Tanzanie : les autorités officialisent le rapatriement forcé des réfugiés burundais

Tanzanie : les autorités officialisent le rapatriement forcé des réfugiés burundais

SOS Médias Burundi

Kigoma, 14 novembre 2025 —Le ministère tanzanien de l’Intérieur et le HCR ont affiché depuis le mardi 11 novembre 2025 une longue liste de réfugiés burundais appelés à s’enregistrer pour rentrer chez eux avant le 30 novembre courant. Selon plusieurs sources, plus de 99 % des réfugiés des camps de Nduta et Nyarugusu figurent sur ces listes, ce qui a provoqué un vent de panique et d’indignation au sein de la communauté réfugiée.

« Presque tous avons échoué »

Sur les tableaux d’affichage, les réactions sont mêlées d’ironie et de désarroi.
« Il s’agit de la proclamation d’un test réalisé en mai dernier. Nous avons presque tous échoué », ironisent des réfugiés, présents devant le panneau d’affichage de la zone IV du camp de Nduta.

Ils se disent surpris de constater que presque la totalité des réfugiés du camp sont sommés de s’enregistrer immédiatement pour le retour avant la fin du mois. La note, affichée en kiswahili, kirundi et anglais, confirme la nature obligatoire de la mesure, selon un leader communautaire burundais.

Ces listes ont été d’abord exposées dans les zones I, II, III, IV, V et VII, avant d’être diffusées dans tout le camp par le DRC (Danish Refugee Council), une ONG partenaire du HCR.

Des entretiens controversés

En mai dernier, plusieurs entretiens avaient été conduits dans les camps de réfugiés en Tanzanie. Chaque Burundais devait réintroduire sa demande d’asile et justifier les raisons de sa présence prolongée dans le pays. Présenté comme un outil destiné à évaluer « la nécessité et la volonté » de conserver la protection internationale, ce processus avait déjà suscité incompréhension et soupçons de coercition parmi les réfugiés.

Un retour imposé « de gré ou de force »

En octobre dernier, la représentante-pays du HCR, Barbara Bentum Williams Dotse, accompagnée de Sudi Mwakibasi, secrétaire permanent chargé des réfugiés au ministère tanzanien de l’Intérieur, et du consul burundais à Kigoma, Jérémie Kekenwa, avait déclaré lors d’une visite à Nduta et Nyarugusu que plus de 97 % des réfugiés burundais n’ont plus de raisons fondées pour conserver leur statut d’exilés et doivent donc « rentrer de gré ou de force ».

Des pressions multiples et des listes contestées

Selon plusieurs témoins, cette annonce a été précédée d’actes d’intimidation : arrestations arbitraires de leaders communautaires, fermetures de marchés, coupures de rations alimentaires et sermons de sensibilisation dans les églises.

Sudi Mwakibasi, responsable en chef des réfugiés au ministère tanzanien de l'Intérieur, figure parmi les officiels accusés de proférer des menaces à l’encontre des réfugiés burundais © SOS Médias Burundi
Sudi Mwakibasi, responsable en chef des réfugiés au ministère tanzanien de l’Intérieur, figure parmi les officiels accusés de proférer des menaces à l’encontre des réfugiés burundais © SOS Médias Burundi

Dans le camp de Nyarugusu, les listes affichées présentent de graves irrégularités : y figurent des noms de réfugiés décédés, d’autres déjà rapatriés depuis des mois, ou encore des étudiants partis à l’étranger.

« Cela montre que ces listes ont été faites à la hâte, par méchanceté ou pour nous dire que même les morts doivent rentrer ! », déplore un réfugié contacté par SOS Médias Burundi.

Pour le HCR, les résultats des entretiens indiquent que les réfugiés burundais sont désormais motivéés principalement par des raisons économiques, estimant que les motifs politiques évoqués en 2015 « ne sont plus d’actualité ».

La CDH/VICAR tire la sonnette d’alarme

La Coalition pour la Défense des Droits Humains vivant dans les Camps de Réfugiés (CDH/VICAR) a fermement condamné cette mesure, qu’elle qualifie de rapatriement forcé déguisé en processus volontaire, contraire aux conventions internationales.

Selon son président, Léopold Sharangabo, certains réfugiés ont été avertis que ceux qui refuseraient de s’enregistrer seraient radiés des listes d’assistance humanitaire.

« En imposant un enrôlement massif sans consultation, le gouvernement tanzanien viole ses obligations internationales et met en péril la vie de milliers de Burundais toujours menacés dans leur pays d’origine », indique-t-il.

Une date butoir inquiétante

La commission tripartite formée par le HCR, la Tanzanie et le Burundi a fixé au 31 mars 2026 la fermeture définitive des camps de Nduta et Nyarugusu.
Cette décision concerne plus de 110 000 réfugiés burundais encore présents en Tanzanie.

Un réfugié burundais devant sa maison au camp de Nduta, dans le nord-ouest de la Tanzanie. © SOS Médias Burundi

« Nous avions fui et trouvé refuge ici. Mais aujourd’hui, le pays d’accueil et l’ONU qui assuraient notre protection viennent de nous lâcher. Certains réfugiés préfèreront mourir plutôt que de rentrer vers la mort ou la prison au Burundi », confie un défenseur des droits des réfugiés.

Une politique de fermeté récurrente

Lors des deux dernières années, les autorités tanzaniennes avaient à plusieurs reprises menacé de fermer les camps de réfugiés burundais, avant de suspendre temporairement leurs décisions. En décembre 2021, la fermeture du camp de Mtendeli s’était déroulée dans une brutalité sans précédent, marquée par la destruction de maisons, de champs, de marchés et de boutiques.

La Tanzanie, pourtant considérée depuis les années 1970 comme une terre d’accueil pour les réfugiés burundais, abrite encore aujourd’hui plus de 110 000 Burundais ayant fui la crise politique de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé du feu président Pierre Nkurunziza.

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Photo : des réfugiés burundais dans une réunion avec les autorités tanzaniennes au camp de Nyarugusu. ©SOS Médias Burundi

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