Tanzanie : 97 % des réfugiés burundais jugés « sans besoin de protection » selon le HCR
SOS Médias Burundi
Kigoma, 20 octobre 2025 — La semaine dernière a été mouvementée dans les camps de réfugiés burundais en Tanzanie. Plus de 110 000 réfugiés burundais vivent encore dans ce pays, ayant fui pour la plupart la crise de 2015 déclenchée par un troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza. Le HCR, le consulat burundais et les autorités tanzaniennes ont sillonné les camps pour annoncer les conclusions des entretiens de présélection menés en mai dernier : selon leurs résultats, presque tous les réfugiés n’auraient plus besoin de protection internationale.
Le vendredi 17 octobre, la Représentante-pays du HCR, Barbara Bentum Williams Dotse, accompagnée de Sudi Mwakibasi, secrétaire permanent chargé des réfugiés au ministère de l’Intérieur tanzanien, et du consul burundais à Kigoma, Jérémie Kekenwa, s’est rendue au camp de Nduta pour présenter officiellement les résultats aux représentants des réfugiés et aux populations présentes.
« Plus de 97 % des réfugiés burundais n’ont pas de raisons fondées pour conserver le statut d’exilé et doivent donc rentrer de gré ou de force », a déclaré Mme Williams Dotse à l’issue de ces entretiens dans les camps de Nduta et Nyarugusu.
Présentés officiellement comme un outil pour évaluer la volonté de certains individus de conserver leur protection internationale, ces entretiens ont suscité inquiétude, incompréhension et accusations de coercition parmi les réfugiés.
Déclarations du HCR et des autorités
Mme Williams Dotse a précisé que les réfugiés actuels sont majoritairement motivés par des raisons économiques, et que les mobiles politiques ou persécutions évoqués en 2015 ne sont plus d’actualité. Elle a reconnu que le processus avait connu des irrégularités, mais a assuré qu’elles ne compromettaient pas les résultats.

« La fermeture d’écoles, d’hôpitaux, d’églises et d’ONG dans les camps s’inscrit dans cette ligne, et nous en sommes au courant », a ajouté la cheffe du HCR.
Réactions des réfugiés
Les annonces ont été immédiatement dénoncées par les réfugiés :
« Donc vous voulez nous tuer avant même que la date butoir n’arrive. C’est une pure violation des droits que vous êtes censés faire respecter ! », ont lancé des habitants du camp de Nduta.
Sudi Mwakibasi, connu pour son langage direct, a indiqué :
« Comme vous êtes lâchés par le HCR, la Tanzanie vous aidera à rejoindre votre pays. Nous allons accélérer le rapatriement et peut-être dépasser 3 000 personnes par semaine. »
Il a même évoqué des mesures coercitives :
« On pourra mettre des croix sur les portes de ceux qui doivent rentrer. Ils pourront s’enregistrer volontairement ; sinon, nous procéderons à la destruction de leurs maisons pour les aider à prendre la décision. »
Le consul burundais Jérémie Kekenwa a exhorté ses compatriotes à retourner au Burundi, leur promettant un accueil favorable :
« Gitega vous attend à bras ouverts. Ceux qui n’ont pas de propriété pourront bénéficier de champs dans les coopératives », a-t-il déclaré.
Entre indignation et méfiance
Ces conseils ont été mal accueillis par les réfugiés, qui dénoncent des violations continues des droits humains :
« Arrêtez de mentir ! Il y a des centaines de réfugiés retournés en exil car votre pays les a persécutés. Vous continuez à commettre des assassinats ciblés et des violations des droits humains. Nous n’allons pas tomber dans ce piège », ont-ils lancé.
Malgré la peur liée à la date butoir du 31 mars 2026, plusieurs réfugiés gardent l’espoir que l’ONU et la Tanzanie respecteront les conventions internationales :
« On ne savait même pas qu’on allait passer 2025 à Nduta alors que les autorités tanzaniennes nous avaient fixé un rendez-vous en décembre dernier. Mars 2026 nous inquiète, mais nous espérons que ces violations cesseront un jour », confient-ils.
Ils appellent la communauté internationale à maintenir la protection des réfugiés burundais et à pousser la Tanzanie à se conformer à la Convention de Genève de 1951 relative à la protection des réfugiés et demandeurs d’asile.
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Photo : des réfugiés burundais dansent pour recevoir le HCR et les délégations gouvernementales, tout en exprimant leurs craintes de refoulement. ©SOS Médias Burundi
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