Burunga: la gratuité des soins vire à la crise
SOS Médias Burundi
Burunga, 7 novembre 2025 – Dans la province de Burunga, au sud du Burundi, les hôpitaux et centres de santé suffoquent. Les promesses de soins gratuits pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans se heurtent à une réalité amère : comptes vides, absence de médicaments, matériel d’accouchement introuvable et personnel impayé. Une situation qui illustre les maux profonds du système médical burundais tout entier.
Dans les structures sanitaires de la province, la crise est palpable. Les affiches prônant la gratuité des soins restent bien visibles sur les murs, mais derrière ces slogans officiels, le quotidien du personnel soignant vire au cauchemar. Les dernières factures de remboursement adressées au gouvernement remontent à décembre 2024. Depuis, silence total.
Les centres de santé n’ont plus aucun moyen de fonctionner. Les comptes sont vides, les stocks de médicaments épuisés. Même les gants pour accoucher les mères ont disparu, mettant directement en danger sages-femmes et patientes. « Nous travaillons à mains nues, parfois avec des moyens improvisés. C’est dangereux pour tout le monde », confie une infirmière d’un centre de santé de Burunga.
Les trousses et kits médicaux d’urgence sont inexistants. Les personnels contractuels, déjà fragiles, accusent deux à quatre mois de retard de salaire. Certains continuent par conscience professionnelle, d’autres ont abandonné leur poste faute de moyens de subsistance.
Pour les malades, la situation n’est pas meilleure. La gratuité promise ne se matérialise plus : le moindre médicament doit désormais être acheté dans les pharmacies privées, à des prix inaccessibles pour une population vivant dans la pauvreté. « On nous dit que c’est gratuit, mais ici, sans argent, on ne te soigne pas », déplore une mère rencontrée à la maternité du chef-lieu de Burunga.
Même les besoins élémentaires ne sont plus couverts : pas de savon pour l’hygiène, pas de carburant pour les ambulances, pas de gants pour protéger le personnel. La santé publique vacille, et la peur de perdre des vies par manque de moyens grandit chaque jour.
Ce qui se passe à Burunga n’est malheureusement pas un cas isolé. Cette province illustre une crise nationale : dans plusieurs régions du Burundi, les structures médicales subissent les mêmes retards de paiement, les mêmes pénuries et la même détresse humaine.
Les programmes de gratuité, pourtant salués à leur lancement, s’effondrent sous le poids des dettes et du manque de suivi. Les hôpitaux sont exsangues, et le personnel soignant, pourtant dévoué, se sent abandonné.
L’exemple de Burunga met en lumière la fragilité du système médical burundais. Derrière les promesses de gratuité se cache une réalité crue : celle d’un réseau de santé au bord de l’asphyxie, où les vies se perdent faute de moyens. Sans une réaction rapide et sincère des autorités pour débloquer les fonds, réapprovisionner les structures et soutenir le personnel, la gratuité, jadis symbole d’espoir, risque de devenir l’un des plus grands échecs sociaux du pays.
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Photo : À Burunga, des femmes patientent devant la pédiatrie, confrontées à une grave pénurie de soins et de médicaments. © SOS Médias Burundi
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