Kigali : des réfugiés burundais victimes des tortures reçoivent une assistance psycho-juridique

Kigali : des réfugiés burundais victimes des tortures reçoivent une assistance psycho-juridique

Le Mouvement des femmes et filles pour la paix et la sécurité au Burundi (MFFPS), une association basée à Kigali la capitale rwandaise, a organisé des formations pour aider des réfugiés pour la plupart victimes des tortures subies au Burundi durant la crise de 2015 déclenchée par un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza. Entre autres formations qu’ils reçoivent figure l’apprentissage en couture en plus d’une assistance psycho-juridique. L’association espère que les bénéficiaires retrouveront le goût de vivre. (SOS Médias Burundi)

Une dizaine de victimes est concernée.

Marie-Rose (nom d’emprunt pour des raisons de sécurité) est asssise sur une machine à coudre. Elle fait partie d’un groupe d’hommes et femmes, réfugiés burundais qui apprennent à coudre et autres activités génératrices de revenus, en terre d’exil à Kigali au Rwanda.

Dénominateur commun pour eux: ils sont tous victimes de la crise politico-sécuritaire qu’a connu le Burundi depuis 2015.

Pour ces victimes, apprendre un métier est une grande opportunité pour éviter des crises de trauma liées à la situation qu’elles ont endurée.

« Ça va vraiment m’aider même si comme on le dit, les plaies psychologiques ne peuvent pas s’effacer », raconte Marie Rose qui a été victime de viol sexuel collectif jusqu’à perdre connaissance.

« J’ai perdu un de mes parents et je suis séparée des membres de ma famille », ajoute-t-elle.

Chantal (nom d’emprunt aussi) a également connu presque le même calvaire.

« Avant, je me perdais dans des pensées lointaines et inutiles de mon passé douloureux, mais pour le moment je vois que l’espoir de vivre commence à venir car je cause et discute avec les autres et je souris », indique celle qui a été victime de viol sexuel comme sa petite sœur.

« Mon père et mon frère ont été tués sous mes yeux, ce qui est difficile à oublier », se souvient-elle.

Ces formations sur les activités génératrices de revenus sont organisées par un mouvement de femmes et filles burundaises pour la paix et la sécurité, fondée en exil au Rwanda.

Jeanne d’Arc Zaninyana, directrice exécutive de ce mouvement nous dresse le profil des victimes.

« La plupart d’entre elles sont des victimes des tortures, des viols sexuels, des injections de substances non encore connues,.. Elles ont des maladies qui découlent de ces abus, d’autres ont des enfants nés dans cette situation. Elles sont traumatisées. Nous voulons qu’elles retrouvent la dignité et la vie « , décrit-elle.

Des femmes apprennent à coudre dans un atelier à Kigali
Des femmes apprennent à coudre dans un atelier à Kigali

A l’initiative du MFFPS, en cinq ans, presqu’une centaine de victimes de ce genre d’abus ont bénéficié d’appui en matériel ou en formations au Rwanda où vivent plus de 50 mille réfugiés burundais.

L’association trouve que ces victimes y tirent profit sous plusieurs angles.

« On se rend compte que la plupart d’entre elles n’ont plus de sourire, ne croient plus en la justice nationale et internationale, pas d’autonomisation et de dignité. Ici, les gens causent et retrouvent l’espoir », a déclaré la responsable du mouvement.

Mais pour des hommes qui sont dans ce groupe, le plus grand remède serait la justice.

« Je ne peux pas oublier le chemin de croix que j’ai enduré pendant des nuits de torture et de viol sexuel. Ce qui pourrait peut être me soulager plus, c’est la justice. Mais qui peut punir mes bourreaux? Je ne sais même pas si ces juridictions internationales le pourront », explique un homme qui fait partie du groupe.

Ce volet juridique et psychologique n’est pas aussi oublié par le mouvement des femmes et filles pour paix et la sécurité.

« Nous avons un juriste qui est chargé de documenter ces cas et les référer aux avocats des organisations qui peuvent saisir des juridictions internationales. Cela veut dire que nous collaborons avec différents activistes », dira la secrétaire exécutive du MFFPS.

Le dossier du Burundi est déjà devant la cour pénale internationale (CPI) qui a ouvert ses enquêtes proprement dites depuis 2017. Parmi les crimes visés par cette cour, il y a « les tortures et les violences sexuelles comme armes de répression ».

En mai dernier, le collectif des avocats des victimes et parties civiles de la crise au Burundi ont eu des rencontres avec le procureur de la CPI et son bureau. Objectif : s’enquérir de l’évolution du dossier qui, aux yeux des victimes, traine énormément.

Leurs avocats rassurent que la CPI doit bien s’armer pour lancer des mandats d’arrêt.

En octobre 2017, le Burundi s’est définitivement retiré de cette cour à laquelle il reproche de collaborer étroitement avec ses ennemis.

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Photo : des hommes, victimes des abus au Burundi apprennent à coudre dans un atelier à Kigali

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