Carburant-Burundi : le gouvernement a majoré le prix d’un produit introuvable

Carburant-Burundi : le gouvernement a majoré le prix d’un produit introuvable

Il y a une semaine, les prix des produits pétroliers ont été revus à la hausse dans la petite nation de l’Afrique de l’est. Pour certains , c’était une lueur d’espoir parce qu’ils espéraient en finir avec des longues files d’attente aux stations -service et sur les parkings de bus de transport en commun, une lueur qui s’est éteinte. (SOS Médias Burundi)

Bujumbura

Parmi les stations visitées à Kinindo et au centre -ville dans la capitale économique Bujumbura là où il y a du carburant se trouvent toujours de longues files de véhicules qui attendent du carburant.

Abraham, chauffeur de bus se plaint.

« Je suis vraiment dépassé. Je pensais qu’avec la hausse des prix la vie deviendrait normale mais rien n’a changé, on continue de passer des heures aux différentes stations de la ville. Non seulement j’ai du mal à trouver du carburant mais aussi je m’embrouille avec les clients […] », se désole-t-il.

Deux conducteurs de taxi motos courent dans une rue de Bujumbura à la recherche du carburant, réservoirs à la main, le 3 mai 2022
Deux conducteurs de taxi motos courent dans une rue de Bujumbura à la recherche du carburant, réservoirs à la main, le 3 mai 2022

Au centre-ville, la situation reste inchangée, toujours de longues files d’attente de passagers qui se disent désespérés.

« Moi, je commence à m’y habituer. A midi je prenais mon déjeuner en ville à 2000 francs mais maintenant je ne prends plus rien. Je garde l’argent pour le taxi-collectif qu’on paie à 2000 ou 2500 francs burundais chacun. Je ne pense plus au bus », explique Clarisse, une employée d’une imprimerie à Bujumbura.

Cibitoke

En province de Cibitoke (nord-ouest du Burundi), les conducteurs de véhicules et motos disent que « nous pouvons passer trois jours sur une station-service à la recherche du carburant, en vain ». Ce mercredi, une seule station, gérée par la famille du ministre ayant les affaires intérieures en charge a distribué du carburant à des clients non satisfaits.

Bubanza

À Bubanza (ouest), la même situation s’observe. Ce mercredi, une station qui disposait de peu de quantités du carburant a été prise d’assaut par des clients qui en avaient tant besoin sans pouvoir être servis comme ils le souhaitent, a remarqué un reporter de SOS Médias Burundi.

Gitega

Dans la capitale politique Gitega, les engins sont servis selon leur taille et ont un quota à ne pas dépasser.

Mwaro-Muramvya-Karusi-Ruyugi et Cankuzo

Dans les provinces du centre-est, le carburant est introuvable dans les provinces de Karusi, Ruyigi et Cankuzo.

« Aucune station- service ne dispose de carburant à Cankuzo, Ruyigi et Karusi. C’est la même chose à Muramvya et Mwaro », affirment des sources locales.

Une longue file de véhicules sur une station-service à Cibitoke
Une longue file de véhicules sur une station-service à Cibitoke

Dans les provinces de Mwaro et Muramvya, nos reporters ont constaté que « les consommateurs de produits pétroliers doivent se déplacer à Gitega pour en trouver ».

Muyinga, Ngozi, Kirundo et Kayanza

Dans les provinces du nord-est, nos sources parlent de « casse-tête ».

À Kirundo par exemple, les clients viennent de passer au moins trois jours sur une station-service « en attente de produits pétroliers qui restent indisponibles ».

Rumonge-Bururi-Makamba-Rutana

Dans les provinces du sud-est et sud-ouest, la carence du carburant se remarque aussi, des autorités locales et représentants locaux du CNDD-FDD, le parti au pouvoir s’impliquant dans « sa vente illicite » des fois. Les provinces de Makamba et Rutana ont la chance d’être à la frontière avec la Tanzanie et des commerçants se rendent dans ce pays pour ramener des produits pétroliers. Un litre d’essence officiellement vendu à 3250 francs s’achète à une somme variant entre 7 et 11 000 francs burundais sur le marché noir, selon nos reporters.

« Ce qui est incompréhensible c’est que les autorités burundaises nous refusent d’emmener le carburant alors qu’il est introuvable ici. La Tanzanie elle, nous laisse remplir des bidons mais arrivés à la frontière les services burundais saisissent le produit », racontent des commerçants de Makamba.

Une longue file de motos devant une station service à Bubanza
Une longue file de motos devant une station service à Bubanza

Dans son discours en marge de la célébration de la journée internationale du travail, le président burundais a confirmé que « nous faisons face à une carence en devises », une carence exacerbée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les conséquences de la pandémie de Covid-19, selon le président Neva.

D’après un employé de l’une des grandes sociétés d’importation de produits pétroliers au Burundi, « nous n’avons pas encore eu le prix raisonnable à la pompe, au moins pour gagner un litre d’essence vendu à 3250 francs devrait être fixé à un prix minimum de 4500 francs burundais », estime celui qui ajoute que « le Burundi reçoit la dernière des qualités du carburant, ce sont des déchets mais dans les jours à venir même ces déchets risquent de manquer carrément car le gouvernement doit aussi beaucoup de dettes aux importateurs qui préfèrent ne pas fournir d’effort étant donné qu’ils trouvent également que les prix récemment revus à la hausse ne sont pas satisfaisants ».

Dernièrement, dans une réunion avec des représentants de partis politiques organisée en province de Kayanza (nord), le ministre en charge des affaires intérieures avait prédit une nouvelle hausse du prix du carburant pouvant atteindre « cinq mille francs burundais par litre d’essence », donnant les exemples des pays de la sous-région où le carburant est « très cher qu’au Burundi alors qu’ils ont accès à l’océan ».

La hausse du prix des produits pétroliers, s’accompagnant de celle de presque toutes les autres marchandises est donc loin de résoudre la crise du carburant à laquelle est confrontée la petite nation de l’Afrique de l’est depuis des mois.

Dans une conférence de presse ce mercredi dans la ville commerciale Bujumbura, la ministre en charge du commerce « a dédramatisé l’inflation » qui s’observe au Burundi au cours des derniers mois.

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Photo : des centaines de passagers attendent un bus dans le centre-ville de Bujumbura, le 3 mai 2022

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