Kirundo : torturé à mort, mutilé et jeté dans le lac – un crime qui glace la région
SOS Médias Burundi
Kirundo, 2 juin 2025 – Un homme accusé de viol sans preuve, a été tabassé sous les yeux des autorités locales, mutilé, puis retrouvé mort au bord du lac Cohoha. Le drame de Léonidas Ncamihigo révèle, une fois de plus, l’ombre d’une justice parallèle qui s’installe dans certaines collines du nord du Burundi.
Tout commence mardi dernier, au centre de négoce de Rukuramigabo, dans la zone Cewe, commune Kirundo. Léonidas Ncamihigo, la cinquantaine, est appréhendé par un groupe d’Imbonerakure – les jeunes militants du CNDD-FDD – qui l’accusent d’avoir violé une femme vivant avec un handicap mental. Les preuves sont floues, les témoignages contradictoires.
Plutôt que de le remettre aux autorités judiciaires, les Imbonerakure l’emmènent au bord du lac Cohoha, où ils auraient commencé à le battre violemment. Fait glaçant : le chef de colline de Rukuramigabo et son adjointe étaient présents sur les lieux, selon des témoins, sans intervenir.
Un corps mutilé, l’horreur sans nom
Le samedi 31 mai, des pêcheurs découvrent un corps flottant, atrocement mutilé. La victime est rapidement identifiée : Léonidas Ncamihigo. La scène est insoutenable. Sa langue a été arrachée, ses yeux crevés, et ses organes génitaux sectionnés. Un acte de torture d’une extrême cruauté.
Un responsable local, sous couvert d’anonymat, évoque un acte prémédité, bien au-delà d’un simple dérapage :
« On voulait le faire taire pour de bon. Ce n’était pas de la justice populaire, c’était une exécution. »
Arrestations et indignation
Face à l’émotion suscitée par la découverte du corps, la police a procédé à l’arrestation de cinq suspects, dont le chef de colline de Rukuramigabo et son adjointe. Ils sont actuellement détenus au cachot du parquet de Kirundo, en attendant les conclusions de l’enquête.
La famille de la victime, elle, ne décolère pas :
« Notre frère a été massacré comme un animal, et ceux qui étaient censés le protéger ont regardé sans rien faire. On ne veut pas des excuses, on veut la justice », confie un proche, la voix nouée par l’émotion.
Un climat d’impunité qui inquiète
Ce drame remet en lumière un problème structurel : la montée en puissance des groupes partisans dans la gestion des conflits locaux, au détriment de la justice formelle. Des ONG locales rappellent que ce n’est pas la première fois qu’un tel cas survient dans la province de Kirundo.
« Le plus grave, c’est que ces actes sont souvent couverts ou ignorés par les autorités. L’impunité, ici, est devenue une norme », alerte un défenseur des droits humains basé dans le nord du pays.
Ce que réclame la population : des enquêtes transparentes, des sanctions exemplaires, et une remise en cause urgente du rôle sécuritaire délégué à des structures partisanes. Au-delà du choc, c’est la question de la protection de l’État de droit qui est, une fois de plus, posée dans les collines du nord du Burundi.
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Photo : le bâtiment provincial de Kirundo © SOS Médias Burundi
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