Photo de la semaine : le HCR tente de tranquilliser les réfugiés burundais en Tanzanie

Photo de la semaine : le HCR tente de tranquilliser les réfugiés burundais en Tanzanie

Le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR), se dit très préoccupé par les articles de presse qui ont circulé récemment dans les médias nationaux et internationaux concernant les retours forcés de réfugiés burundais. Alors que cette agence onusienne tranquillise que personne ne sera forcé, les concernés eux y voient une mascarade. (SOS Médias Burundi)

D’une façon inhabituelle, le HCR a sorti un long communiqué. Il se dit étonné d’entendre que les réfugiés ont été informés par les autorités tanzaniennes de l’intention présumée de fermer le camp de réfugiés de Nduta, le plus grand camp de réfugiés burundais avec plus de 63 000 réfugiés, d’ici la fin de l’année.

“Les articles affirment également que les services aux réfugiés seront supprimés, dans le but de détériorer les conditions de vie pour contraindre les réfugiés à choisir de retourner au Burundi, et que le statut de réfugié cessera d’être accordé aux réfugiés burundais dans le pays”, s’inquiète le communiqué du HCR.

Cette agence des Nations -Unies, indique qu’elle a immédiatement rencontré le ministère tanzanien de l’Intérieur pour lui faire part de ces préoccupations.

« Nous tenions à souligner la nécessité que tous les retours de réfugiés soient volontaires et conformes à l’accord tripartite sur le retour volontaire des réfugiés burundais conclu entre les gouvernements de la République-Unie de Tanzanie, de la République du Burundi et le HCR », rappelle l’agence.

Lors des récentes discussions avec le ministère en charge des affaires intérieures en Tanzanie, révèle le HCR,
« le gouvernement tanzanien a rassuré le HCR que les camps resteraient ouverts et que personne ne serait forcé de rentrer”.

Le HCR a également clarifié la procédure à suivre pour invoquer la cessation du statut de réfugié, une procédure qui nécessite du temps pour évaluer les conditions et s’assurer qu’elles sont réunies, insiste le document du HCR sorti le 22 mai dernier.

Les réfugiés burundais dénoncent une mascarade. Pour eux, la réaction du HCR ne tient pas la route.

« Nous savons que ces gens sont malins. Comment est-ce qu’ils se réclament comme notre protecteur alors qu’ils sont impuissants devant des violations de tous nos droits ici : les écoles sont fermées les unes après les autres, de même que les dispensaires, les champs de cultures sont détruits, les aides sont suspendues, les centres de négoce et les boutiques sont fermés et détruits,…Tout cela pour préparer la fermeture du camp à la fin de cette année », affirment des Burundais du camp de Nyarugusu.

« Nous avons eu le document de travail qui a fuité du HCR pour cette année et c’est ce même chronogramme qui est suivi pour fermer les écoles et les centres de santé ici. Les autorités tanzaniennes sont tout le temps ici pour nous annoncer que la fin de notre statut est fixée pour la fin de 2024. Alors, que vise ce communiqué du HCR s’ils ne peuvent pas intervenir sur terrain face à tout ce calvaire que nous endurons ? » Se demandent des réfugiés de Nduta.

Ce chronogramme est l’une des conclusions d’une réunion tripartite tenue en novembre 2023 entre le HCR et les gouvernements de la Tanzanie et du Burundi. Pourtant, ils avaient aussi convenu de promouvoir le rapatriement volontaire au Burundi conformément aux dispositions de l’accord tripartite de mai 2001.

“Entre-temps, les réfugiés burundais continueront à bénéficier d’une protection internationale en Tanzanie”, insiste le HCR qui continue de promouvoir et de faciliter le rapatriement volontaire au Burundi pour ceux qui en font le choix librement et en connaissance de cause.

La Tanzanie semble avoir tranché

Samia Suluhu Hassan, la présidente de la Tanzanie a affirmé en janvier dernier que « nous avons fait ce travail très important en collaboration avec l’agence onusienne en charge des réfugiés mais en réalité, cette agence n’a plus de force et cette énergie de rapatrier les réfugiés comme elle le faisait avant n’est plus là ».

«Nous allons continuer des discussions politiques avec ce pays voisin pour trouver le meilleur moyen de rapatrier ces réfugiés-là », a-t-elle insisté à Dar-es-Salaam dans une réunion avec différents responsables sécuritaires.

Une semaine après ces déclarations, l’Inspecteur chargé des réfugiés dans la région de Kigoma (nord-ouest de la Tanzanie où les deux camps sont basés) a fait le tour de ces camps pour expliquer aux réfugiés qu’ils ont juste dix mois pour rentrer volontairement.

Les déclarations de cet officiel lors de sa visite dans les camps de Nyarugusu et Nduta ont confirmé des mesures draconiennes prises contre les réfugiés burundais.

