Comment l’armée burundaise longtemps réputée pour sa bravoure est en décadence au Nord-Kivu ?

Comment l’armée burundaise longtemps réputée pour sa bravoure est en décadence au Nord-Kivu ?

L’armée burundaise a été réformée en 2004, avec un nouveau nom de Force de défense nationale du Burundi (FDNB) en remplacement de l’ancienne armée, Forces armées burundaises (FAB), qui avait été créée dans les années 1960.La FDNB a été le résultat d’un long processus de négociations qui a abouti aux différents accords de cessez-le-feu qui sont intervenus après les Accords de paix et de réconciliation d’Arusha en Tanzanie du 28 août 2000.Cette armée est composée essentiellement de militaires ex-FAB et de militaires issus des partis et mouvements politiques armés, les ex-PMPA.Ces derniers étant le CNDD-FDD, CNDD de Nyangoma, le FNL et ses différents démembrements : Icanzo, Agathon Rwasa, Gatayeri ainsi que le Florina.
(Analyse de Bonfils Niyongere, journaliste)-(SOS Médias Burundi)

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Signalons d’emblée un détail qui vaut le détour : des responsables de l’ancienne armée régulière ont dissimulé les fiches de punition de militaires ex-FAB au cachot, provoquant ainsi le renvoi des milliers de soldats ex-FAB aguerris au combat.

Néanmoins, l’hétérogénéité de cette nouvelle armée ne l’a pas empêché de se construire et de se solidifier pour démontrer sa bravoure en Somalie devant les terroristes Al Shabaab depuis 2007, trois ans seulement après sa création.

Son professionnalisme s’est aussi fait remarquer en République centrafricaine dans la MISCA et après la MINUSCA depuis 2013.

Malgré les efforts de certains cadres militaires déployés pour la professionnalisation de l’armée, ceux-ci se sont heurtés à une politique divisionniste du CNDD-FDD qui a toujours été nourrie durant la rébellion essentiellement contre les militaires ex-FAB.

Entre 2005 et 2010, il y a eu la création des clubs Nonoka pour les officiers et un autre de sous-officiers, dont les membres sont uniquement des anciens du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion Hutu devenue parti présidentiel en 2005 grâce à l’accord d’Arusha.

L’impunité de crimes graves commis par des responsables de l’armée issus du CNDD-FDD, comme le cas du colonel Bangirinama qui commandait la quatrième région militaire à Muyinga (nord-est du Burundi) n’a pas été sans effet.

De 2010 à 2015, la situation présageait déjà un désastre.

Avec la crise post-électorale de 2010 et l’assassinat de membres des partis politiques de l’opposition, essentiellement des FNL et du MSD, le parti au pouvoir CNDD-FDD est passé à la vitesse supérieure.

Voyant la désertion de certains officiers -FNL tel que Aloys Nzabampema qui a depuis installé sa rébellion au Sud-Kivu( Est du Congo), le pouvoir s’est aussitôt senti menacé par la naissance d’une rébellion.

Le président Évariste Ndayishimiye passe les troupes en revue avant la cérémonie marquant le 60ème anniversaire de l'indépendance du Burundi, le premier juillet à Bujumbura
Le président Évariste Ndayishimiye passe les troupes en revue avant la cérémonie marquant le 60ème anniversaire de l’indépendance du Burundi, le premier juillet à Bujumbura

Il a alors procédé à former sa jeunesse pour en faire une armée parallèle dont les crimes ont poussé les Nations unies à la qualifier de milice. Un des chapitres de son histoire est la formation paramilitaire des Imbonerakure dans la plaine de la Rusizi, à Kiliba Ondes en République démocratique du Congo.

A l’issue de cette formation, les Imbonerakure ont été érigés comme des intouchables avec une assurance tout-risque.

Ils pouvaient même s’arroger le droit d’attaquer et de malmener des militaires et des policiers sans crainte d’être poursuivis.

Citons quelques cas : Kanyosha et Gihosha à Bujumbura , la capitale économique, ainsi qu’à Kirundo (nord).

Les Imbonerakure auteurs de ces actes n’ont jamais été inquiétés.

La formation paramilitaire de Kiliba a créé des monstres comme les fameux gangs Rukoti en mairie de Bujumbura et dans les communes Mugongo Manga, Rusaka et Gisozi, respectivement dans les provinces Bujumbura et Mwaro (centre-ouest).

Outre ces jeunes du parti au pouvoir, des militaires issus du CNDD-FDD se sont également illustrés dans des actes de barbarie où on les a vus malmener, voire tuer leurs frères d’armes ex-FAB.

Ce fut le cas à Karusi (centre-est), un officier nommé Wakwanza a tué un sous-officier de compagnie du grade de premier sergent major natif de Ryarusera à Muramvya (centre).

L’officier Wakwanza n’a jamais été poursuivi.

