Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, suspend les examens à Makamba pour une réunion politique

Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, suspend les examens à Makamba pour une réunion politique

SOS Médias Burundi

À Makamba, dans le sud du Burundi, des examens de repêchage prévus ce jeudi n’ont pas pu se tenir normalement dans plusieurs établissements scolaires. En cause : une réunion politique organisée au Lycée d’Excellence de Makamba par Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD. L’événement a provoqué une mobilisation massive des élèves, en particulier des majorettes, affectant gravement le déroulement des évaluations.

D’après des enseignants et témoins sur place, des centaines d’élèves ont été absents des salles de classe, préférant assister à la réunion. « C’est incompréhensible que le parti au pouvoir convoque une telle activité à un moment aussi décisif pour les élèves. Pour certains, ces examens représentaient leur dernière chance de valider l’année scolaire », déplore un enseignant sous couvert d’anonymat.

Des incitations matérielles pour attirer les élèves

Plusieurs témoignages recueillis indiquent que les élèves ont été attirés par des promesses d’avantages matériels. Un buffet a été servi et une somme d’argent, qualifiée de per diem, leur aurait été remise. Une élève de 9ᵉ année confie : « Si on refuse de participer, on peut être exclu des majorettes ou subir des représailles. »

Cette pression sociale, couplée aux attraits financiers, a suffi à détourner de nombreux jeunes des examens de rattrapage, au grand désarroi des enseignants. Certains craignent désormais des injonctions pour organiser de nouvelles sessions d’examen, ce qui contreviendrait au règlement scolaire qui limite strictement les repêchages.

Des élèves et écoliers mobilisés lors de la journée dédiée aux Imbonerakure, le 31 août 2024 à Bujumbura © SOS Médias Burundi

Des parents indignés face à une politisation de l’école

La réaction des parents ne s’est pas fait attendre. Nombre d’entre eux dénoncent une instrumentalisation grandissante de leurs enfants à des fins politiques. « On nous avait promis qu’ils ne défileraient que pendant les fêtes nationales. Mais maintenant, c’est chaque semaine qu’ils ratent les cours. Et cette fois, ils ont même manqué les examens », s’indigne une mère.

Une pratique devenue courante au niveau national

Ce n’est pas un cas isolé. À travers le pays, des élèves, y compris du primaire, sont régulièrement mobilisés pour accueillir des cadres du CNDD-FDD ou participer à des événements politiques, y compris les ibikorwa rusangi (travaux communautaires). Ces interruptions répétées de l’apprentissage inquiètent les syndicats d’enseignants et les organisations de défense des droits de l’enfant, qui y voient une menace directe pour la continuité et la qualité de l’éducation.

L’école face à l’ingérence politique

Cet incident à Makamba relance un débat récurrent : jusqu’où peut aller la politisation du système éducatif ? Les syndicats appellent une nouvelle fois les autorités à garantir le respect du calendrier scolaire, à protéger les élèves de toute forme d’instrumentalisation politique, et à veiller à ce que l’école reste un espace neutre, dédié à la formation.

À ce jour, ni le ministère de l’Éducation, ni le parti CNDD-FDD n’ont réagi officiellement à cet incident.

Dans les écoles concernées, la tension est palpable. Entre frustration des enseignants, colère des parents et désillusion des élèves, le besoin de règles claires et de garanties contre les interférences politiques dans l’enseignement devient de plus en plus pressant.

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Photo : Le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo et son adjoint Cyriaque Nshimirimana décorent un enfant issu d’une famille de membres du parti présidentiel lors de la journée dédiée aux Imbonerakure à Makamba ( sud du Burundi) , le 26 août 2023 © SOS Médias Burundi

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