Burundi : plus de 40 organisations exigent le renouvellement du mandat du Rapporteur spécial onusien
Une quarantaine d’organisations internationale et burundaise font appel au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour demander le renouvellement du mandat du Rapporteur spécial sur le Burundi. Pour ces organisations, cet émissaire onusien a encore du travail à faire vu les graves violations des droits humains qui se commettent encore au Burundi. Gitega quant à lui ne souhaite plus entendre parler de ce Rapporteur spécial. (SOS Médias Burundi)
Plusieurs défenseurs des droits humains estiment que ce renouvellement est une nécessité.
« Alors que de graves violations des droits humains se poursuivent au Burundi et que le gouvernement a échoué à faire en sorte que leurs auteurs rendent des comptes ou à prendre au sérieux les inquiétudes soulevées par les acteurs burundais et internationaux, le Conseil ne devrait pas relâcher son attention », réclament-ils dans une lettre ouverte.
Lors de sa 54ème session prévue du 11 septembre au 13 octobre prochain, le mandat d’une année du Rapporteur spécial doit faire examen de prolongation ou non.
En outre, poursuivent-ils, « le Conseil des droits de l’homme devrait s’assurer que le Rapporteur spécial est pleinement en mesure de remplir son mandat, notamment de surveiller la situation des droits de l’homme au Burundi, de faire des recommandations en vue de l’améliorer et de recueillir, d’examiner et d’évaluer les informations fournies par toutes les parties prenantes en faisant fond sur le travail de la Commission d’enquête ».
Ils estiment qu’afin de remplir ces fonctions de suivi et de documentation de la situation, le Rapporteur spécial a besoin de ressources financières adéquates, que le Secrétaire général devrait lui fournir, couvrant au moins un membre du personnel supplémentaire.
Parmi ces organisations il y a Human Rights Watch comme leader de ligne, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture-Burundi (ACAT-Burundi), Amnesty International, Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), Centre éthiopien pour les défenseurs des droits humains (EHRDC), Centre mondial pour la responsabilité de protéger (GCR2P), CIVICUS, Collectif des avocats pour la défense des victimes de crimes de droit international commis au Burundi (CAVIB), DefendDefenders (East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project), Fédération internationale pour les droits humains, Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC), Ligue Iteka, Réseau européen pour l’Afrique centrale (EurAc), Tournons La Page Burundi et bien d’autres.
Impunité et espoir éphémère…
La situation des droits humains au Burundi continue à soulever de profondes inquiétudes.
«Les améliorations modestes depuis que le président Évariste Ndayishimiye a prêté serment, en juin 2020, ainsi que les pas en avant symboliques et les promesses qu’il a faites de respecter la liberté d’expression et d’améliorer le système judiciaire, ne se sont pas traduits en réformes structurelles », dénoncent ces organisations.
Pour ces activistes , le statuquo d’impunité ne fait qu’encourager la commission des crimes ignobles.
« Aucun responsable de haut-niveau n’a rendu des comptes pour les violations commises en lien avec la répression des manifestations de 2015 ou le ciblage des membres et sympathisants de l’opposition, des défenseurs des droits humains, des journalistes ou d’autres voix critiques ou indépendantes. Au contraire, certains semblent avoir été récompensés par des postes gouvernementaux », font-ils remarquer.

La Ligue Iteka, qui fait des rapports référencés par le département d’État américain en témoigne.
«Les violations n’ont pas cessé. Nous avons recensé des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des arrestations et détentions arbitraires, des actes de torture, des violences sexuelles et basées sur le genre, des restrictions illicites à l’espace civique », affirme Anschaire Nikoyagize, son président.
Il donne des chiffres accablants, rien que sur les trois ans du premier mandat du président Neva.
« Plus de 1800 assassinats ciblés, plus de 1900 arrestations arbitraires, plus de 780 corps retrouvés et inhumés à la hâte sans enquêtes, plus de 130 disparitions, plus de 370 violences basées sur le genre, plus de 200 tortures », décrit M.Nikoyagize.
