Burundi: les habitants de la ville Bujumbura n’en peuvent plus avec la vie chère
La population de la ville commerciale Bujumbura s’indigne contre les prix trop élevés des denrées alimentaires sur le marché. Des familles n’arrivent plus à assurer trois repas par jour pour les enfants comme auparavant. Evoquant un salaire dérisoire face à une hausse exponentielle du prix d’achat, les habitants accusent le gouvernement d’échouer à concrétiser ses beaux discours. La menace de la famine n’a jamais été aussi palpable pour des milliers de ménages. (SOS Médias Burundi)
Alertée par la situation alarmante dans tous les coins du pays, SOS Médias Burundi a fait un micro trottoir dans la capitale économique.
Il est 8 heures 30 minutes ce jeudi 30 mars 2023, l’heure d’aller au marché pour la majorité des domestiques de la capitale économique Bujumbura. Le premier est un domestique pressé avec un petit sac à la main dans un quartier de la commune de Mukaza (centre).
A la question de savoir comment se présente la situation sur le marché actuellement, il répond avec tristesse que « le grand problème aujourd’hui est que nous ne nous entendons plus avec nos patrons à cause des prix trop élevés des produits alimentaires ».
«Pour nourrir une famille de 7 personnes, on doit me donner chaque jour entre 20 et 25 mille francs, juste pour le riz, le haricot et les pommes de terre et ce qui va avec. Il n’y a pas deux semaines, 1 kg de riz s’achetait à 3600 francs burundais, mais le prix a augmenté de 400 francs. Les prix de tous ces produits changent jour après jour, ce qui pose problème», s’est-il plaint.
Non loin de là, un autre chef de famille accepte de nous parler. Il avoue que des familles sont frappées sérieusement par la cherté des produits alimentaires. Pour lui, bientôt il n’y aura même plus deux repas par jour dans certaines familles.
« Les gens ne peuvent plus se rationner à moins de 15 mille francs. Surtout, si on espère nourrir ses enfants avec le salaire mensuel, on n’y parvient plus. Il faut se débrouiller et trouver l’argent par d’autres moyens afin de subvenir aux besoins des ménages», raconte-t-il avec détresse.
Et d’ajouter avec mélancolie, « Actuellement, certains chefs de ménage cherchent à passer du temps dehors et rentrer plus tard à la maison pour éviter des problèmes de mésentente avec leurs épouses par manque d’argent ».
Les commerçants quant à eux demandent au gouvernement de réguler les prix de tous les produits sur le marché. Ils expliquent qu’ils éprouvent les mêmes difficultés que les consommateurs, car quand ils s’approvisionnent à un prix élevé, ils doivent vendre à plus cher.
Si la situation se présente ainsi à Bujumbura, la grogne est la même dans d’autres provinces du pays.
Même si les habitants tirent la sonnette d’alerte, les officiels burundais poursuivent leur campagne d’appeler la population à « beaucoup travailler pour le développement du pays ».
Récemment, le président burundais a indiqué qu’il ne manque pas de travail au Burundi, qu’il y a seulement « des fainéants ne voulant pas travailler, au contraire de l’Europe où il y a plein de chômeurs ».
Et pour enfoncer son clou, le président de l’Assemblée nationale a quant à lui indiqué que les Européens meurent de faim.
« Quand ils viennent ici, ils demandent qu’on leur fasse à manger, même quand ils retournent chez eux, ils demandent qu’on leur fasse des paquets de nourriture à emporter. Nous, notre monnaie est la plus forte dans la sous-région. Qu’on ne vous trompe pas », a-t-il séduit des habitants de sa province natale de Kayanza (nord) il y a quelques jours.
Malgré l’évidence de la morosité ambiante, il a été rapporté que plus de 20 tonnes de riz ont été embarqués dans un avion affrété par la Guinée Équatoriale ce 28 mars à l’aéroport de Bujumbura. Des informations non encore vérifiées et non confirmées indiquent que ce riz a été vendu par la Première dame du Burundi. L’affaire suscite des interrogations au sein de l’opinion au moment où le prix du riz est allé jusqu’à six mille francs le kilo pour la première fois dans l’histoire du plus petit État de l’Afrique de l’est. Le pays est également classé le plus pauvre du monde entier dans différents rapports d’institutions spécialisées.
Récemment, le président Ndayishimiye qui reconnaît que « je n’ai pas de robinet d’où coulent le carburant et les dollars », s’en est pris à une organisation locale qui lui avait demandé de prendre des mesures visant à diminuer les prix des denrées alimentaires.
« Vous allez entendre des gens comme Rufyiri me demander dans les médias de réduire le prix des denrées alimentaires alors qu’ils ne travaillent pas. Ils restent cloîtrés dans les bureaux à Bujumbura et ne veulent pas travailler. Quand on leur dit d’élever au moins cinq lapins et d’aller cultiver, ils n’écoutent pas. Veut-il que je lui donne le lait de mes vaches ou la production de mes pommes de terre gratuitement? Il passe tout son temps à écouter les commérages de vieilles gens. Ils ont des idées dépassées. Jeunes, nous devons ignorer ces gens. Ils sont dans un monde des années 90. Ils ont des idées pourries », s’est-il emporté en marge d’un événement rassemblant des jeunes dans la capitale politique Gitega, la semaine dernière. Il répondait au président de l’Olucome ( Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations 5économiques), Gabriel Rufyiri dont l’organisation a vu deux de ses activités sur la cherté de la vie et le détournement des fonds publics perturber lors des deux dernières semaines, par la police malgré une autorisation préalable du ministère en charge de la gestion des associations de la société civile.
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Photo d’illustration: un homme transportant des denrées alimentaires vers la ville commerciale Bujumbura sur un vélo s’accroche sur un camion
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