Bujumbura : les Congolais pris pour cible dans des rafles répétées

Bujumbura : les Congolais pris pour cible dans des rafles répétées

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 30 septembre 2025 –Depuis vendredi dernier, plusieurs Congolais vivant dans différents quartiers de la capitale économique du Burundi sont visés par des rafles menées par la police burundaise. La dernière opération en date, survenue tôt ce lundi matin dans le quartier Cibitoke, a semé la panique et accru le sentiment d’insécurité au sein de la communauté congolaise.

Une vaste opération de la police burundaise a semé la panique tôt ce lundi matin dans le quartier de Cibitoke, ciblant spécifiquement les ressortissants congolais. Plusieurs avenues ont été perquisitionnées, des dizaines d’hommes et de femmes arrêtés, puis embarqués dans des camions sans explication en direction du commissariat municipal.

Selon plusieurs témoins, cette opération n’était pas improvisée. Le bouclage, qui a débuté dès les premières heures du jour, a concerné les 15ᵉ, 16ᵉ, 17ᵉ et 18ᵉ avenues du quartier Cibitoke.

La police semblait disposer d’une liste précise des domiciles abritant des Congolais, appartenant à différentes mutualités. Des témoins évoquent une opération « minutieusement préparée », dont les préparatifs auraient commencé dès le vendredi précédent.

« Le fouillage avait bel et bien été organisé depuis la semaine dernière. Ce n’était pas un hasard », témoigne un résident sous couvert d’anonymat.

Rafles sans explication

Les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation massive d’hommes et de femmes, sans se soucier de leur statut administratif. Des camions les ont transportés vers le commissariat municipal, sans fournir d’explication ni aux proches ni aux voisins. Cette situation a suscité une profonde inquiétude, tant chez les Congolais que chez les Burundais vivant dans les environs.

Parmi ceux qui ont échappé à cette rafle, Blaise, un jeune Congolais, raconte :
« Je suis parti très tôt au marché Cotebu (où est installé l’un des parkings les plus grands desservant plusieurs régions du centre, du nord-ouest et du nord-est ou encore de l’est). À mon retour, j’ai découvert que tous mes voisins congolais avaient été arrêtés. La police les avait pris sans rien dire, direction le commissariat. Mes voisins sont tous partis, c’est un vrai problème, surtout pour les élèves et les étudiants. »

Cette opération a ravivé la peur dans d’autres quartiers de Bujumbura où vivent de nombreux Congolais, comme Mutakura, Buterere, Buyenzi et Bwiza, déjà touchés par des rafles similaires par le passé.

« Ma famille proche, qui habite à Cibitoke, a été arrêtée ce matin. Mon frère et sa femme ont été embarqués, et leurs enfants sont restés seuls dans la maison. Je suis partie rester avec eux en attendant que leurs parents reviennent », témoigne Clotilde, une résidente désemparée.

Des précédents préoccupants

Ce type de rafle n’en est pas à son premier épisode. Les ressortissants congolais vivant à Bujumbura sont régulièrement la cible d’opérations musclées. Des familles affirment même avoir été contraintes de verser des pots-de-vin pour obtenir la libération de leurs proches.

Les 8 et 9 septembre derniers, au moins 578 réfugiés congolais avaient été arrêtés dans plusieurs localités des communes de Cibitoke et Bukinanyana, dans la province de Bujumbura, puis refoulés vers la RDC. Mais leur traversée avait été empêchée par les milices Wazalendo, aujourd’hui maîtres de la ville d’Uvira en province du Sud-Kivu, frontalière avec le Burundi. Ces miliciens les avaient accusés d’être des espions du Rwanda et des ennemis de la République démocratique du Congo, simplement parce qu’ils sont originaires de Kamanyola et ses environs, une zone sous contrôle des rebelles du M23, soupçonnés de bénéficier d’un soutien du Rwanda — ce que Kigali dément formellement.

Silence des autorités

Jusqu’à présent, aucune communication officielle n’a été faite par les autorités burundaises pour expliquer les motifs de l’opération ni le sort réservé aux personnes arrêtées. La communauté congolaise, elle, attend des réponses — mais surtout des garanties pour sa sécurité et sa dignité.

Previous Gitega : un policier tire sur un motard en plein centre-ville, la colère monte
Next Burundi – Cibitoke : des paysans expulsés sous prétexte de liens avec le M23

You might also like

Sécurité

Burundi : des explosions à l’aéroport de Bujumbura

Au moins deux bombes mortier 60 ont été larguées hier soir à l’aéroport de Bujumbura la capitale économique. Certaines sources parlent de deux et d’autres de trois qui ont atteint

Sécurité

Bujumbura: un employé de la société Afritextile porté disparu

Le concerné est d’origine rwandaise. Ses proches peinent à le retrouver. Ses collègues à Afritextile, ancien Cotebu( complexe textile de Bujumbura) affirment qu’il vient de passer une semaine sans se

Sécurité

Gatumba : de plus en plus de Congolais fuient vers le Burundi mais certains se retrouvent dans des cachots

Plusieurs Congolais des villes de Goma, Bukavu et Uvira, situées dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu à l’est de la RDC ( République démocratique du Congo) continuent de fuir