Photo de la semaine-Massacre de Gatumba : un deuil sans fin pour les Banyamulenge

Photo de la semaine-Massacre de Gatumba : un deuil sans fin pour les Banyamulenge

Vingt-et-un ans après le massacre de Gatumba, la douleur reste vive et la soif de justice intacte. Ce mercredi, la communauté Banyamulenge à travers le monde a commémoré cette tragédie du 13 août 2004, qui avait coûté la vie à au moins 166 réfugiés congolais, à majorité membres de la communauté Banyamulenge, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, dans un camp situé à la frontière entre le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).

L’attaque, attribuée aux rebelles hutus burundais des Forces nationales de libération (FNL) alors dirigés par Agathon Rwasa, actuellement principal opposant burundais écarté des scrutins de cette année, avait également fait 108 blessés et 8 disparus. À l’époque, le porte-parole du mouvement, Pasteur Habimana alias Méthuselah Nikobamye, avait revendiqué l’attaque dans un premier temps, avant de nier les faits par la suite.

Commémorations en RDC et au Kenya

En RDC, plusieurs cérémonies ont été organisées à Bukavu (Sud-Kivu) et à Goma (Nord-Kivu), en présence de personnalités politiques et militaires de premier plan. La grande partie des deux provinces, très riches en minerais, est actuellement sous contrôle du M23, un groupe armé affilié au mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

À Bukavu, le gouverneur militaire du Sud-Kivu, Lawrence Kanyuka, ainsi que le porte-parole du M23/AFC, Willy Ngoma, ont assisté à la cérémonie, aux côtés de membres de la communauté locale. Vincent Runezerwa, participant, a salué le bon déroulement de la journée :

« Avant, on nous empêchait de commémorer, mais aujourd’hui, nous avons honoré nos défunts dignement, sans problème. Nous demandons justice, car notre peuple continue d’être discriminé et tué en RDC. »

À Goma, Moïse Nyarugabo, Corneille Nangaa (responsable de l’AFC) et Bertrand Bisimwa (chargé des affaires politiques et diplomatiques au sein de l’AFC) figuraient parmi les personnalités présentes. Sematungo, président de la Mutualité des Banyamulenge à Goma, a rapporté :

« Les dirigeants du M23/AFC ont affirmé que cela ne se reproduira plus, et qu’ils ont pris les armes pour défendre les opprimés. »

La diaspora a également marqué la journée à Nairobi, au Kenya, où des milliers de personnes vêtues de noir se sont rassemblées, parmi lesquelles des personnalités kényanes et des représentants de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Des témoignages émouvants ont rappelé non seulement Gatumba, mais aussi d’autres massacres, comme ceux de Kaminzobe, Ntayoberwa et Kabongo, où les victimes auraient été mutilées et mangées par les miliciens Maï-Maï, aujourd’hui incorporés dans les milices Wazalendo entretenues par les autorités congolaises.

Recueillement au Burundi

Au Burundi, les cérémonies ont eu lieu à Bujumbura, la capitale économique, ainsi que dans les camps de réfugiés de Kinama (province de Buhumuza) et de Musasa (province de Butanyerera, dans le nord-est).

À Bujumbura, les participants se sont rendus au mémorial de Gatumba pour déposer des gerbes de fleurs, avant une autre cérémonie qui a eu lieu dans le centre-ville, à la salle Schweppers de Nyakabiga, commune de Mukaza, où des discours ont été prononcés.

L’accès au cimetière où reposent les victimes a toutefois été limité à 30 personnes, sur décision des autorités burundaises. Aucun représentant officiel burundais ou congolais n’était présent. Plusieurs participants portaient les photos de leurs proches assassinés.

Depuis les États-Unis, via une plateforme en ligne, des rescapés ont livré leurs souvenirs. Nyamukesha, qui avait 14 ans au moment du drame, a raconté :

« Ils nous ont attaqués la nuit. J’étais avec ma mère, enceinte de 8 mois. Ils ont tiré de nombreuses balles. J’ai été blessée au bras et à la jambe. Ma mère a été touchée au ventre. D’autres personnes dans la tente ont été tuées… c’était une nuit sombre. »

Kazadi, un autre survivant, se souvient :

« Vers 20h, on a entendu des coups de feu. En 30 minutes, on entendait des gens crier : “Ils nous tuent, c’est la fin !” Les tentes brûlaient, les gens mouraient, et personne ne venait nous aider. »

L’appel renouvelé à la justice

Lors de son discours au mémorial, Lazare Rukunda, l’un des leaders de la communauté Banyamulenge, a exprimé sa reconnaissance envers le Burundi pour l’accueil et la protection accordés aux réfugiés, tout en lançant un appel pressant :

« Il est temps que justice soit faite. Nous appelons le gouvernement burundais, la communauté internationale et le gouvernement congolais à identifier et juger les responsables du massacre de Gatumba. »

La communauté Banyamulenge dénonce l’impunité persistante et le silence des acteurs nationaux et internationaux, en particulier celui de l’ONU, accusée de n’avoir jamais tenu ses promesses de justice faites aux victimes.

Vingt-et-un ans plus tard, Gatumba reste une plaie ouverte. Pour les rescapés et familles endeuillées, tant que les auteurs de ce massacre ne seront pas poursuivis, la page ne pourra être tournée.

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Notre photo : des membres de la communauté Banyamulenge posent pour une photo de famille sur le mémorial de Gatumba après le dépôt des gerbes de fleurs, le 13 août 2025 © SOS Médias Burundi

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