Burundi : le CNC, organe régulateur ou oppresseur?
Quatre radios locales empêchées de faire une synergie des médias sur la nouvelle loi sur la presse, la mise en garde contre le groupe de presse Iwacu ou encore l’interdiction à la radio Bonesha Fm de rediffuser une émission, le CNC, Conseil national de la communication est devenu un outil de répression du pouvoir à la place de sa mission de « régulateur ». Des journalistes craignent des actions plus écrasantes à la veille des élections. (SOS Médias Burundi)
Le sujet des quatre radios privées et/ou indépendantes portait sur le projet de loi portant modification de la loi sur la presse de 2018. Les quatre médias: Isanganiro, Bonesha Fm, Rema Fm et Shima Fm se sont vu refuser de traiter ce sujet. Le Conseil national de la communication, CNC a expliqué qu’il n’est pas encore temps de faire un commentaire « sur une loi non encore promulguée par le président de la République ».
La nouvelle tombe la veille de la synergie. Le mercredi 5 juin 2024. Les quatre radios étaient déjà prêtes à aborder le sujet car elles s’y préparaient depuis plus d’une semaine. Le CNC donne comme seule raison qu’il n’y a pas assez de matières bien que le parlement ait déjà adopté le projet de loi. Les journalistes s’étonnent.
« C’est bizarre que le CNC nous interdit de travailler sur un sujet qui nous tient à cœur. Et d’ailleurs, il n y a rien de nouveau car il a déjà suscité des commentaires des uns et des autres », lance un confrère, fâché. Les collègues pensent à une façon de museler la presse à la veille des prochaines élections (les législatives de 2025).
« Ce n’est pas un bon signe du tout. L’organe régulateur qui devrait nous garantir le soutien dans tout ce que nous faisons est devenu le premier à nous empêcher de travailler librement », regrette un autre collègue qui pense que si les choses continuent ainsi, les journalistes n’auront plus le courage d’exercer le métier en toute indépendance.
Il ne s’agit pas du seul sujet rejeté par le CNC quand il s’agit d’une demande de traiter une information en synergie sans raison valable sauf que c’est inopportun, ajoutent des responsables d’associations de journalistes.
« Certains des journalistes sont même menacés en face à travers des conversations ou reçoivent des messages anonymes leur rappelant qu’un bon journaliste est un journaliste vivant », déplore une collègue qui a été victime de telles intimidations.
Au cours de cette semaine, le même organe a interdit à la radio Bonesha Fm de rediffuser une émission. Elle concernait le retard dans l’adoption de la loi budgétaire, exercice 2024-2025. Deux opposants dont Agathon Rwasa, leader traditionnel CNL contesté qui a été évincé par une partie des cadres de son parti début mars dernier avec la complicité du parti au pouvoir le CNDD-FDD, selon lui, et Gabriel Rufyiri, représentant de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques, une organisation locale très critique des abus économiques du pouvoir de Gitega.
« Le CNC nous a expliqué que l’émission ne peut pas être rediffusée alors que la loi n’a pas encore été adoptée et promulguée », a confié à SOS Médias Burundi un responsable du médium. L’émission est diffusée chaque samedi et dimanche et rediffusée le mardi et mercredi, successivement en langue locale le Kirundi et en français.
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L’autocensure s’installe déjà au sein des professionnels des médias qui trouvent incertain l’avenir du métier de journalisme au Burundi.
Après la crise de 2015 née d’un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza qui a poussé une centaine de journalistes à l’exil, les médias burundais peinent toujours à « retrouver leur indépendance » dans un pays jadis modèle concernant la liberté des médias.
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