Burundi : la santé de la journaliste Floriane Irangabiye se détériore (Famille et ONGs)
Depuis trois mois, la santé de la journaliste Floriane Irangabiye se détériore, selon sa famille et des organisations de défense des droits humains et de journalistes. Elles exigent des autorités burundaises son transfert vers une prison où elle peut avoir accès aux soins de santé appropriés et continuent de demander sa libération. Il s’agit d’une personne détenue injustement, rappellent-elles. (SOS Médias Burundi)
En début de semaine, la situation s’est dégradée pour notre collègue qui a des problèmes de respiration depuis son enfance et qui souffre d’asthme. Elle a tellement souffert surtout dans la nuit de lundi à mardi qu’il lui était impossible de parler, selon des sources proches du dossier.
« Nous comprenons que les conditions en prison où elle est installée à côté d’une cuisine, mais aussi le climat à Muyinga (nord-est) font partie de ce qui exacerbe sa situation. Certains docteurs sont allés la voir ces derniers mois et lui ont prescrit des médicaments…mais cela est loin d’être adéquat pour adresser ses préoccupations sanitaires du fait qu’elle reste dans cet environnement difficile de la prison », a indiqué à SOS Médias Burundi Muthoki Mumo, la représentante du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) en Afrique sub-saharienne.
Elle rappelle aux autorités burundaises leur responsabilité.
« La chose immédiate que nous demandons aux autorités burundaises et au ministère de la justice spécifiquement est qu’ils savent qu’ils ont la responsabilité de s’assurer que cette femme détenue dans leur prison est en train de recevoir le niveau de qualité et l’attention médicale dont elle a besoin et qu’elle est en train de les recevoir instamment et régulièrement », poursuit-elle.
Pour Rachel Nicholson, chercheuse sur les questions du Burundi et du Rwanda chez Amnesty International, les autorités burundaises sont obligées à assurer que les conditions de détention ne sont pas nuisibles à la santé des détenus.
« Ce qui ne semble pas être le cas actuellement en prison de Muyinga », regrette-t-elle.
Demande de transfert vers une prison appropriée
Selon Rachel Nicholson, une demande a été formulée pour demander le transfert de Floriane Irangabiye à Bujumbura (capitale économique).
« L’essentiel c’est que les autorités burundaises sont obligées à assurer qu’elle a accès aux soins nécessaires, appropriés à sa condition. Et si ce n’est pas possible à Muyinga-ce qui semble être le cas , elle devrait être transférée dans un établissement où c’est possible », renchérit Nicholson.
Appel à la libération de Floriane Irangabiye
Pour Muthoki Mumo, les gens doivent toujours se souvenir que notre collègue est détenue injustement.
« Mais n’oublions pas aussi que nous sommes en train de parler d’une personne qui est détenue injustement. C’est ça la racine du problème et elle nous mène également à la solution. Floriane Irangabiye n’appartient pas à la prison et elle devrait être libérée », insiste la représentante de CPJ en Afrique sub-saharienne.
La chercheuse sur les questions du Burundi et du Rwanda chez Amnesty International aborde dans le même sens.
« Généralement, nous continuons à demander sa libération immédiate et sans conditions. Elle ne devrait même pas être en prison comme elle a été poursuivie pour l’exercice paisible de ses droits humains. Donc, nous réitérons notre demande pour sa libération immédiate », conclut Rachel Nicholson.
Un membre de la famille nous a confirmé, sous couvert d’anonymat, que l’état de santé de notre collègue se dégrade. Il plaide également pour un transfert dans la ville commerciale où l’accès à des médecins spécialisés et des médicaments est plus aisé.
Domine Banyankimbona, la ministre en charge de la justice n’était pas disponible pour répondre à nos questions.
Humblement, le porte-parole du gouvernement burudais Prosper Ntahorwamiye a indiqué que « Je n’ai pas de commentaires à faire là dessus car le gouvernement ne m’a pas mandaté pour réagir par rapport à ça ».
Floriane Irangabiye purge une peine de dix ans. Le juge d’appel a maintenu, début mai dernier, la sanction qui avait été prononcée par le premier juge.
En début d’année, le tribunal de Mukaza (centre de la capitale économique Bujumbura) avait condamné Floriane Irangabiye à 10 ans de prison et à une amende d’un million de francs burundais. Elle est accusée notamment d’atteinte à l’intégrité territoriale, de participation à des groupes armés. Il lui est également reproché d’espionner pour le compte du Rwanda, un pays dans lequel elle vit depuis 12 ans.
À ce jour, trois pays en Afrique détiennent des femmes journalistes. Ce sont le Burundi, le Somaliland et l’Éthiopie.
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Photo d’archives : Floriane Irangabiye, journaliste incarcérée au Burundi
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