Sud-Kivu : affrontements meurtriers entre factions Wazalendo, l’Est congolais au bord de l’implosion

Sud-Kivu : affrontements meurtriers entre factions Wazalendo, l’Est congolais au bord de l’implosion

SOS Médias Burundi

Bukavu, 30 octobre 2025 – Le territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, est secoué depuis une semaine par de violents affrontements entre deux factions du mouvement Wazalendo : l’une dirigée par le général William Yakutumba, l’autre par le général Ngomanzito.

Selon plusieurs sources locales, ces combats seraient liés à la gestion des barrières payantes érigées sur les axes routiers du territoire, notamment autour de Misisi, dans le secteur de Ngandja. Les bilans provisoires font état d’au moins quatre morts, de nombreux blessés, d’importants dégâts matériels et de déplacements massifs de populations.

« Les activités sont totalement paralysées. Nous vivons dans la peur. Nous demandons au gouvernement d’intervenir avant que cette crise ne dégénère en conflit ethnique », témoigne un habitant de Misisi joint par téléphone.

Le chef du territoire de Fizi, Sammy Kalonji, a confirmé ces pertes humaines, tout en appelant les deux commandants à la retenue et au dialogue pour restaurer le calme dans la région.

Des représentants de l’armée burundaise, congolaise et des milices-Wazalendo dans une salle de réunion avec le ministre congolais de la Défense, Guy Kabombo, le 7 avril 2025 à Uvira © DR/SOS Médias Burundi

Des tensions internes qui affaiblissent le mouvement

Dans un communiqué publié mardi, la jeunesse Fulero du territoire de Fizi a dénoncé les violences visant ses communautés.

« Les biens des Fulero ont été pillés, leurs vaches volées et plusieurs de nos citoyens enlevés », indique le texte.

Plusieurs députés provinciaux et leaders communautaires appellent les généraux Yakutumba et Ngomanzito à cesser immédiatement les hostilités. Ils rappellent que la priorité du mouvement Wazalendo devrait rester la lutte contre les groupes armés étrangers.

Des sources sécuritaires confirment que la rivalité entre les deux factions est alimentée par le contrôle des routes minières et des revenus tirés de la taxation illégale des produits commerciaux.

Extension des combats et risque de contagion régionale

La tension s’étend désormais au-delà du territoire de Fizi. Ce 30 octobre 2025, de nouveaux affrontements ont éclaté à Runingu, dans la plaine de la Ruzizi, opposant cette fois les combattants du général Makanika à ceux du général Nyerere, également membres du mouvement Wazalendo.
Les observateurs redoutent une détérioration rapide de la situation sécuritaire dans tout le Sud-Kivu si ces querelles internes ne sont pas maîtrisées.

Avant de porter le nom de Wazalendo, des milices locales aujourd’hui entretenues par Kinshasa, ces groupes armés étaient connus sous l’appellation Maï-Maï.
Approchés par le gouvernement congolais pour l’aider à combattre le M23, ils se sont mués en alliés de circonstance de l’armée régulière. Mais ces alliances fragiles tournent désormais à la rivalité violente.

Le M23, ancien mouvement rebelle tutsi ayant repris les armes fin 2021, accuse les autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements de réinsertion. Le groupe, affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), contrôle aujourd’hui plusieurs zones stratégiques des provinces du Nord et du Sud-Kivu, riches en minerais.
Le gouvernement de Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir les rebelles, ce que Kigali dément catégoriquement.

« L’État a perdu le contrôle », alerte Onésphore Sematumba

Dans un entretien exclusif accordé à SOS Médias Burundi, Onésphore Sematumba, analyste principal à l’International Crisis Group pour la région des Grands Lacs, dresse un constat alarmant.

« L’armée congolaise a montré ses limites depuis longtemps. Ces groupes se sont imposés comme plus puissants et mieux organisés que les forces officielles », explique-t-il.

Selon lui, de nombreuses milices opérant à l’est du Congo ont été armées, tolérées ou légitimées par l’État. Elles contrôlent des zones entières, des routes, des écoles et même certains services publics. Dans plusieurs localités, comme Wazalindou, elles imposent leur loi à la population et empêchent l’accès du territoire aux réfugiés burundais.

Souveraineté compromise et influences étrangères

Pour Sematumba, la présence des troupes étrangères, rwandaises, burundaises ou ougandaises, n’a fait qu’aggraver la crise.

« Ce n’est pas pour le bien des Congolais que ces forces sont là. Elles servent des intérêts étrangers et affaiblissent la sécurité de la population », avertit-il.

Il estime que le gouvernement congolais a délégué sa propre sécurité à des milices, créant « un monstre qu’il ne peut plus contrôler », avec des conséquences dramatiques pour les civils.

Un checkpoint de l’armée congolaise dans le Sud-Kivu, près de la frontière burundaise, une zone marquée par la présence de milices Wazalendo soutenues par les autorités de Kinshasa. © SOS Médias Burundi

Un avertissement à la région et à la communauté internationale

« Continuer à observer sans agir, c’est non-assistance à personnes en danger. Nous n’avons plus d’excuse pour rester passifs face à cette situation », martèle l’expert du Crisis Group.

Il appelle les autorités congolaises, les pays voisins et la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour restaurer l’autorité de l’État, protéger les populations et freiner l’ingérence étrangère.

« Une petite étincelle pourrait déclencher un conflit majeur dans toute la région. Il est urgent d’agir.

Dans un contexte où les alliances militaires se recomposent et les frontières restent poreuses, l’Est de la RDC s’enfonce dans une spirale de violence. Les combats entre Wazalendo à Fizi ne sont plus un simple différend local : ils symbolisent l’effondrement progressif de l’État congolais face à la prolifération des armes, des intérêts miniers et des influences étrangères.

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Photo : Des miliciens locaux attaquent le M23 à Bashali dans le Nord-Kivu © SOS Médias Burundi

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