Élections sous tension à Buhumuza : l’opposition dénonce opacité et intimidations
SOS Médias Burundi
À peine les opérations de vote terminées, les tensions ont rapidement ressurgi dans la jeune province de Buhumuza. Plusieurs partis de l’opposition dénoncent un processus électoral entaché de graves irrégularités, dans un climat qu’ils qualifient d’hostile et opaque.
Dès ce jeudi soir, alors que circulaient les premières informations sur le déroulement des scrutins législatifs et communaux, les états-majors politiques ont haussé le ton. Dans cette province de l’est du Burundi, encore politiquement instable, la contestation s’organise.
Parmi les partis les plus critiques figurent l’UPRONA, le CNL, le RANAC, l’UPD Zigamabanga et le FPI. Tous pointent du doigt de « graves dysfonctionnements » dans le déroulement du scrutin. Ils dénoncent notamment l’absence d’observateurs indépendants dans certains centres de vote, un manque de transparence dans les opérations, et des actes d’intimidation.
« Nous avons constaté des anomalies dès l’ouverture des bureaux. Plusieurs procurations valides ont été rejetées sans justification », a confié, sous couvert d’anonymat, un représentant du CNL.
Les autorités locales ne se sont pas encore exprimées officiellement. Du côté de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), ses représentants affirment pour leur part que les scrutins se sont « globalement déroulés dans le calme », sans incidents majeurs signalés.
Mais les témoignages recueillis sur le terrain dessinent une tout autre réalité. À Gasorwe, un haut responsable de l’UPRONA déclare avoir été témoin de manœuvres d’intimidation orchestrées par des jeunes affiliés au CNDD-FDD, le parti au pouvoir.
« Dans la plupart des centres et bureaux de vote, nos mandataires ont été refoulés. L’opacité a régné de 6h jusqu’au dépouillement à 15h », affirme-t-il, se disant « attristé » par la situation.
Des cadres influents de l’UPRONA dans la commune élargie de Muyinga font état d’incidents similaires, signalés depuis le chef-lieu jusqu’aux zones les plus reculées. Le secrétariat provincial et la direction nationale du parti affirment suivre la situation de près.
Certains mandataires auraient même été contraints de se cacher pendant plusieurs heures, redoutant des arrestations. Plusieurs militants interrogés par SOS Médias Burundi disent craindre un homme : Shabani Nimubona, figure influente des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD. Celui-ci est décrit comme « l’homme fort » de la région, capable de peser lourdement sur le processus électoral.

Les seuls observateurs présents dans les centres et bureaux de vote de la province de Buhumuza, ce 5 juin 2025, étaient issus des confessions catholique et musulmane © SOS Médias Burundi
Autre point de crispation : dans certains bureaux où leurs représentants ont pu voter, l’UPRONA aurait officiellement obtenu zéro voix. « C’est incompréhensible. Nous avons voté pour notre parti », affirment plusieurs électeurs indignés.
Le parti se dit « profondément préoccupé » par ces résultats partiels, mais indique qu’une déclaration officielle sera faite « en temps voulu ».
De son côté, l’UPD Zigamabanga a également réagi. Dans une brève déclaration, le parti déplore « un climat de fermeture » et « des obstacles répétés à la participation des partis d’opposition ».
Même ton du côté du RANAC. À Ruyigi, un cadre du parti exprime sa colère et son inquiétude :
« Ce scrutin est une mascarade. Mais nous appelons la population au calme, en attendant les résultats finaux. »
Le FPI, lui, reste en retrait pour l’instant. Plusieurs membres se disent « attristés » par la tournure des événements, mais préfèrent ne pas commenter publiquement pour le moment.
Quant aux observateurs indépendants, leur présence a été très limitée. Seuls des représentants de la Commission épiscopale Justice et Paix ont été aperçus dans deux centres de vote visités par SOS Médias Burundi. Des observateurs de la communauté musulmane étaient présents dans un seul centre.
Cette vague de protestations survient dans un contexte déjà tendu. Dans cette province récemment créée, la compétition entre partis est féroce, et les équilibres politiques encore très fragiles.
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Photo : Un bureau de vote de la province de Buhumuza, ce 5 juin 2025. Manque de place pour les observateurs indépendants et les mandataires de l’opposition. Seul un mandataire identifié du CNDD-FDD (en tenue noire) était visible sur place © SOS Médias Burundi
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