Goma : les premiers militaires burundais arrivent au Nord-Kivu

Goma : les premiers militaires burundais arrivent au Nord-Kivu

Une trentaine de militaires burundais est arrivée ce dimanche à Goma (chef-lieu du Nord-Kivu). Ces éléments de la FDNB (Force de défense nationale du Burundi) sont déployés dans le cadre du désarmement du M23 notamment. Les réactions des habitants sont mitigées. (SOS Médias Burundi)

Les militaires burundais sont arrivés ce dimanche dans la capitale du Nord-Kivu à bord d’un avion de l’armée kényane. Ces militaires ont pour mission de « faire respecter le cessez-le-feu ».

« […], cela c’est pour matérialiser le cessez-le-feu qui intervient dès ce mardi 7 mars, ensuite c’est participer au retrait du M23 », a confié à la presse locale le général de brigade Emmanuel Kaputa, commandant en second de la force régionale qui les a accueillis. D’ici le 30 mars, les rebelles du M23 doivent se retirer des zones sous son occupation.

La feuille de route prévoit aussi la démobilisation et la réinsertion sociale des éléments de tous les groupes armés sans distinction aucune.

« Ils seront basés à Mubambiro pour leur déploiement à Sake, Kilolirwe et Kitchanga », a ajouté le général Kaputa.

Le déploiement des forces burundaises intervient alors que les affrontements entre les rebelles du M23 et l’armée congolaise se poursuivent sur différents fronts en territoires de Masisi et Rutshuru dans la province du Nord-Kivu à l’est de la RDC.

Visite de Macron

Dans sa première visite sur Kinshasa samedi dernier, le président français Emmanuel Macron a annoncé que plusieurs protagonistes l’ont rassuré sur le cessez-le-feu.

« La discussion que j’ai eue avec le président, la discussion que j’ai eu avec le président Lourenço et l’échange que j’ai pu avoir avec le président Kagame m’a démontré une chose: tous vont apporter un soutien clair au cessez-le-feu mardi prochain qui est prévu dans le chronogramme sur lequel se sont engagés aussi les représentants du M23 qui sont allés voir le président Lourenço », a déclaré M.Macron.

Il a déploré la situation qui prévaut dans l’est du vaste pays de l’Afrique centrale.

« Cette visite intervient à un moment où une région, un peuple, un pays vit le nouvel acte d’une tragédie qui, depuis près de 30 ans ne s’est vraiment jamais éteinte. Des centaines de milliers de Congolais revivent le cauchemar de la guerre, de la fuite, de dénouement absolu, une ville-Goma est à nouveau sous la menace d’une rébellion qui emprunte de nouveaux acronymes aujourd’hui le M23 mais dont le visage et le soutien extérieur et l’agenda sont connus », s’est-il indigné.

Pour lui, le Congo est agressé par tout le monde.

« […], Plusieurs pays de la sous-région- il n’y en a pas qu’un, plusieurs sont rentrés dans votre pays et plusieurs groupes rebelles y ont prospéré, captant d’ailleurs beaucoup de richesses… », a-t-il ajouté.

« La RDC ne doit pas être un butin de guerre. Le pillage à ciel ouvert de la RDC doit cesser : ni pillage, ni balkanisation ni guerre », a insisté le président français dans une conférence de presse conjointe avec son homologue congolais Félix Tshisekedi.

Emmanuel Macron ne veut pas que les Congolais se considèrent en perpétuelles victimes des forces extérieures.

« Pardon de le dire dans des termes aussi crus, vous n’avez pas été capable de restaurer la souveraineté ni militaire, ni sécuritaire ni administrative de votre pays, c’est aussi une réalité, il ne faut pas chercher des coupables à l’extérieur de cette affaire », a répondu Emmanuel Macron à un journaliste qui lui a posé une question sur le rôle de la France dans les problèmes du Congo.

Le président français estime plutôt que la crise ne pourra jamais être résolue tant que l’impunité règne.

« […], il faut mettre en place une vraie justice, une justice transitionnelle pour que celles et ceux qui ont tué soient jugés et parfois ils évoluent encore, ils sont là, ils sont encore avec des responsabilités. Comment voulez-vous qu’il y ait une paix durable et de la confiance dans un pays quand la justice n’est pas passée?Bâtissez une armée solide, construisez la sécurité et le retour de l’Etat partout sur le territoire, faites passer la justice transitionnelle pour que vous n’ayez pas les coupables et des criminels de guerre encore en responsabilités sur le terrain, soyez intraitables avec tous les voisins de la région quand ils viennent vous piller », a-t-il martelé.

Réactions des habitants

Certains habitants de la ville de Goma s’opposent a l’arrivée des soldats burundais.

« Je ne suis pas d’accord avec l’arrivée des militaires burundais car eux aussi sont dans l’EAC et nous Congolais n’avons jamais vu des opérations de grande envergure menées par les forces de l’EAC. Nous voyons qu’il est temps pour notre gouvernement de chercher les solutions à sa manière et ne plus compter sur les forces étrangères », trouve Heshima Kaduki, un chauffeur de taxi-moto rencontré en plein centre de la ville de Goma ce lundi.

« Il n’y a pas de différence entre le Burundi, le Kenya et l’Ouganda. Tous sont complices dans l’affaire de balkanisation de l’est de la RDC. L’arrivée des soldats burundais ne nous avantage en rien », dit Shumongi Kalimano, un autre habitant de Goma.

Certains d’autres se réjouissent de l’arrivée des troupes burundaises.

Des éléments de l’armée burundaise sur l’aéroport de Goma, le 6 mars 2023

« Nous sommes dans une bonne relation avec le Burundi et cela peut raviver notre espoir de revivre une situation de paix durable dans notre région. Nous demandons qu’il n’y ait pas de complicité avec les rebelles du M23 seulement », se réjouit Emmanuel Baraka, un habitant du chef-lieu du Nord-Kivu.

Dans la zone où l’armée burundaise a déployé ses éléments, les armées ougandaise et Sud-soudanaise y sont également attendues.

Le Burundi avait déjà déployé deux autres contingents sur le territoire congolais depuis mi août 2022. Ils sont basés dans la province du Sud-Kivu dans le cadre de la force régionale et dans une négociation bilatérale.

Dans cette partie du Congo, l’armée burundaise est plutôt intéressée par les groupes armés d’origine burundaise qui y sont installés depuis plusieurs années.

Un porte-parole du M23 n’était pas disponible pour s’exprimer sur le cessez-le-feu qui doit intervenir ce mardi.

Le M23 est une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021 reprochant au gouvernement congolais de n’avoir pas respecté ses engagements sur la réinsertion de ses combattants. Elle bénéficie du soutien du Rwanda, selon les autorités congolaises, des allégations balayées d’un revers de la main par le Rwanda.

Depuis mi juin 2022, les rebelles du M23 ont récupéré plusieurs localités dans la province du Nord-Kivu y compris Bunagana, la cité frontalière avec l’Ouganda.

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Photo : le général Kaputa s’adresse aux militaires burundais, le 6 mars 2023

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