Burundi : la population déplore la flambée des prix

Burundi : la population déplore la flambée des prix

Le ministre Déo-Guide Rurema en charge de l’agriculture se félicite des prestations de son ministère évaluées à 82,42%. Mais la population déplore la pénurie des produits sensibles et la flambée des prix de toutes les denrées alimentaires de base. (SOS Médias Burundi)

Dans la présentation du bilan des réalisation des activités qui étaient prévues au cours du récent trimestre au ministère de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement, le ministre Déo-Guide Rurema a déclaré que des intrants-agricoles dont les semences de pomme de terre, haricot et maïs ont été distribués. Des bovins, des porcs et des poussins ont également été donnés aux éleveurs au cours de ce trimestre.

Selon le bilan présenté par le ministre, les cultures d’exportation en l’occurrence le café a fait des entrées de plus de 26 milliards de dollars américains dans les caisses de l’Etat. Le thé a ramené dans le trésor public plus de 6 millions de dollars américains. Le coton quand à lui a contribué dans les recettes de l’État à plus d’un milliard six millions de francs burundais. Environ 7. 987 tonnes de sucre de la Société sucrière de Moso (Sosumo) ont été produites.

Un contraste entre les réjouissances du ministre et les pleurs de la population. Elle indique qu’elle n’en peut plus avec la pénurie des produits de base et la flambée des prix des denrées alimentaires.

« La production du sucre que le ministre Déo-Guide Rurema cite n’est pas visible sur le marché, dans les boutiques et les alimentations », indique un habitant de la ville commerciale Bujumbura.

Des sources administratives en zone de Ngagara (nord de Bujumbura) par exemple nous ont révélé que le sucre est distribué une fois par mois aux grossistes.

La dernière distribution du sucre dans cette zone a été faite ce lundi 9 mai 2022 au marché de Ngagara. Les mêmes sources nous ont indiqué que la zone n’a reçu que 40 sacs de sucre. Cette quantité est loin d’être suffisante. Le quartier 6 de la zone de Ngagara lui seul compte plus 700 ménages.

Sur les boutiques que nos reporters ont visité au quartier 6 , aucune ne disposait de ce produit. Là où il était disponible, le boutiquier vendait par cuillère. Une cuillère s’achetait à 100 francs burundais.

Le ministre Déo-Guide Rureme fait savoir que les raisons derrière l’insuffisante de ce produit et la croissance de la demande alors que l’offre n’a pas suivi le même rythme. Il a fait allusion aux familles qui consomment le sucre devenues très nombreuses mais aussi à la multiplication de petites et moyennes entreprises qui l’utilisent pour la fabrication du jus.

Les mêmes explications sur la pénurie du sucre ont récemment été fournies par la ministre Chantal Nijimbere, en charge du commerce. Le ministre Rurema se dit très satisfait des scores de 82, 42% des activités prévues .

Bien que le ministre Rurema se félicite, sur le marché les prix des produits alimentaires de base ont grimpé. Le prix du haricot, de la pomme de terre a sensiblement augmenté. Le haricot vendu à 1600 francs burundais le kg il y a quelques mois, s’obtient à 2500 actuellement.

« Nous ne savons plus sur quel pied danser. Une assiette qui coûtait 500 francs s’achète à 1000 francs maintenant », se désole un conducteur de taxi vélo de la ville de Gitega, la capitale politique.

« Avant, je pouvais nourrir mes enfants avec le petit bénéfice que je tire de ce commerce de fruits. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et ils y sont habitués déjà. S’ils ont la chance de manger une seule fois par jour, nous remercions Dieu », dit une vendeuse ambulante de fruits dans la même ville.

Le riz burundais et tanzanien s’achète entre 2.700 et 3.200 ou à 3.500 francs burundais selon la qualité. Les prix de plusieurs produits alimentaires locaux ont doublé , voire même triplet.

« Pour ce qui est du riz, si son prix continue de grimper, on finira par n’en manger que durant les fêtes de fin d’année seulement », ironise un jeune père de famille.

Les produits importés connaissent une hausse de prix aussi. L’ exemple est celui de l’huile de coton où un bidon de 3 litres qui s’ achetait à 32 mille il y a un mois se vend à 36 mille francs burundais aujourd’hui.

Le président Neva lors de sa toute première conférence de presse à Bujumbura  le 10 mai 2022
Le président Neva lors de sa toute première conférence de presse à Bujumbura le 10 mai 2022

Le prix des farines de maïs, de manioc a aussi augmenté.

« Chaque semaine, les prix des denrées alimentaires ne cessent d’augmenter et le pouvoir d’achat de la population ne cesse par contre de diminuer », s’inquiète un conducteur de moto au chômage.

 » Le sucre est un produit que l’on a oublié ici. Même les enfants le savent. Si nous parvenons à trouver de la bouillie, ils la boivent sans sucre. Et quand on en trouve et en très petite quantité, un kg peut se vendre à 11 mille alors que son prix officiel est de 2500″, déplore une mère de la ville de Gitega.

« Ici, nous avons même oublié le goût du sucre, il est tellement introuvable qu’on ne se donne plus la peine de parcourir des kilomètres même quand on annonce une zone qui en distribue, comme on le faisait avant », raconte une habitante de Bubanza, ouest du Burundi.

Certains Burundais se disent très choqués par les déclarations des autorités qui continuent d’affirmer que « la production des produits agricoles a augmenté alors que la population fait face à une pénurie récurrente des denrées alimentaires et à la flambée de leur prix ».

Répondant à des journalistes locaux qui voulaient avoir l’éclaircissement sur les propos du ministre, M. Rurema a déclaré ce lundi dans la capitale économique Bujumbura que « […] ceux qui disent que les prix ont flambé sont des fonctionnaires qui ne disposent même pas de champ potager ».

Mais dans sa toute première conférence de presse, le président Neva a reconnu que « nous n’avons pas de production suffisante, raison pour laquelle nous n’exportons pas, ce qui est à l’origine de la carence de devises qui occasionne la pénurie du carburant ».

Son ministre en charge de l’agriculture lui a affirmé que « la production est très bonne, je reçois beaucoup de gens qui viennent solliciter des permis d’exportation, prochainement nous parlerons de surproduction ».

Sur la flambée des prix de denrées alimentaires, le chef de l’Etat jette le tort à « des commerçants clandestins qui les vendent au Rwanda et en Tanzanie notamment » et à « des commissionnaires qui influencent les prix pour qu’ils continuent de manger sans travailler ».

Particulièrement pour le haricot, le président burundais a annoncé que « ce sont des gens qui l’ exportent vers les pays du Golfe qui causent la flambée de son prix sur le marché interne ».

« Ce sont les services secrets qui ont découvert ce circuit, même le ministre de l’agriculture n’était pas au courant de ça. Ils ont menti que c’est moi qui les avais envoyés », a-t-il tenté d’expliquer ce mardi au cours d’une conférence de presse qui a duré plus de cinq heures.

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Photo : un point de vente de denrées alimentaires dans la ville de Gitega

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