Burundi : des ONG accusent les autorités de laisser perdurer la torture dans l’impunité

Burundi : des ONG accusent les autorités de laisser perdurer la torture dans l’impunité

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 27 juin 2026 – Célébrée chaque 26 juin, la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture a été marquée cette année par une déclaration conjointe de plusieurs organisations burundaises de défense des droits humains et de leurs partenaires internationaux. Les signataires accusent les autorités burundaises de ne pas mettre fin à la pratique de la torture et de laisser perdurer un climat d’impunité, tout en appelant à des enquêtes indépendantes, à des poursuites judiciaires et à une réparation intégrale pour les survivants.

Dans leur déclaration intitulée « Justice pour les survivants de la torture au Burundi : défis et perspectives », l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture au Burundi (ACAT-Burundi), Gla-Juris, le Mouvement Inamahoro, le Collectif des avocats pour la défense des victimes de crimes de droit international commis au Burundi (CAVIB) et SOS-Torture/Burundi, avec le soutien de la Fédération internationale des ACAT (FIACAT), de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et du Centre pour les droits civils et politiques (CCPR Centre), affirment que la torture demeure l’une des violations des droits humains les plus graves et les plus persistantes dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.

Les organisations rappellent que, malgré la ratification par le Burundi de la Convention des Nations Unies contre la torture, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et d’autres instruments internationaux de protection des droits humains, leurs enquêtes continuent de documenter régulièrement des cas de torture et de mauvais traitements, illustrant selon elles l’insuffisance des mesures prises par l’État pour prévenir, poursuivre et sanctionner ces actes.

Selon les signataires, depuis la crise de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé de feu le président Pierre Nkurunziza, des centaines de cas présumés de torture ont été recensés. Ils mettent en cause notamment des agents des forces de défense et de sécurité, du Service national de renseignements (SNR), ainsi que des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure.

Les organisations dénoncent le fait que les recommandations formulées à plusieurs reprises par le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture des Nations Unies restent largement ignorées. Elles regrettent également que les décisions de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) ne soient toujours pas mises en œuvre. Selon elles, cette absence de coopération avec les mécanismes internationaux empêche l’ouverture d’enquêtes indépendantes et contribue à entretenir l’impunité des auteurs présumés de ces violations.

La déclaration indique que les principales victimes demeurent les opposants politiques, réels ou présumés, les défenseurs des droits humains, les journalistes, les acteurs de la société civile indépendante, ainsi que les femmes et les jeunes, ces derniers étant particulièrement exposés à différentes formes de violences physiques et psychologiques constitutives d’actes de torture.

Les organisations soulignent également que les survivants restent privés de recours effectifs. Beaucoup n’obtiennent ni indemnisation, ni réadaptation médicale ou psychologique, ni reconnaissance officielle des préjudices subis, en contradiction avec les engagements internationaux du Burundi. Elles rappellent que les mécanismes internationaux demeurent, pour de nombreuses victimes, l’un des rares recours encore accessibles.

Au-delà des souffrances physiques, les signataires mettent en avant les séquelles psychologiques profondes, les handicaps permanents, la précarité économique et la stigmatisation sociale auxquelles sont confrontés de nombreux survivants. Selon eux, l’absence d’enquêtes indépendantes, de poursuites effectives et de condamnations des responsables favorise la répétition des violations et compromet toute perspective de non-répétition.

À l’occasion de cette journée internationale, les organisations ont organisé un webinaire international consacré aux défis de la lutte contre l’impunité, à la non-exécution des décisions des mécanismes internationaux et aux voies de recours encore accessibles aux survivants.

Dans leurs recommandations, elles demandent aux autorités burundaises de mettre fin immédiatement aux actes de torture et aux mauvais traitements, de mettre en œuvre les recommandations des Nations Unies et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, d’ouvrir des enquêtes indépendantes, impartiales et efficaces, de poursuivre les responsables quels que soient leurs fonctions ou leur statut, de mettre en place des mécanismes complets de réparation pour les survivants et d’assurer la protection des victimes, des témoins, des professionnels de la justice et des défenseurs des droits humains.

Les organisations appellent également la communauté internationale à maintenir et à intensifier la pression diplomatique sur le Burundi afin qu’il respecte pleinement ses engagements internationaux, à renforcer le soutien technique et financier aux organisations qui accompagnent les survivants et à poursuivre un suivi rigoureux de la situation des droits humains dans le pays.

« La justice n’est pas une faveur accordée aux victimes, mais une obligation juridique contraignante de l’État », concluent les organisations. Elles estiment que sans vérité, sans reddition de comptes et sans réparation, aucune réconciliation durable ne pourra être envisagée au Burundi.

Au moment de la publication de cet article, les autorités burundaises n’avaient pas encore réagi à cette déclaration. À plusieurs reprises par le passé, le gouvernement burundais ainsi que les responsables du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir depuis 2005 à la suite de l’Accord d’Arusha d’août 2000, ont rejeté les rapports faisant état de violations des droits humains. Ils accusent régulièrement leurs auteurs d’être des organisations « à la solde du colon » ou des « ennemis de la nation ». La plupart des organisations burundaises signataires de cette déclaration sont aujourd’hui en exil ou poursuivent leurs activités depuis l’étranger, après avoir été contraintes de quitter le pays à la suite de la crise de 2015.

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Photo : Une illustration symbolique d’une victime de torture et de mauvais traitements en détention, alors que des organisations de défense des droits humains dénoncent l’impunité et appellent à la fin des violences attribuées à des agents du Service national de renseignements (SNR). © SOS Médias Burundi

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