Burundi-Droits Humains : L’ONU parle de répression de toute voix critique

Burundi-Droits Humains : L’ONU parle de répression de toute voix critique

Le rapporteur spécial de l’ONU sur le Burundi a présenté son rapport annuel sur la situation des droits humains à Genève devant le conseil des droits de l’homme. L’expert Onusien a décrit une situation sombre citant notamment des
meurtres, tortures, arrestations arbitraires et disparitions forcées. L’ambassadrice du Burundi à l’ONU parle de « montages ».
(SOS Médias Burundi)

Le rapporteur spécial onusien sur le Burundi, reconnaît qu’il y a un bon langage institutionnel et une volonté d’ouverture internationale mais remarque peu d’avancées sur le chantier du respect des droits humains.

« En dépit du discours positif et rassurant, le pays évolue dans un contexte de monopolisation du pouvoir d’État par un seul parti. L’espace civique s’est rétréci avec une intolérance et une répression des libertés publiques, qui aboutit à l’affaiblissement des partis politiques d’opposition, l’auto-censure des médias, les arrestation arbitraires d’opposants politiques, des activistes de la société civile et le maintien d’opposants, de journalistes et d’activistes en exil», a noté Fortuné Gaétan Zongo.

Pour lui, toute voix critique n’a pas de place au Burundi.

« Confrontés à une autocensure systématique par crainte de représailles, seuls les acteurs de la société civile en exil sont en mesure de travailler sans risque, en prenant des précautions. Malheureusement et même contraints à l’exil, les mêmes défenseurs font objet de représailles et à titre d’illustration la délégation burundaise a claqué la porte (lors de la 138e session du comité des droits de l’homme) refusant de s’asseoir avec certains acteurs en exil », insiste-t-il.

Pour lui, tant que le pouvoir continue d’emprisonner ces acteurs comme la journaliste Floriane Irangabiye condamnée à dix ans de prison ferme, «il y a peu de chance que les acteurs en exil retournent au Burundi ».

« L’instrumentalisation de la justice, l’impunité, l’acharnement et la répression accrus visant les membres du parti d’opposition CNL restent un sujet de préoccupation » a conclu le diplomate burkinabè.

Ces critiques sont vivement balayées d’un revers de la main par l’ambassadrice du Burundi à Genève.

« Le Burundi pour la nième fois réitère ne pas reconnaitre le mandat lui imposé considérant que ce mécanisme résulte d’un comportement d’un Conseil manipulé pour des fins non encore connues. Il sert à perpétuer une campagne de désinformation pensée, voulue et orchestrée sur fond d’incessants rapports sur la situation des droits de l’homme soit-disant préoccupante », a martelé, d’un ton arrogant l’ambassadrice Elisa Nkerabirori.

Revenant sur les accords d’Arusha, elle s’est moquée du rapporteur spécial onusien.

« Il me revient de lui dire que je ne serai pas ambassadeur représentant permanent à Genève si ces Accords d’Arusha étaient rangés dans un tiroir », a-t-elle dit, avant de rappeler que « le Burundi est engagé sur la voie du développement socio-économique, de la stabilité des institutions républicaines, seules-garant de la pleine jouissance de tous les droits et de toutes les libertés ».

« On ne nous apprend rien », s’est-elle emportée.

La CNIDH reconnaît en partie le rapport onusien

Le président de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme au Burundi (CNIDH) a voulu nuancer. Pour Sixte Vigny Nimuraba, certains secteurs méritent une attention particulière de la part des autorités burundaises.

« Il y a certes des défis comme la justice ou la surpopulation carcérale qui inquiètent plus d’un. Mais il y a aussi des efforts que nous devons apprécier. La CNIDH note que l’État continue à garantir et à protéger les droits à la vie en luttant contre les auteurs des crimes qui attentent à la vie des personnes même si certains cas d’assassinat subsistent », a-t-il tenté d’expliquer.

Et de conclure : « L’État a appréhendé et traduit en justice des hommes en uniforme présumés auteurs des crimes et les ont punis conformément à la loi lorsque la culpabilité été établie. Des jeunes qui se cachent derrière l’appartenance des partis politiques et ligues comme Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD) pour attenter à la vie des gens ont été poursuivis et punis par la justice à Kirundo, Ngozi et Kayanza (nord-Burundi)», s’est félicitée la CNIDH, recommandant les autorités burundaises de continuer dans le même chemin.

De sa part, l’Union Européenne salue la libération des cinq défenseurs des droits humains et les engagements du président Ndayishimiye en faveur des réformes du système judiciaire.

Cependant, le représentante de l’UE se dit préoccupée par « des actes de torture, des conditions de détentions intolérables, des disparitions forcées et restrictions aux libertés fondamentales ainsi que la condamnation des journalistes comme Floriane Irangabiye ».

L’UE appelle le Burundi à manifester des efforts pour donner accès au Rapporteur Spécial des Nations-Unies et à rouvrir les bureaux du Commissariat des droits de l’homme au Burundi, fermés depuis mars 2019.

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Photo d’illustration : le président Ndayishimiye passe les troupes en revue au stade Ingoma dans la capitale politique Gitega lors du 61ème anniversaire de l’Indépendance du Burundi, le 1er juillet 2023

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