Rutana : arrestation controversée du commissaire provincial-CGM ex-PAFE

Rutana : arrestation controversée du commissaire provincial-CGM ex-PAFE

L’arrestation du commissaire provincial du Commissariat Général des Migrations (CGM) anciennement Police de l’Air, des Frontières et des Étrangers (PAFE) de Rutana (sud-est du Burundi), le colonel de police Gérard Nduwimana, continue de susciter des réactions vives parmi la population et les forces de l’ordre locales. L’officier a été interpellé dans la soirée du jeudi 27 mars, vers 21 heures, alors qu’il se trouvait dans un bistrot du chef-lieu de province. (INFO SOS Médias Burundi)

Selon plusieurs sources policières, le colonel Nduwimana aurait tenté d’obtenir le remboursement d’une dette de plus de 15 millions de francs burundais qu’un commerçant local, surnommé Mwarabu, lui devait. Mwarabu est un proche du gouverneur de la province, Olivier Nibitanga. Le colonel aurait alors pris contact avec les autorités judiciaires locales, notamment le procureur et le président du tribunal de grande instance de Rutana, pour obtenir le remboursement de cette somme.

La situation a pris un tournant plus dramatique lorsque la femme de Mwarabu a été surprise en train de vendre une maison. Le commissaire Nduwimana, accompagné de son collègue le commissaire provincial chargé de la sécurité intérieure, s’est rendu sur place pour interrompre la transaction, en présence de plusieurs témoins, dont des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, les Imbonerakure.

Accusations de tentative de fusillade

Les témoins ont immédiatement alerté le gouverneur, Olivier Nibitanga, en accusant le colonel Nduwimana d’avoir tenté de menacer les personnes présentes avec son arme à feu. En réponse à ces accusations, le gouverneur a contacté le procureur, le commissaire provincial et le chef du service de renseignement provincial. L’incident a été suivi d’une médiation au bureau du procureur, où la femme de Mwarabu a reconnu la dette de son mari et proposé un remboursement partiel immédiat de 5 millions de francs burundais, avec un plan pour le reste de la somme. Cependant, l’incident a pris une tournure plus politique lorsque certains membres des Imbonerakure ont tenté d’ethniciser l’affaire.

Une arrestation perçue comme arbitraire

Sous pression, le gouverneur Nibitanga a ordonné l’arrestation et le désarmement du colonel Nduwimana. Des sources policières affirment que cette décision pourrait avoir été motivée par des considérations politiques et ethniques. Le gouverneur, selon ces sources, souhaitait se débarrasser du seul officier tutsi encore en poste au commissariat provincial de Rutana.

Dans la nuit du 27 au 28 mars, à 2 heures du matin, le colonel Nduwimana a été transféré au parquet général près de la cour d’appel de Makamba (sud), où il a été entendu dans l’après-midi. Pendant ce temps, de nombreux habitants et collègues de Rutana ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une injustice flagrante, soulignant que le créancier se retrouvait en détention, tandis que le débiteur, Mwarabu, demeurait libre.

Un débiteur au passé trouble

Des informations concordantes révèlent que Mwarabu aurait quitté le pays avant même que son dossier ne soit finalisé par le parquet de Rutana. Ce départ rapide suscite de nombreuses interrogations. Ancien détenu de la prison de Rutana, Mwarabu avait un passé criminel marqué par son monopole sur le commerce interne, qu’il gérait avec l’aide de complices au sein de l’administration pénitentiaire et des forces de l’ordre. Parmi ses soutiens, le gouverneur Olivier Nibitanga serait mentionné comme un facilitateur de ses activités, même après sa libération.

Le départ précipité de Mwarabu soulève des questions sur ses liens avec les hautes autorités de la province, et certains analystes estiment qu’il pourrait bénéficier d’une protection pour échapper à la justice.

Réactions et inquiétudes locales

L’arrestation du colonel Nduwimana a exacerbé les tensions déjà existantes entre les différentes factions politiques de la province. L’incident soulève des préoccupations sur l’indépendance de la justice et la politisation des institutions sécuritaires. Des appels à la libération immédiate de l’officier et à une enquête approfondie sur les circonstances de son arrestation ont été lancés par plusieurs habitants et organisations locales.

Dans un contexte politique tendu et marqué par des rivalités ethniques et régionales, cette affaire pourrait alimenter davantage les divisions et nuire à l’image de l’administration provinciale. L’avenir du colonel Nduwimana demeure incertain, mais son cas pourrait devenir un symbole des abus de pouvoir et de l’injustice au sein de l’appareil d’État.

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Photo : le bureau du commissariat de police en province de Rutana © SOS Médias Burundi

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