Burundi : deux opposants en exil veulent des négociations avec le gouvernement

Burundi : deux opposants en exil veulent des négociations avec le gouvernement

Dans une correspondance conjointement signée par Alexis Sinduhije et Léonidas Hatungimana respectivement président du MSD (Mouvement pour la solidarité et le développement) et PPD-Girijambo, les deux politiques d’opposition demandent au président Kenyatta de convaincre le président burundais à s’engager dans des négociations sincères et inclusives avec ses opposants. Ils exigent, si leur doléance est prise en compte la réorganisation des élections et l’ouverture de l’espace politique entre autres. (SOS Médias Burundi)

S’adressant au président du Kenya Uhuru Kenyatta , en même temps président en exercice de l’EAC (Communauté des États de l’Afrique de l’Est), les deux hommes politiques appellent cette communauté à « jouer le rôle qui lui revient mais qu’elle n’a pas vraiment assumé dans la crise burundaise ».

« […], après avoir pris connaissance de la situation à l’Est de la RDC, et pour promouvoir la paix, la stabilité et la sécurité dans cette partie et la Région des Grands Lacs dont fait partie le Burundi, vous vous êtes mis d’accord sur une approche politique qui, à moins qu’elle échoue, peut céder à l’approche militaire. Pour le Burundi, nous voudrions vous encourager à promouvoir cette approche politique et inclusive dans la recherche d’une paix véritable pour tous les peuples et citoyens burundais », tentent -ils de convaincre M.Kenyatta qui a récemment convoqué une réunion des leaders de la sous-région pour débattre des solutions à apporter à la crise qui prévaut dans l’est du Congo, le plus jeune membre de la communauté.

Ils expliquent que le problème du Burundi est essentiellement enraciné dans les conflits entre les élites Hutu et Tutsi qui veulent « accéder au pouvoir et le monopoliser pour elles-mêmes et non pour le peuple, provoquant des violences récurrentes depuis des décennies ».

« Pourtant, l’Accord de paix et de réconciliation d’Arusha (conclu en 2000 entre le gouvernement burundais et les mouvements armés Hutus) avait trouvé une issue à ce conflit fratricide au Burundi. Cette solution devrait aboutir à des élections crédibles, qui sont la seule garantie de sécurité pour les minorités, principalement la minorité Tutsie d’une part, et l’accession légitime au pouvoir de la majorité Hutu d’autre part. Elle avait été exclue pendant des décennies par le recours aux coups d’État », detaillent-ils.

Selon Sinduhije (Tutsi) et Hatungimana (Hutu et ancien porte-parole de feu président Pierre Nkurunziza), l’Accord d’Arusha avait permis une paix relativement stable au Burundi jusqu’à ce qu' »une oligarchie à la tête du système CNDD-FDD (le parti présidentiel) le conteste depuis 2015, répétant les mêmes erreurs que celles du système UPRONA (Union pour le progrès national et parti de l’independance) auquel il a succédé, et provoque la crise actuelle ».

Fraude électorale

Les deux hommes politiques accusent les autorités burundaises actuelles d’avoir manipulé les résultats électoraux de 2020.

« La plus grande fraude dans ce processus est le non-respect du verdict des urnes par le gouvernement soit en truquant les résultats, soit par un coup d’État meurtrier contre les institutions élues », accusent-ils.

Des pourparlers

Les deux opposants regrettent l’échec des pourparlers qui avaient été initiés en 2015, suite à la crise déclenchée par un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

« Les tentatives de dialogue entre le régime CNDD-FDD et son opposition initiées par l’EAC, l’ONU et l’Union Africaine pour trouver une solution à la crise burundaise ont toutes échoué. Néanmoins, il est également vrai que l’EAC n’a pas utilisé toute son aura diplomatique et morale lui conférée par son statut de garant de l’Accord d’Arusha pour convaincre le gouvernement burundais à s’asseoir à la table des négociations. L’une des conséquences de cet échec est que certains citoyens burundais ont décidé de prendre les armes, (il n’est pas exclu que d’autres y songent) pour réaliser ce que ces garants n’ont pas réussi à faire, la réhabilitation de l’Accord d’Arusha », précisent-ils.

Pour trouver la solution à la crise burundaise, ils demandent au président en exercice de l’EAC de convaincre le président burundais à accepter « des négociations sincères et inclusives avec les forces vives de la nation, y compris l’opposition politique et armée, pour l’organisation d’élections démocratiques, libres, inclusives et transparentes, couronnées par le respect du verdict des urnes ».

Ils trouvent que « des élections crédibles avant et après sont le seul moyen de revenir à une paix durable au Burundi » et qu’elles constituent une école pilote et le test de la volonté et de la capacité mesurable de respect de la dignité et la citoyenneté.

La correspondance a été signée le 20 juin 2022 à Bruxelles, la capitale de la Belgique.

Selon un président d’un parti politique au Burundi qui estime que « M. Sinduhije a choisi le chemin de l’extrémisme », »les gens choisissent de faire la politique différemment et c’est cette voie là qu’ils ont choisi, les deux là ».

Alexis Sinduhije est sur la liste des opposants, des membres de la société civile et de journalistes visés par un mandat de la justice burundaise.

Les autorités burundaises restent convaincues que l’ancien journaliste d’investigation est à la tête du mouvement armé Red Tabara basé dans le Sud-Kivu (Est de la RDC) qu’elles considèrent comme « un mouvement terroriste ». Le concerné a toujours nié toute implication dans une quelconque activité armée.

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Photocollage de Léonidas Hatungimana et Alexis Sinduhije

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