Des hauts-faits passés sous silence

Malgré les efforts et le sacrifice des militaires burundais, le pouvoir du CNDD-FDD n’a jamais rendu les honneurs que méritaient les militaires burundais tombés sur le champ de bataille en mission de maintien de la paix.

Comme le général major Juvénal Niyoyunguruza, le général de brigade Salum Ndikumana, le colonel Nayubu, leur médecin ainsi que des centaines des soldats burundais tués en Somalie de 2015 à 2020.

Les manifestations et le putsch manqué réprimés dans le sang

Les manifestations contre un autre mandat controversé de feu président Nkurunziza ont été réprimées avec une force démesurée. Des manifestations qui, pourtant, étaient pacifiques.

Le putsch manqué du 13 mai a également révélé la fusion ratée de l’armée burundaise alors qu’elle était considérée par certains observateurs comme professionnelle.

Après ce coup d’État raté, certains officiers ont été arrêtés avec leurs subalternes, d’autres ont pris le chemin de l’exil.

Des militaires ont été victimes des disparitions forcées après avoir été enlevés par des agents du Service national des renseignements et d’autres tués par le tristement célèbre colonel Darius Ikurakure et ses hommes de main comme le premier sergent major Ndayishimiye et bien d’autres.

Des officiers généraux et colonels ont été tués en pleine journée sans suite et sans que la justice fasse des enquêtes.

Tel fut le cas de l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, du général Athanase Kararuza ou encore des colonels à la retraite Jean Bikomagu et Rufyiri.

Exceptionnellement, la mort du général Adolphe Nshimirimana a semblé ébranler le pouvoir et a eu les honneurs de Nkurunziza par un communiqué à la nation.

Durant son troisième mandat, Nkurunziza a beaucoup joué sur la corde ethnique pour maintenir son assise et briser l’unité qui avait pourtant caractérisé les manifestations et le putsch manqué.

Le pourrissement de l’armée était palpable, mais elle doit une fière chandelle au dévouement de ses militaires et aux missions de maintien de la paix à l’étranger, essentiellement en Somalie dans le contingent AMISOM.

De 2020 à nos jours

L’armée commence à pressentir la fin de la mission de maintien de la paix en Somalie avec la diminution progressive de ses troupes et le changement de l’appellation de la mission d’AMISOM à ATMIS.

Entre temps, un profond mécontentement s’observe chez des militaires qui reviennent de la mission, puisqu’ils peuvent rentrer les mains vides après toute une année de prestation, voire plus, sans que leur indemnité ait été versée sur leur compte.

En 2023, le président Ndayishimiye a revu à la hausse les soldes des militaires, toutes catégories confondues.

Une action qui a suscité un sentiment de satisfaction chez ces derniers, mais ce sentiment ne va durer que le temps de la rosée avec la cherté de la vie et des missions au Nord-Kivu pour combattre le mouvement M23 au profit d’accords personnels entre Tshisekedi et Ndayishimiye.

Les militaires burundais tombent comme des mouches sur le champ de bataille et certains sont pris en otages par les rebelles du M23.

Comment expliquer cette décadence de l’armée burundaise qui , pourtant était considérée comme brave et professionnelle?

D’abord la mission secrète

Certains militaires envoyés au Congo ne se reconnaissent pas du fait qu’ils sont rassemblés dans des divisions différentes.

De plus, ils vont combattre aux côtés des FARDC (Forces Armées de la République démocratique du Congo) avec la tenue congolaise et des miliciens Interahamwe FDLR et Wazalendo (milices locales entretenues par les autorités congolaises).

Enterrement du major Ernest Gashirahamwe, le premier haut gradé de la FDNB à avoir été tué dans le Nord-Kivu, le 16 novembre 2023 à Bujumbura

Les FARDC, FDLR et Wazalendo sont mieux équipés qu’eux et quand ils vont combattre le mouvement M23, il n’y a pas de cohésion et d’interopérabilité des forces. Du coup, les militaires en mission se sentent trahis.

Une trahison d’abord pour avoir été envoyés sans briefing de causerie morale, et une trahison pour se trouver en uniforme congolais des FARDC qui est également porté par les FDLR et Wazalendo.

Une trahison aussi du fait que ni le pouvoir ni l’armée burundaise n’assument leur présence au Nord-Kivu malgré les morts, les blessés et les captifs et les disparus, prouvant le caractère extrêmement secret de cette mission.

Ceux qui ont refusé de combattre le M23 sont en ce moment en train de subir des traitements inhumains dans des geôles au Burundi.

Mais les conséquences de la destruction de cette armée faite aujourd’hui de mécontents et de frustrés n’épargneront pas ses gestionnaires qui se croient aujourd’hui surpuissants.
C’est juste une question de temps.

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Photo : des militaires burundais dans un défilé en marge d’une fête nationale

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