Burundi – Le coton burundais, une filière en perte de vitesse malgré les promesses de relance
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 27 novembre 2025 – Autrefois deuxième culture d’exportation du Burundi après le café, le coton traverse aujourd’hui une crise profonde. La baisse des rendements, les aléas climatiques, le manque d’encadrement et des prix d’achat trop faibles ont découragé de nombreux producteurs, notamment dans la plaine de l’Imbo.
Selon un cotonculteur contacté par SOS Médias Burundi, « la production et les superficies cultivées n’ont cessé de diminuer, saison après saison ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : de 8 950 tonnes en 1993, la production nationale est tombée à 1 115 tonnes, tandis que les superficies sont passées de 8 495 hectares à 2 493 hectares. Ces difficultés ont conduit à la suspension des exportations depuis 2010.
Une stratégie nationale ambitieuse… restée lettre morte
Pour redynamiser la filière, le gouvernement avait adopté en 2017 la Stratégie nationale de redynamisation de la culture cotonnière 2017–2027. L’un des objectifs majeurs était d’étendre les superficies à plus de 10 000 hectares et d’atteindre une production annuelle supérieure à 12 000 tonnes, afin de répondre à la demande locale et relancer les exportations.
Un ancien ministre de l’Agriculture, ayant requis l’anonymat, rappelle que ce plan visait à restructurer l’ensemble de la chaîne – de la production à l’exportation – et à réduire la dépendance du pays au café. « Mais sept ans plus tard, les performances stagnent », admet-il.
Des producteurs fragilisés par des conditions difficiles
Sur le terrain, les cultivateurs pointent plusieurs contraintes. Le prix du coton-graine reste très bas :
« Nous travaillons à perte. Le prix au kilo ne couvre même pas les frais d’entretien du champ », déplore un cotonculteur de la plaine de l’Imbo.
À cela s’ajoutent le manque d’intrants – notamment de semences améliorées et d’engrais – ainsi que l’absence d’un encadrement technique régulier. Plusieurs producteurs affirment ne plus avoir reçu de visite d’agents de vulgarisation agricole depuis plusieurs saisons.
Les aléas climatiques aggravent la situation : sécheresses dans certaines zones et inondations récurrentes dans la plaine de l’Imbo, provoquées par la montée du lac Tanganyika et des rivières voisines, ont détruit d’importantes superficies de cultures vivrières et industrielles, dont le coton, produit de rente central de la région.
Plusieurs coopératives cotonnières dénoncent également le manque de financement et les retards de paiement par la COGERCO, responsable de l’égrenage et de l’achat du coton-graine.
Statistiques récentes : une relance au ralenti
Selon la COGERCO, la campagne 2022–2023 a produit environ 1 500 tonnes pour 3 100 hectares cultivés, un volume encore très éloigné des objectifs fixés pour 2027. L’absence de données actualisées pour 2024–2025 complique l’évaluation de la relance, mais les indicateurs disponibles montrent que la filière peine encore à décoller.
L’espoir d’un renouveau
Malgré ces défis, plusieurs observateurs estiment que la filière pourrait renaître, à condition que l’État tienne ses engagements et que les producteurs soient mieux encadrés et rémunérés. Si ces conditions sont réunies, le coton burundais – jadis reconnu pour sa qualité – pourrait à nouveau contribuer à l’économie nationale, créer des emplois et réduire la dépendance du pays au café comme principale culture d’exportation.
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Photo d’archives : des producteurs de coton au travail dans un champ à Rugombo, région cotonnière du nord-ouest du Burundi. © Juin 2023- SOS Médias Burundi
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