« Nous roulons avec un bout de papier » : les conducteurs burundais à bout de patience

« Nous roulons avec un bout de papier » : les conducteurs burundais à bout de patience

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 20 octobre 2025 — Depuis plusieurs mois, les usagers du service de la Police spéciale de roulage (PSR) font face à une situation préoccupante : les permis de conduire biométriques ne sont plus délivrés, malgré le paiement complet des frais requis. En cause, selon plusieurs sources internes, une rupture d’approvisionnement en cartes, due au non-respect des engagements par le fournisseur initial.

Cette situation alimente colère, frustration et incompréhension chez les conducteurs, qu’ils soient nouveaux candidats ou en renouvellement.

« Seul un petit bout de papier nous est remis après avoir payé », témoigne un chauffeur rencontré devant les bureaux de la PSR.

Une solution provisoire qui, selon plusieurs usagers, pose de sérieux problèmes de fiabilité et de reconnaissance.

Des conséquences concrètes sur le terrain

Pour les transporteurs opérant à l’étranger, la situation vire au cauchemar. Les forces de l’ordre dans les pays voisins ne reconnaissent pas cette preuve de paiement sous forme de papier, entraînant amendes et sanctions.

Face à ces plaintes, le commandant de la PSR, Étienne Citegetse, assure que son service tente de prioriser les conducteurs transfrontaliers :

« Ce groupe est privilégié afin de leur faciliter la tâche, compte tenu des contraintes qu’ils rencontrent », explique-t-il.

Il admet cependant les difficultés rencontrées par son institution pour satisfaire toutes les demandes, tout en promettant une amélioration prochaine.

« Un processus est en cours pour identifier un nouveau fournisseur. Bientôt, tout reviendra à la normale », promet-il.

Un document provisoire jugé peu fiable

En attendant, les conducteurs continuent de circuler avec ce simple papier, censé valoir permis de conduire. Un document fragile, souvent illisible après quelques semaines.

« Moi, cela fait une année que j’attends. Je roule tous les jours avec ce papier », se plaint un chauffeur de bus de transport urbain.

Officiellement, la PSR assure que ce document suffit pour éviter des sanctions à l’intérieur du pays. Mais sur le terrain, des témoins rapportent des contrôles arbitraires et des amendes injustifiées infligées à ceux qui ne disposent pas du permis biométrique.

Des soupçons de corruption aggravent la crise

Plusieurs sources au sein du service évoquent aussi des disparités dans le traitement des dossiers. Ceux qui verseraient des pots-de-vin obtiendraient leur permis en priorité.
Alors que le coût officiel du permis est fixé à 100 000 francs burundais, certains affirment avoir payé jusqu’à 500 000 francs pour accélérer la procédure.

Ces pratiques présumées entretiennent un sentiment d’injustice parmi les usagers ordinaires, déjà éprouvés par des mois d’attente.

« Ici, tout se paie. Même pour avoir ce qui t’appartient déjà », lâche un conducteur de taxi-moto, amer.

Entre pénurie, lenteurs administratives et soupçons de corruption, la crise des permis biométriques illustre une nouvelle fois les défaillances structurelles d’un service public pourtant essentiel à la vie quotidienne et économique du pays.

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Photo : des policiers affectés à la PSR (Police spéciale de roulage) effectuent un contrôle sur la Chaussée d’Uvira à Bujumbura. ©SOS Médias Burundi

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