Presse : les gouvernements africains agressifs contre les journalistes (CPJ)

Presse : les gouvernements africains agressifs contre les journalistes (CPJ)

Le Comité pour la Protection des Journalistes, CPJ, a rendu public un rapport accablant sur la liberté de la presse au niveau mondial, édition 2023. Plus de 320 Journalistes ont été emprisonnés en 2023. Parmi eux, plus de 60 sont dans les geôles en Afrique. (SOS Médias Burundi)

320 journalistes derrière les barreaux à la fin de 2023, ce nombre est le deuxième plus élevé enregistré par le Comité pour la Protection des Journalistes depuis le début de son exercice de recensement en 1992. CPJ parle d’un baromètre inquiétant de l’autoritarisme enraciné et du vitriol des gouvernements déterminés à étouffer les voix indépendantes.

«Certains gouvernements vont encore plus loin en recourant à la répression transnationale pour menacer et harceler les journalistes au-delà de leurs propres frontières. L’Éthiopie a forcé le retour d’un journaliste en exil pour répondre à des accusations de terrorisme après l’avoir fait arrêter dans le pays voisin, Djibouti », a recensé le CPJ.

Le nombre élevé de journalistes en prison travaillent sur la politique, les droits humains, la corruption, les crises, le commerce et les crimes.

C’est au moment où leurs crimes sont entre autres, « des fausses nouvelles et des accusations anti-étatiques dont le terrorisme, en représailles à leur couverture critique ».

Les pays comme Israël, l’Iran, la Chine, la Russie ou encore la Turquie viennent en première position au niveau mondial comme étant ennemis des journalistes.

Répression accrue en Afrique…

Plusieurs pays africains sont aussi en compétition en ce qui est de la répression contre les journalistes indépendants.

Les pays comme l’Érythrée (16), l’Égypte (13), l’Éthiopie (8) ou encore le Cameroun (6), le Sénégal (5) et le Rwanda (4) rivalisent pour occuper les premières places. Au total, 67 journalistes africains sont en prison.

D’après l’Organisation basée à New-York , les sanctions semblent aller au-delà de la prison. Car, de nombreux journalistes voient leur liberté restreinte même après avoir purgé leur peine. Cela affecte non seulement leurs moyens de subsistance, mais permet aux gouvernements répressifs de continuer à faire taire leurs voix, regrette CPJ.

«Les gouvernements sont devenus agressifs contre les journalistes, ils les attaquent sciemment et les jettent en prison pour rien. Ces derniers devraient être libérés, les délits de presse dépénalisés. Les lois ne devraient pas criminaliser les journalistes à l’heure qu’il est», a précisé Muthoki Mumo, représentante de CPJ en Afrique Sub-Saharienne.

Et d’insister : « Ces chiffres montrent une persistante hostilité contre les médias à travers le monde, ce qui reflète le déclin des normes démocratiques, et cela menace énormément la liberté de la presse ».

Floriane Irangabiye à la cour suprême du Burundi dans la ville commerciale Bujumbura, le 11 janvier 2024

Parmi les journalistes emprisonnés en Afrique, il y a une seule femme, Floriane Irangabiye, la Burundaise condamnée à dix ans de prison en janvier 2023 notamment pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État et collaboration avec les groupes rebelles burundais ».

Devoir des gouvernements…

Pour CPJ, les gouvernements ont un devoir ultime de protéger les journalistes.

«Ils doivent travailler dans un environnement où ils se sentent libres avec indépendance en toute sécurité. Une simple action que les gouvernements devraient faire pour le moment c’est de libérer tous les journalistes détenus, abandonner leurs charges. En démocratie, les journalistes doivent exercer sans peur, reconnus », a ajouté Mumo dans un entretien exclusif qu’elle a accordé à SOS Médias Burundi.

Soutien et reconnaissance…

Un message fort que CPJ adresse aux journalistes emprisonnés, c’est de les réconforter. « Le plus important, sachez que vous n’êtes pas seuls derrière les grillages. Nous vous voyons et reconnaissons la valeur de votre travail et nous savons que vous souffrez à cause de votre profession », lance Muthoki Mumo.

Et de conclure : « CPJ et d’autres communautés de la presse, nous ne nous lasserons pas pour demander la justice pour vous et exiger votre libération. Nous élèverons toujours vos noms, serons débout et solidaires avec vous dans des moments difficiles ».

Un point amèrement positif que CPJ note est que le nombre de journalistes en prison a légèrement baissé de 367 en 2022 à 320 en 2023. « Mais les chiffres restent toujours alarmants », regrette l’Organisation.

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Photo : une photo du journaliste John Williams Ntwali exposée à Baraza Media Lab à Nairobi au Kenya, en marge d’une veillée en sa mémoire organisée par des activistes et journalistes, février 2023

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