Goma : des habitants des localités sous contrôle du M23 dénoncent une multitude d’impôts et taxes
Depuis le 23 janvier dernier, les dirigeants du M23 ont installé une administration civile dans les zones sous leur occupation.Le M23 a justifié cette décision en insistant que c’est « un moyen efficace de restaurer l’autorité, pour essayer de ramener la quiétude au sein de la population de Rutshuru qui a été longtemps victime de la discrimination perpétrée par les dirigeants de Kinshasa ».Des habitants des localités sous contrôle du M23 dénoncent une multiplicité d’impôts et taxes perçus par l’administration civile du mouvement rebelle. (SOS Médias Burundi)
Pour certains analystes politiques, l’installation de son administration sur le sol congolais signe « une violation des résolutions prises dans le cadre des processus de paix de Luanda et Nairobi, qui ont décidé le retrait des rebelles et leur désarmement. »
La décision signée par Bertrand Bisimwa, président du M23, confie l’administration du territoire de Rutshuru à Prince Mpabuka, qui a pour adjoint Salomon Bolingo.
Quant à la cité stratégique de Bunagana située à la frontière congolo-ougandaise, prise en juin 2022,elle sera dirigée par Désiré Kanyamarere. L’administration de Kiwanja a, elle, été confiée à Julien Katembo et celle de Rubare à Célestin Maguru.
Des comités de paix et de sécurité ont été transformés en comités locaux de développement sous la responsabilité de l’administrateur du territoire.
Multiplacation d’impôts et taxes par l’administration civile du M23 à Rutshuru
Selon des habitants de la cité de Kiwanja à Rutshuru, depuis l’installation des dirigeants civils dans le territoire de Rutshuru, plusieurs secteurs ont changé leur manière de travail.
Une multiplicité des taxes et impôts dans les lieux publics et privés est observée depuis la prise de fonction des nouveaux géstionnaires de la direction des recettes, antenne de Rutshuru.
« Nous sommes secoués par des taxes depuis que le M23 a installé ses représentants ici chez nous. Il y a eu depuis un certain temps une taxe de recensement que nous payions à 2500 francs congolais mais aujourd’hui la somme a été majorée à 8000 francs par trimestre et par personne », signale un cadre de la société civile qui a requis l’anonymat.
À part la cité de Kiwanja, la population de Nyamilima, une des localités du territoire de Rutshuru est contrainte de payer 1.000 francs congolais à titre de taxe de sécurité appelée « Vodo ».
La population alerte sur cette « taxe illégale » imposée par le M23 dans une localité qui est complètement sous leur contrôle.
« Mensuellement, plus de 50.000 personnes sont obligées de payer chaque jour 1.000 FC par personne pour leur propre sécurité », regrette un habitant de Nyamilima.
Et de poursuivre : « Les personnes qui perçoivent la taxe vodo sont connues de tous. Une personne après avoir payé la taxe, a droit à un jeton de sécurité qui doit être ensuite bien gardé. Une fois perdu, il doit encore payer pour une deuxième fois ».
Pour mettre fin à ce genre de taxe, Jean Claude Bambanze, président de la société civile de Rutshuru, demande au gouvernement de « restaurer l’autorité de l’État dans le groupement de Binza et de libérer sans condition le territoire occupé par l’armée rwandaise et autres groupes armés »
Des agriculteurs et commerçants n’ont pas été épargnés par ces taxes
Les rebelles du M23 ont instauré, depuis quelques temps, une taxe de 10 USD par carré de champ (20/30 mètres) pour tous les agriculteurs dans les zones sous leur occupation.
« Ils délivrent une quittance à la suite de ce paiement. La situation concerne aussi les commerçants et entreprises notamment les usines de fabrication de boissons.
Ces dernières sont sommées de payer des montants allant jusqu’à 250 USD ou plus, selon leur catégorie », insiste une source locale.
Des travaux forcés communautaires sont toujours d’application et toute la population s’y conforme, ajoutent des sources locales.
Sur l’axe Nyamilima-Ishasha, les rebelles du M23 occupent déjà plusieurs localités jusqu’à 12km de Nyamilima.
La présidence du M23 dément ces allégations
La présidence du mouvement rebelle du 23 Mars a à son tour démenti toutes ces allégations portant sur la multiplicité des taxes.

Elle affirme que les administrateurs de territoires sous son contrôle ne visent autre que la bonne gouvernance, le bien-être social et la démocratie de la population civile.
Suite à ces changements, plusieurs mesures de sécurité ont été prises par l’administration civile du M23.
Parmi ces dernières, figure le couvre-feu imposé par les rebelles du M23 qui ont annoncé la suspension de toutes les activités et la circulation des personnes à partir de 18h 30 dans les entités sous leur contrôle.
Cette mesure inquiète de nombreux habitants de Kiwanja dans le territoire de Rutshuru. Parmi ces habitants figurent les tenanciers de bars, les petits commerçants et les boutiquiers qui ne sont plus en mesure de travailler suite au couvre-feu.
Une situation qui affecte fortement ce secteur de la vie, explique cet habitant et tenancier d’une boutique de commerce au quartier Buturande à Kiwanja
« Cette mesure impacte vraiment sur nos activités, nous qui avons des kiosques nous recevons souvent les clients aux heures de la soirée surtout après les travaux des champs mais aujourd’hui nous ne sommes plus en mesure de les recevoir après 18h 30. Durant cette semaine, nous n’avons rien vendu pourtant nous sommes locataires dans nos boutiques, nous ne sommes plus capables de subvenir aux besoins des nos familles », s’inquiète le commerçant.
Pour rappel, c’est le 20 janvier dernier que le secrétaire exécutif du M23 avait annoncé à travers un communiqué la suspension à partir de 18h 30 de toute activité, notamment la circulation des personnes, celles des activités commerciales mais également la suspension des veillées dans des églises.
Le gouvernement congolais garde toujours le silence depuis la prise de ces décisions à l’endroit des civils dans les zones sous contrôle du M23.
Le M23 est une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021 reprochant au gouvernement congolais de n’avoir pas respecté ses engagements sur la réinsertion de ses combattants. Les autorités congolaises restent persuadées qu’elle bénéfice d’un soutien du Rwanda, ce que le gouvernement rwandais a toujours balayé d’un revers de la main.
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Photo d’archives : un rebelle du M23 lors de la prise de la cité de Bunagana, frontalière avec l’Ouganda, juin 2022
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