kivu) a dressé un bilan provisoire et comparatif de la période d’avant l’état de siège et l’état de siège lui-même.

Pour ce député, plus de 1.070 civils avaient été tués en 2019, 1.569 autres en 2020 alors qu’au moins 2.321 ont été assassinés entre mai 2021 et mars 2022, période concernée par cette mesure exceptionnelle.

Le Baromètre Sécuritaire du Kivu lui, établit un chiffre de 2.500 personnes mortes au cours de cette période alors qu’avant, entre avril 2020 et mai 2021, révèle-t-il, 1.374 civils avaient trouvé la mort dans des attaques armées.

Au regard de ce tableau, il ressort que l’état sécuritaire est plutôt allé de mal en pis, selon certains habitants qui se sont confiés à SOS Médias Burundi.

Ces chiffres, associés à d’autres dégâts matériels ainsi qu’à l’afflux des déplacés vers les zones urbaines ont suscité toute une sorte de révolte populaire. Plusieurs manifestations organisées par des groupes de pression et des mouvements citoyens ont eu lieu.

Des habitants regrettent de constater qu’en dépit de la restriction de leurs droits civiques, l’état de siège ne parvient pas à « nous apporter la paix ».

« L’état de siège n’a rien fait de palpable. Le seul point positif, c’est d’avoir réussi à imposer le payement des taxes, mobiliser les recettes. Mais pour ce qui est de la restauration de la sécurité, sa mission principale, il a échoué. Sa note est en dessous de zéro », a estimé un habitant.

Le 6 mai 2021, le président Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu pour « mettre fin à l’insécurité » qui prévaut dans cette partie de la RDC et « éradiquer les groupes rebelles étrangers et locaux qui y pullulent ».

Les chefs d’Etat du bloc économique de l’Afrique de l’est (EAC) que le Congo a récemment rejoint se sont réunis dernièrement dans la capitale du Kenya, Nairobi pour essayer de « trouver une solution à la situation qui prévaut à l’est du Congo ».

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Photo : la ville de Beni

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