Gitega : interpellation suivie de la libération de trois membres du CNL
Trois militants du CNL: Pascal Nyambere , Joselyne Dyna Vyizigiro et Epitace Ndayikengurukiye ont été arrêtés par les agents du Service national de renseignements (SNR) ce dimanche. Les interpellés se trouvaient non loin d’un hôtel où se déroulait une réunion organisée par Immaculée Ntacobakimvuna et Therence Manirambona, deux des dix membres du comité central de la principale formation politique d’opposition au Burundi, qui ont récemment annoncé avoir destitué Agathon à la tête du CNL. Immaculée Ntacobakimvuna a été déclarée par le groupe comme nouvelle responsable de ce parti qui traverse une crise interne depuis plusieurs mois. (SOS Médias Burundi)
Après leur arrestation, ils ont ensuite été conduits dans les cachots du commissariat provincial de la police à Gitega (capitale politique) où ils ont passé la nuit avant d’être relâchés ce lundi.
Les concernés ont été auditionnés sur la tentative de « perturbation d’une réunion », d’après des sources policières.
Le responsable provincial du parti CNL , dévoué à Agathon Rwasa, déplore ce qu’il qualifie de « deux poids deux mesures ».
« C’est inconcevable de voir des gens organiser des réunions alors que le ministre de l’intérieur a suspendu toutes les activités de notre parti. Comme si cela ne suffisait pas, en plus de l’autorisation accordée par l’administration locale, le conseiller en charge des affaires sociales et administratives de l’administrateur de Gitega a aussi participé à cette réunion », a-t-il dénoncé.
Il estime que « l’espace politique reste toujours miné e et verrouillé pour les formations politiques de l’opposition à l’approche des élections législatives en 2025 ».
Début juin cette année, le ministre burundais en charge des affaires intérieures Martin Niteretse a suspendu toutes les activités du principal parti d’opposition au Burundi expliquant qu’il a voulu « éviter de probables confrontations entre militants du CNL », une formation politique qui traverse une crise interne depuis plusieurs mois.
Agathon Rwasa a toujours parlé de « décision illégale et unilatérale politiquement motivée pour favoriser le parti au pouvoir, le CNDD-FDD » pour lequel le ministre milite.
« Pour suspendre les activités d’un parti politique, il faut que ce parti soit responsable d’une infraction par rapport à la loi nationale. Il est clair que le parti au pouvoir et les dirigeants du Burundi ne veulent pas du tout une compétition loyale. C’est pourquoi ils essaient de tout faire pour faire éclater le CNL », a récemment confié à SOS Médias Burundi M.Rwasa dans une interview exclusive. Ce qui n’est pas le cas pour le CNL, d’après l’ancien chef rebelle Hutu.
Jusqu’à présent, seules les réunions organisées pour dénouer les tensions au sein du CNL étaient autorisées.
Le CNL est la principale formation politique d’opposition dans la petite nation de l’Afrique de l’est. Son leader aujourd’hui contesté, Agathon Rwasa qui est un ancien chef rebelle des FNL (Forces nationales de libération) qui deviendra plus tard un parti politique avant d’être récupéré par certains de ses membres avec la complicité du parti présidentiel, est un opposant historique.
Plusieurs rapports des organisations de défense des droits humains burundaise et internationale ont souvent dénoncé les abus que subissent ses militants dont les assassinats,les disparitions forcées, les enlèvements, la torture et les emprisonnements illégaux.
Une pratique du CNDD-FDD ?
« Souvent, les partis politiques traversent des crises de gestion interne de temps en temps et c’est normal. Mais ce qui n’est pas normal, c’est que le gouvernement en profite pour récupérer une faction et affaiblir ainsi l’ensemble du parti », estime Carina Tertsakian, chercheuse associée à l’Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB). Elle parle d’ingérence politique qui a caractérisé plusieurs autres ministres en charge de la gestion des partis politiques dans le passé.
« Dans ce sens, l’ingérence du ministre de l’intérieur dans les affaires internes du CNL rappelle les interventions de ses prédécesseurs qui ont fini par diviser ou même détruire certains des partis d’opposition dans les années précédentes: les FNL à l’époque ainsi que l’Uprona , l’UPD et d’autres partis ont subi ce sort à plusieurs reprises. C’est le phénomène que l’on appelle parfois’ Nyakurisaton’ avec une faction proche du parti au pouvoir qui est reconnue par le gouvernement, et une autre faction qui est déclarée illégale ou non reconnue. Alors vu le parti pris du ministre de l’intérieur envers certains membres de la direction du CNL, il est fort probable que l’on assiste à un scénario semblable dans l’avenir proche », analyse-t-elle.
Pour Agathon Rwasa qui a été invité dans des rencontres des chefs de l’opposition en Afrique fin octobre dernier, « Je suis et reste le seul responsable du parti CNL, même le président de la République le sait, ce ministre aussi le confirme ».
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Photo d’illustration : des militants du CNL lors d’un rassemblement de leur parti
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