Bujumbura : un agent de la police détenu pour avoir dit la même chose que le président Neva
Le caporal chef de police Jérôme Niyonkuru est détenu dans un cachot du QG de la police judiciaire dans la capitale économique Bujumbura. Il a été arrêté après avoir dénoncé publiquement la corruption dans les services de la mairie de la police en charge de la protection routière. (SOS Médias Burundi)
Le caporal chef de police Jérôme Niyonkuru est détenu dans un cachot de la police judiciaire à son siège dans la ville commerciale Bujumbura. Il y a été envoyé samedi dernier.
L’agent avait été vu, jeudi et vendredi en train de prêcher à la mairie et dans les enceintes de la police en charge de la sécurité routière.
« Dieu connaît vos péchés les gens de la PSR (Police de la sécurité routière). Cherchez l’Eternel pendant qu’il se trouve, invoquez-le tandis qu’il est près. Vous êtes rongés par la corruption. Dieu m’a envoyé pour vous le dire. Vous ne verrez pas le royaume de Dieu avec ces pots de vin », peut-on entendre et voir le caporal chef de police Jérôme Niyonkuru dans une vidéo qui a été largement relayée sur les réseaux sociaux de Burundais. Il tient une Bible par la main gauche et a attaché un drapeau burundais à son bras droit. Il circule au milieu d’autres policiers qui le regardent sans le toucher ni le réprimander. Cela s’est déroulé dans les enceintes de la police en charge de la sécurité routière dans le centre de Bujumbura, jeudi dernier.
Le jour suivant, il s’est rendu à la mairie. En tenue policière et sans armes, on le voit prêcher de la même manière.
« Les gens des services de la mairie, repentez-vous. Dieu m’a envoyé pour vous le dire, je suis la voix de celui qui crie dans le désert. Repentez-vous, convertissez-vous. Reconnaissez vos péchés, vous les gens des services de la mairie », peut-on voir l’agent en train de crier dans une salle d’attente où il y a des citadins qui étaient venus chercher un service.
C’est un agent de sécurité qui l’a chassé des lieux.
Détention illégale?
Samedi dernier, Jérôme Niyonkuru a été interpellé et conduit dans un cachot de la police judiciaire située non loin des deux services où il avait prêché deux jours plus tôt.
Jusqu’à présent, la police ne communique pas sur les raisons de son interpellation. Les porte-paroles de la police et du ministère en charge de la sécurité ont refusé de répondre aux questions des journalistes sur ce sujet.
Devoir de tout citoyen
Un activiste local a indiqué à SOS Médias Burundi que « ce qu’il a fait est le devoir de chaque citoyen burundais », citant la constitution burundaise.
Propos du président
Le président Évariste Ndayishimiye avait tenu des propos pareils mercredi dernier à son retour de la Russie et de la Chine.
« […], le maire de la ville et d’autres officiels de la mairie, je sais que vous encaissez des pots de vin. Si vous n’étiez pas corrompus, vous auriez pu régler cette situation longtemps avant. Mais on vous corrompt je le sais.

Nous avions tout fait récemment pour que ce soient les vrais commerçants qui bénéficient de places dans les marchés modernes mais rien n’a été fait. C’est inacceptable que des autorités s’attribuent des places pour les louer à des citoyens qui se retrouvent en train de payer des sommes colossales pour les loyers et donner des taxes au gouvernement en même temps. Je ne vais plus tolérer cette situation », avait accusé le président Neva lors d’un point de presse à l’aéroport de Bujumbura, revenant sur le prix d’un stand dans les marchés modernes dans la capitale économique qui avait été revu à la hausse à plus de 500% quelques jours avant, poussant les commerçants à faire une grève avant que le ministère en charge des affaires intérieures ne suspende la mesure.
Pour le chef de l’État, « ces officiels se comportent comme des mercenaires et ce sont les mêmes personnes qui s’approprient des parcelles et les revendent à la population qui a pourtant le droit d’avoir une terre ».
L’infraction qui est reprochée à l’agent n’a pas encore été annoncée. Il n’est pas encore clair si l’inspecteur général de la police envisage sa révocation mais ce qui est sûr pour des fautes professionnelles mineures, les policiers sont gardés en détention dans les casernes et chez eux pour les officiers, et non dans un cachot de la police ou de l’administration. Pour les gens qui sont détenus dans de tels cachots, les OPJ (Officiers de police judiciaire) confectionnent des dossiers qu’ils soumettent au parquet, ce qui peut conduire à un emprisonnement.
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Photo : Jérôme Niyonkuru, policier détenu dans un cachot de la police judiciaire pout avoir dénoncé publiquement la corruption dans les services de la mairie et de la police en charge de la protection routière.
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