Sud-Kivu : des soldats burundais empêchent les Banyamulenge d’accéder au marché à Bijombo

Sud-Kivu : des soldats burundais empêchent les Banyamulenge d’accéder au marché à Bijombo

SOS Médias Burundi

Bukavu, 20 octobre 2025 — Les tensions s’accentuent dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. Le week-end dernier, plusieurs habitants de Minembwe, principalement issus de la communauté Banyamulenge, ont été refoulés par des soldats burundais alors qu’ils se rendaient au marché de Bijombo, dans le groupement du même nom, territoire de Fizi.

Selon des témoignages concordants, les militaires burundais postés à Mikalati ont intercepté plusieurs groupes — des femmes, des hommes et des jeunes — qui tentaient de rejoindre le marché pour acheter des produits de première nécessité tels que le sel, le sucre ou le savon.

« Nous nous rendions au marché pour acheter du sel, du sucre, du savon et d’autres produits. Mais les soldats burundais postés à Mikalati nous ont empêchés d’y aller. Ils veulent qu’on meure sans sel, ni sucre, ni huile », témoigne Espérance, une commerçante de Minembwe refoulée le week-end dernier.

Une situation humanitaire critique

Le marché de Bijombo constitue l’un des rares points d’approvisionnement encore accessibles pour les habitants de Minembwe. Depuis février dernier, le marché de Mulima — autre centre vital d’échanges — a été fermé par les Wazalendo, qui avaient menacé de tuer toute personne surprise en train de ravitailler les Banyamulenge.

Cette fermeture avait déjà contraint plusieurs familles à parcourir de longues distances, parfois sur plusieurs jours, pour se ravitailler à Bijombo. Désormais, même cette option est bloquée.

« En chemin, les soldats burundais nous ont stoppés. Nous demandons à la communauté internationale de condamner la cruauté que le gouvernement burundais inflige aux Banyamulenge de Minembwe et Mikenge. Comment vivre sans sel ni savon ? », déplore Éric M., un autre habitant.

Présence militaire accrue

Depuis plusieurs mois, la présence de l’armée burundaise dans le Sud-Kivu s’intensifie. Des troupes ont été déployées dans des localités stratégiques.

En septembre, des leaders communautaires et des défenseurs des droits humains de Minembwe avaient déjà alerté sur les intentions présumées de l’armée burundaise d’attaquer les populations Banyamulenge de Minembwe et Mikenge.

Déjà en février, les forces burundaises s’étaient installées dans ces zones avant d’être repoussées par des combattants de Twirwaneho, un groupe armé composé de membres de la communauté Banyamulenge.

Des alliances régionales controversées

D’après des sources locales, l’armée burundaise chercherait régulièrement à regagner du terrain dans les hauts plateaux, parfois en coordination avec les FARDC (Forces armées de la RDC), les milices Wazalendo et certains éléments des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda).

La FDNB rejette les accusations de mauvais traitements

Un porte-parole de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) n’était pas disponible pour répondre à ces allégations.
Cependant, dans la plupart des cas, les autorités burundaises ont nié les accusations selon lesquelles l’armée burundaise et des membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, qui les accompagnent parfois en RDC, malmèneraient les Banyamulenge.

La FDNB a déployé au moins 10.000 soldats dans l’est de la RDC pour combattre aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, dans la guerre contre le M23 et ses alliés, dont Twirwaneho.

Appels à l’intervention internationale

Alors que la situation s’aggrave, les appels à une réaction internationale se multiplient. Plusieurs voix dénoncent un « blocus humanitaire » visant les Banyamulenge, déjà fragilisés par des années de conflit.

L’accès à la nourriture, aux soins et aux produits de base devient de plus en plus difficile dans les hauts plateaux. Les habitants de Minembwe redoutent désormais une crise humanitaire imminente si le blocus de Bijombo se prolonge.

Le M23, une ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reproche aux autorités congolaises de n’avoir pas respecté leurs engagements de réinsertion. Depuis le début de l’année, ses rebelles, désormais affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), contrôlent plusieurs localités stratégiques riches en minerais dans les deux Kivus, ainsi que les capitales provinciales Goma et Bukavu.
Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir les rebelles, ce que Kigali dément formellement.

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Photo : des représentants des communautés Banyamulenge et Bafulero en consultation à Bijombo dans le Sud-Kivu, à l’est du Congo. ©SOS Médias Burundi

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