Nduta (Tanzanie) : rafle de plus de cent réfugiés burundais

Nduta (Tanzanie) : rafle de plus de cent réfugiés burundais

Chasse à l’homme inquiétante depuis mardi de cette semaine au camp de Nduta. Plus de 100 réfugiés burundais exerçant de petits commerces ont été interpellés, accusés de passer outre l’interdiction formelle de faire le commerce dans les camps. (SOS Médias Burundi)

C’est une véritable opération coup de point qui a commencé par l’arrestation de dizaines de Burundais habitant la zone 12 dans les villages situés autour de l’ancien marché.

« On croyait que c’est un simple mouvement d’interpellation comme on en a l’habitude. Mais plus de cinquante personnes ont d’abord été arrêtées ! Ensuite la police a recouru à la force comme ces gens voulaient résister. Un policier a d’ailleurs été blessé », témoignent des réfugiés.

Par après, ces policiers ont signifié aux personnes interpellées qu’elles sont accusées de faire du commerce illégal et ils ont continué leur « sale besogne ».

« Mercredi, la police n’a pas fait une pause. Elle a continué la chasse à l’homme. Le nombre exact des réfugiés appréhendés n’est pas encore connu mais on a compté jusqu’à plus de 120 personnes. Ils sont détenus dans différents cachots du camp », ajoutent des témoins.

Leurs biens ont aussi été saisis.

« Il s’agit de beignets, de cigarettes, de canne à sucre, de fruits ou de simples légumes. Un simple soupçon aussi vaut une détention, pas d’explication car même des passants ont été mis aux arrêts », déplorent des réfugiés burundais.

Induits en erreur?

Ces Burundais expliquent que des gens ont pris au mot le secrétaire permanent chargé de la question des réfugiés au ministère de l’Intérieur. Sudi Mwakibasi avait reconnu qu’il y a des bavures commises contre les réfugiés burundais et avait promis que la situation va changer pour notamment laisser ces gens faire du petit commerce.

« On ne le nie pas. La police s’est manifestée ces derniers temps dans de tels actes, des fois en violation des droits des réfugiés. Certains sont emprisonnés et plus tard relâchés, des commerces sont bannis, d’assistance coupée. Tout le monde est au courant, et d’ailleurs certains d’entre eux se sont plaints des tortures leur infligées dans les cahots et prisons », avait-il déploré la semaine dernière à Nyarugusu, un autre camp de réfugiés burundais, promettant de renverser la tendance.

Infractions mensongères

Par ailleurs, des réfugiés dénoncent qu’une fois en prison, la police leur colle des infractions qu’ils n’ont pas commises.

« J’avais été arrêté pour désobéissance à l’interdiction de faire du commerce, il y a un mois. Mais quand je suis arrivé au cachot, on m’a fait signer un document attestant que je suis sorti du camp sans autorisation. Alors j’ai été transféré à la prison communale de Nyamusivya, à Kibondo. Et voilà que je viens d’être relâché après avoir payé une amende de 50 mille shillings tanzaniens », explique un Burundais récemment libéré de la prison.

Des chefs de zones s’insurgent contre ce qu’ils qualifient de traitement inhumain et appellent au secours.

« En fait, comme faire le commerce au camp ne constitue pas une infraction au regard de la loi en Tanzanie, ils nous collent des infractions punissables par la loi pour nous faire du mal. Sortir sans autorisation vaut un emprisonnent allant jusqu’à trois mois et une amende de 50 mille shillings. Nous demandons au HCR de ne pas faire la sourde oreille à nos cris et nous protéger », lancent-ils.

Comme preuve de cette « infraction montée », la police montre des marchandises saisies et soutient que ces Burundais se sont approvisionnés à l’extérieur du camp pour ensuite faire du commerce illicite, ajoutent ces leaders locaux.

Parmi ces réfugiés interpellés depuis mardi, il y a des mineurs, une autre raison pour que le HCR et d’autres humanitaires s’intéressent à cette situation, expliquent ces leaders locaux.

« Nous sommes surpris que ces arrestations ont été opérées par des policiers de l’unité du HCR, qui reçoivent normalement des indemnités et primes de la part de cette agence onusienne. Donc, c’est le HCR qui finance en d’autres termes ces bavures. Il devrait se ressaisir », analysent-ils.

Le camp de Nduta compte plus de 76.000 réfugiés burundais.

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Photo : une partie du camp de Nduta en Tanzanie

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