Burundi : les membres de la communauté LGBTQ ont peur d’être persécutés après le discours du président Neva

Burundi : les membres de la communauté LGBTQ ont peur d’être persécutés après le discours du président Neva

Au Burundi, les personnes de même sexe qui entretiennent des relations estiment qu’elles sont très menacées. C’est après un discours du président Évariste Ndayishimiye qui a souhaité que « les homosexuels soient lapidés », vendredi dernier. La Ligue Iteka, la plus ancienne organisation de défense des droits humains au Burundi qui travaille depuis l’exil, a condamné les propos du chef de l’Etat burundais qu’elle considère comme « un appel au lynchage de personnes LGBTQ ».Les autorités burundaises ont préféré calmer la situation en passant par l’ambassadeur de la petite nation de l’Afrique de l’est à Bruxelles, auprès des partenaires « qui peuvent garder leurs fonds s’ils veulent nous imposer cette abomination », selon les propos de M.Ndayishimiye. (SOS Médias Burundi)

Sous couvert d’anonymat par peur de représailles, des homosexuels de deux associations LGBTQ au Burundi, se disent terrifiés par le discours contre eux du président burundais.

Pour Rwamwaka*, les propos du président Évariste Ndayishimiye constituent « un véritable danger pour nous ».

“C’est un véritable permis qu’il a délivré pour (nous) tuer. Ces propos dépassent en fait toutes les limites de la décence propre à la fonction présidentielle. L’homosexualité n’est pas seulement une question de droit de l’homme, c’est aussi et surtout une question de la dignité humaine », dit-il.

«Ce qui est abominable», ajoute-t-il, «c’est le fait d’appeler au crime d’une partie de la population, non pas coupable de ce qu’elle a fait mais plutôt de ce qu’elle est ». Il fait allusion aux propos du président Neva qui a qualifié le mariage homosexuel de « pratique abominable ».

Butisi* lui, va plus loin : «Être lapidé ? Non, c’est inadmissible ! Même si nous ne le manifestons pas généralement, pour le moment c’est le pire car l’on pourrait même assimiler quelqu’un à un homosexuel alors qu’il ne l’est pas à cause justement de ces propos, de cet appel à la lapidation tout simplement dans le but de lui faire du mal ».

« Nous voulons être tranquillisés », a-t-il insisté.

Ntibagayimvo* est très déçu et parle de « propos inacceptables ».

«Je dirais que c’est inconcevable pour un pays qui se doit démocratique. Alors, la liberté n’est plus un droit pratique. Nos associations pourraient se voir retirer l’agrément alors que nous aidons plusieurs personnes dans la lutte contre le VIH/Sida depuis une dizaine d’années.
Nous sommes en connaissance que la loi punit l’homosexualité, une fois les coupables pris en flagrant délit mais tout risque de changer et les choses peuvent prendre une autre allure », craint-il.

Les autorités burundaises essaient de calmer leurs partenaires Occidentaux

Alors que le président Ndayishimiye a annoncé le vendredi 29 décembre 2023 que « les pays puissants qui imposent le mariage entre les gens de même sexe aux pays pauvres comme condition d’octroyer les aides, peuvent garder leurs aides et financements », l’ambassadeur du Burundi en Belgique et auprès de l’Union Européenne a tenté d’apaiser les tensions.

«Il semble que certains médias internationaux ont mal interprété une partie du discours du Président de la République du Burundi », s’efforce de clarifier l’ambassadeur Thérence Ntahiraja dans un communiqué signé à Bruxelles le 2 janvier 2024.

«En effet, Son Excellence Monsieur Évariste NDAYISHIMYE, n’a jamais ordonné le recours à la lapidation des homosexuels comme l’interprètent certains », poursuit le diplomate burundais.

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Burundi : le président burundais souhaite que les homosexuels soient lapidés

« Par contre, en s’exprimant sur cette question, le Chef de l’État a fait usage de figure de style et d’images linguistiques en faisant référence aux saintes écritures comme la Bible pour montrer la gravité de ces pratiques qui sont contraires aux lois et aux valeurs culturelles du Burundi », dit-il, avant de tranquilliser les partenaires du Burundi et ses alliés que « le Burundi est un État de droit où tout crime est réprimé par le code pénal et le processus suit les règles et procédures définies par la loi ».

Ces explications «inutilement et maladroitement données» ne résolvent en rien le malentendu créé par le président burundais sur une question aussi sensible dans les yeux des partenaires du Burundi car « elles n’émanent pas d’une source et d’un canal bien appropriés », se sont indignés des internautes sur les réseaux sociaux de Burundais surtout.

La Ligue Iteka condamne les propos du président Ndayishimiye qu’elle qualifie d’appel au lynchage

« [….] Le président Ndayishimiye a appelé au lynchage de personnes LGBT+. Ce genre de propos met en danger les personnes LGBT+ et
crée un environnement nuisible à l’exercice de leurs droits humains comme le droit à la vie,
le droit à la vie privée, le droit à l’accès aux soins de santé, le droit à la non-discrimination,
[…] », détaille la plus ancienne organisation de défense des droits humains au Burundi, qui travaille depuis l’exil maintenant.

Elle rappelle que « tous ces droits sont cependant consacrés par les instruments internationaux liant le Burundi (dont le Pacte International relatif aux droits civils et politiques) et dont la substance fait partie intégrante de la Constitution du Burundi ».

« On condamne encore davantage la mobilisation de la haine contre un groupe déjà vulnérable au Burundi ».

À l’approche des élections législatives notamment prévues l’année prochaine, la Ligue Iteka craint des conséquences généralement tragiques.

La Ligue Iteka rappelle au président Ndayishimiye que le contexte actuel est caractérisé par un phénomène de justice populaire qui est déjà un problème réel dans la société burundaise.

En 2023 seulement, l’organisation affirme avoir documenté 37 cas de justice populaire dans la petite nation de l’Afrique de l’est.

Elle invite le président Neva à « prendre les mesures nécessaires pour la protection des droits de l’homme, y compris ceux des groupes vulnérables dont les personnes LGBT+ ».

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