Raison pour laquelle, insiste-t-il, « nous avons exigé que le mandat du Rapporteur spécial soit prolongé pour rapporter ces cas sinon, des crimes se commettraient en absence d’alertes ».
En juillet dernier, le Rapporteur spécial avait lui aussi dressé un bilan sombre sur la situation des droits humains au Burundi , devant l’ONU.
« En dépit du discours positif et rassurant, le pays évolue dans un contexte de monopolisation du pouvoir d’État par un seul parti. L’espace civique s’est rétréci avec une intolérance et une répression des libertés publiques, qui aboutit à l’affaiblissement des partis politiques d’opposition, l’auto-censure des médias, les arrestation arbitraires d’opposants politiques, des activistes de la société civile et le maintien d’opposants, de journalistes et d’activistes en exil», avait noté Fortuné Gaétan Zongo.
Pour lui, toute voix critique n’a pas de place au Burundi.
« Confrontés à une autocensure systématique par crainte de représailles, seuls les acteurs de la société civile en exil sont en mesure de travailler sans risque, en prenant des précautions. Malheureusement et même contraints à l’exil, les mêmes défenseurs font objet de représailles et à titre d’illustration la délégation burundaise a claqué la porte (lors de la 138e session du comité des droits de l’homme) refusant de s’asseoir avec certains acteurs en exil », insistait-t-il.
Gitega se réserve…
Contacté par nos collègues de la Voix de l’Amérique pour réagir sur l’appel des organisations de la société civile burundaise et internationale, le porte-parole du gouvernement burundais, Prosper Ntahorwamiye, s’est réservé de tout commentaire.
Cependant, en juillet dernier, l’ambassadrice du Burundi à Genève avait rejeté le rapport onusien, dénonçant une instrumentalisation orchestrée par les ennemis de son pays.
« Le Burundi pour la nième fois réitère ne pas reconnaitre le mandat lui imposé considérant que ce mécanisme résulte d’un comportement d’un Conseil manipulé pour des fins non encore connues. Il sert à perpétuer une campagne de désinformation pensée, voulue et orchestrée sur fond d’incessants rapports sur la situation des droits de l’homme soit-disant préoccupante », avait martelé, d’un ton arrogant l’ambassadrice Elisa Nkerabirori.

Pour le moment, ces organisations appellent plutôt à l’effort de l’ONU pour décortiquer « des signaux superficiels en faveur d’un espace civique plus ouvert qui ne se sont pas matérialisés en des réformes structurelles ou en une amélioration tangible relative à l’environnement dans lequel les organisations de la société civile évoluent ».
Le Burundi devrait montrer qu’il n’a rien à cacher, selon Anschaire Nikoyagize pour le compte de ses collègues activistes.
« Pourquoi le gouvernement burundais continue de nier ou de minimiser la gravité des problèmes liés aux droits humains dans le pays, et refuse de coopérer de façon pleine et entière avec les organes et mécanismes indépendants dédiés aux droits humains et de leur permettre un accès au pays ? » se demande-t-il.
Affaire-Bunyoni
Ces organisations ironisent sur l’Affaire-Bunyoni.
Elles se demandent « si l’arrestation et le placement en détention provisoire, sur la base de plusieurs accusations graves, de l’ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni constituent une opportunité pour la justice » avant d’insister qu’il est regrettable « qu’il ne fasse pas à ce stade face à des chefs d’inculpation relatifs à son implication dans de graves violations des droits humains qu’il a commanditées ou supervisées, notamment des actes de torture et des assassinats par la police, particulièrement lorsqu’il était ministre de la sécurité publique ».
«Il n’existe aucune indication qu’il ait pu y avoir une enquête sur ces allégations. Les garanties procédurales et son droit à un procès équitable doivent au demeurant être respectés, comme pour tout citoyen burundais », laissent-elles entendre.
Nommé lors de la 48ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, en octobre 2021, le Burkinabè Fortuné Gaétan Zongo n’a pas encore eu le droit d’accéder sur le territoire burundais.
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Photo : des éléments d’une unité de la police burundaise citée dans des actes de violations des droits humains au Burundi lors d’une fête nationale
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