« La Tanzanie aime les Burundais en général mais elle ne veut plus de réfugiés burundais ! Votre retour est déjà décidé par le gouvernement tanzanien et donc l’assistance octroyée aux réfugiés sera suspendue après le délai de dix mois qui vous est accordé pour un rapatriement volontaire », a déclaré John Walioba Mwita aux réfugiés burundais.

Cris de détresse des réfugiés

 » S’il y a des pays qui veulent accueillir des réfugiés, qu’ils nous viennent en aide. Il n’y a pas de paix au Burundi. La preuve en est que des rapatriés ne cessent de retourner dans les camps. Comment peut-on dire que ce pays est paisible ? Franchement nous lançons un cri d’alarme. Nous en appelons à la protection de l’ONU en charge de notre sécurité. Que l’ONU nous vienne en aide. L’ONU doit briser le silence car c’est notre parent », se lamente une mère du camp de Nduta.

Et une autre Burundaise de poursuivre avec les mêmes craintes : « beaucoup de personnes ont été tuées quand elles sont retournées au Burundi. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer. Nous sommes laissés à notre propre sort. C’est pitoyable la situation que nous vivons dans le camp. Nous ne savons plus où donner de la tête ».

Depuis le début de l’année, plus de 4 000 réfugiés burundais ont été aidés à rentrer chez eux depuis la Tanzanie, a indiqué le HCR.

Et depuis le début de l’exercice de rapatriement volontaire en septembre 2017, plus de 230 000 réfugiés sont rentrés au Burundi depuis les pays voisins, dont plus de 168 000 depuis la Tanzanie, selon toujours la même agence onusienne.

Le HCR exhorte le gouvernement du Burundi et la communauté internationale à davantage d’investissements pour améliorer les conditions propices au retour au Burundi et veiller à ce que les rapatriés puissent vivre dans la dignité et s’épanouir dans leurs communautés.

Les autorités tanzaniennes restent décidées à chasser les Burundais

Durant la deuxième semaine du mois de mai dernier , Sudi Mwakibasi, directeur général en charge des réfugiés en Tanzanie a été on ne peut plus clair: les réfugiés burundais doivent être rapatriés de gré ou de force avanta la fin de l’annee.

« Vous ne figurez plus parmi les catégories de personnes dignes de recevoir l’aide humanitaire. Et ce paquet retour de 200 USD par tête que vous recevez, je n’ai aucune garantie que vous en aurez encore en juillet. Faites-vous inscrire et rentrez. La paix règne au Burundi », a-t-il déclaré devant les réfugiés et représentants du HCR dans les camps de Nduta et Nyarugusu le 9 et 10 mai 2024.

Et d’être plus précis : » Ça, c’est notre plan, nous voulons fermer les camps de Burundais en Tanzanie. Je dois être clair là dessus, ces camps seront fermés ».

Une Association attaque le HCR

« […] Les réfugiés dans les camps en Tanzanie vivent comme des prisonniers : ils n’ont pas le droit à des activités génératrices de revenus, ils ne sortent pas, toutes les boutiques et les champs de culture ont été détruits. À la moindre faute, la punition est d’être embarqué jusqu’à la frontière du Burundi. En général, les réfugiés burundais en Tanzanie sont traités comme des prisonniers. Tout cela est dans l’optique de les forcer à rentrer, ce qui est difficile, beaucoup de réfugiés ne peuvent pas retourner à cause de l’insécurité qui règne toujours au Burundi et aussi de leur statut. À titre d’exemple, les ex-militaires, les politiciens, les manifestants, les défenseurs des droits de l’homme, …, sont particulièrement visés. La dernière campagne est pilotée par le gouvernement du Burundi, qui se cache derrière des relations étroites avec le gouvernement tanzanien.
Le mobile derrière cette campagne est de montrer à la communauté internationale que la paix règne au Burundi, preuve en est que les réfugiés rentrent massivement », accuse Léopold Sharangabo, représentant de l’ABDH/ VICAR, une organisation qui milite pour les droits des réfugiés.

Et d’enfoncer le clou : » en collaboration avec la Tanzanie, les représentants actuels du HCR sont menacés d’expulsion s’ils refusent de suivre cette cadence. Finalement, le HCR en Tanzanie a cessé de désavouer cette répression. Désormais, il est difficile de différencier le HCR de la Tanzanie si on se base uniquement sur leurs paroles ».

Actuellement, quelques 241 000 réfugiés, principalement originaires du Burundi (plus de 111.700) et de la République démocratique du Congo, vivent dans deux camps : Nyarugusu, dans le district de Kasulu, et Nduta, dans le district de Kibondo.

Le financement de ce secteur fait défaut et le HCR regrette qu’au 30 avril 2024, il n’a reçu que 13 % des 114 millions de dollars américains nécessaires pour protéger et assister les réfugiés en Tanzanie cette année.

“Nous continuons de demander davantage de ressources financières pour répondre à leurs besoins”.

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