Nduta (Tanzanie) : des boissons prohibées font des victimes
Plusieurs sortes de boissons prohibées, commercialisées de façon clandestine menacent la vie des réfugiés. La police, accusée d’être laxiste, est appelée à se ressaisir. (SOS Médias Burundi)
La consommation de ces boissons représente un danger public et sanitaire. Et les conséquences se manifestent dans les rues comme dans les ménages.
« Ceux qui consomment ces boissons ont des ventres et pieds gonflés, ils causent des dégâts dans les villages, ils circulent en état d’ivresse et presque sans état d’esprit normal. Certains même tombent malades et sont hospitalisés. Et puis dans ces bistrots, l’hygiène laisse vraiment à désirer », déplorent des réfugiés de Nduta.
Autres conséquences: dislocation familiale et divorce, vagabondage sexuel, grossesses non désirées, gaspillage des biens familiaux dont la vente de l’assistance perçue…
La plupart de ces boissons proviennent du Burundi et entrent en clandestinité sur le sol tanzanien, la région de Kigoma dans le nord-ouest de la Tanzanie où le site de Nduta est installé, étant frontalière avec le Burundi. Elles sont fabriquées à base des ananas et du maïs pour la majorité.
Certaines de ces boissons sont déjà prohibées au Burundi et les usines écoulent leurs produits vers la Tanzanie et surtout vers les camps de réfugiés.

Au camp de Nduta, une de ces boissons, fabriquée en province de Kayanza ( nord du Burundi) , a été baptisée « Kirimbuzi » (ou encore la boisson destructrice) de part ses effets néfastes.
Points d’entrée
Les portes d’entrée sont les provinces de Ruyigi, Cankuzo et Makamba dans l’est et le sud du Burundi. Les trois provinces sont frontalières avec la Tanzanie et ont plusieurs frontières clandestines qu’elles partagent avec la région de Kigoma.
Le commerce de ces boissons non contrôlées est banni. Mais des agents de la police favorisent leur vente. Nos sources parlent de laxisme et de corruption.
« Qui ne sait pas que dans plusieurs villages surtout dans les zones 3,4,5 et 10 et ailleurs, beaucoup de bistrots sont ouverts presque tous les jours! L’on dirait qu’ils sont réglementés car même les chefs de villages ou des policiers y vont pour prendre un verre! », indiquent des réfugiés, agacés par le nombre croissant de soûlards au camp.
Des sources locales soulignent que le laxisme et la corruption poussent la police et l’administration à faire sourde oreille « surtout aux lamentations des femmes qui s’inquiètent pour leurs maris et ménages ».
Une autre source administrative affirme qu’ « une somme colossale est collectée sous forme de cotisations pour être enfin donnée aux policiers chaque semaine » en provenance des propriétaires de ces bistrots « bannis ».

Des réfugiés burundais de Nduta regrettent que cette pratique met en danger la vie au camp et l’ordre public . Ils appellent le président du camp, le responsable de la police à se saisir de la question. « Cela reviendrait à nous protéger », insistent-ils.
Nduta compte plus de 58.000 réfugiés burundais. Ses occupants ont fui la crise de 2015 consécutive à un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza la même année, pour la plupart.
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Photo : des hommes du camp de Nduta devant un bar de boissons prohibées, décembre 2024 © SOS Médias Burundi
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