Affaire-Bunyoni : le procès de l’ancien premier ministre Alain Guillaume Bunyoni se poursuit au fond depuis ce lundi
Le procès impliquant l’ancien premier ministre et ses coaccusés s’est ouvert ce lundi, au fond, devant la cour suprême en itinérance à Gitega (capitale politique). Sur neuf accusations qui pèsent contre lui, Bunyoni s’est expliqué sur trois seulement. Il a déclaré avoir donné de l’argent à Bob Rugurika, directeur de la radio publique africaine (RPA), une radio qui émet depuis l’exil, non pas dans le but de comploter contre le chef de l’État comme les juges l’attestent mais pour « avoir la liste des personnalités burundaises recherchées par la CPI » afin de « protéger le pays et ses institutions notamment ». Bob Rugurika qualifie ces aveux d’insultes. Le procès se poursuit ce mardi. (SOS Médias Burundi)
L’ ancien premier ministre a été accusé de « complot contre le chef de l’État en vue de renverser le régime constitutionnel ». Le ministère public a évoqué des messages téléphoniques avec Bob Rugurika, directeur de la radio RPA, une radio indépendante qui émet depuis l’exil depuis sa destruction à la roquette le 13 mai 2015 à la suite du coup d’État raté contre feu président Pierre Nkurunziza au printemps cette année. Ces messages concernaient un plan visant à convaincre le parti au pouvoir en Tanzanie CCM (Chama cha Mapinduzi) pour « pouvoir adhérer à l’idée de renversement des institutions démocratiquement élues au Burundi et la soutenir », selon l’accusation.
Le ministère public a ensuite indiqué que l’accusé a fourni un budget au colonel de police Désiré Uwamahoro, ancien commandant de la Brigade anti-émeute, à Samuel Destiné Bapfumukeko, un haut cadre des renseignements burundais ainsi qu’à Bob Rugurika « pour mettre en action le coup d’État ».
Le général Bunyoni a reconu avoir donné de l’argent à Bob Rugurika en vue de lui fournir les informations de la CPI (Cour pénale internationale) « concernant les trente personnalités burundaises qui devraient être arrêtées par cette juridiction ».
Selon le général Bunyoni, « je ne pouvais pas planifier un coup d’État avec un civil en position de faiblesse se trouvant à plus de 6.000 km du Burundi. En plus je sais qu’il ne rêve que de voir le Burundi anéanti ». Il a parlé d’une somme remise à notre confrère en guise de remerciements.
Le général Bunyoni a estimé que les enquêteurs ont tiré ces informations des renseignements rwandais « qui avaient infiltré tout mon système de communication ».
Notre confrère n’a pas voulu faire beaucoup de commentaires sur ces allégations. Dans un message envoyé via la messagerie WhatsApp, Bob Rugurika a dit que » je qualifie ces aveux d’insultes ».
Alain Guillaume Bunyoni s’est aussi expliqué sur les biens mal acquis.
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Il a demandé que l’accusation en rapport avec l’enrichissement illicite ne soit pas recevable d’autant plus qu’il n’y a pas eu une décision préalable de la justice « qui montre la provenance de mes richesses ».
Il a en outre ajouté que cette accusation n’est pas valable au moment où ses biens ont été acquis il y a plus de 20 ans et que le ministère public devrait instruire le dossier dans un délai ne dépassant pas trois ans .
Le général Bunyoni dit ne pas comprendre comment les bus achetés avec des crédits contractés à la banque constituent un enrichissement illicite. Il précise en outre qu’il s’est enrichi en créant des entreprises commerciales , en investissant dans les hôpitaux et le transport ainsi que dans l’Agri-élevage.
Le ministère public a estimé que vu ses revenus, le concerné n’a pas pu justifier ses richesses et que même lors de sa nomination au poste de premier ministre, seule une très petite partie de ses richesses a été déclarée à la cour suprême.
L’ancien premier ministre burundais a également eu à se justifier sur la détention illégale d’armes.
« […] Ce sont des lance-roquettes sans munitions, hors d’usage, en mauvais état oubliés par les anciens éléments de ma garde », a-t-il éclairé. Il a exigé la présence de deux policiers dont un brigadier qui, selon lui, peuvent témoigner en sa faveur.
La cour a accepté de faire venir les deux policiers cités avant de se prononcer.
Le procès va se poursuivre ce mardi à la prison centrale de Gitega où M.Bunyoni est détenu depuis juillet dernier.
Plusieurs organisations de défense des droits humains avaient souhaité la présence des observateurs internationaux indépendants dans ce procès afin de s’assurer que « Bunyoni a droit à une justice équitable », ce que les autorités burundaises n’ont pas permis.
Selon le code pénal en vigueur dans la petite nation de l’Afrique de l’est, Alain Guillaume Bunyoni risque jusqu’à 30 ans de prison ferme si les crimes qui lui sont reprochés sont prouvés.
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Photo d’illustration : Alain Guillaume Bunyoni, ancien premier ministre burundais dont le procès au fond s’est ouvert le lundi 6 novembre à la prison centrale de Gitega où il est détenu depuis juillet 2023
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