Burundi–Rwanda : montée des tensions militaires à la frontière, la population de Butanyerera vit dans la peur

Burundi–Rwanda : montée des tensions militaires à la frontière, la population de Butanyerera vit dans la peur

SOS Médias Burundi

Butanyerera, 12 décembre 2025– Un important renforcement militaire est observé depuis plusieurs jours le long de la frontière burundo-rwandaise, particulièrement dans la zone de Gasenyi-Nemba, commune Busoni, province de Butanyerera au nord du Burundi. Habitants, autorités locales et sources sécuritaires décrivent un climat de tension grandissante.

Déploiement massif à Gasenyi-Nemba

Selon plusieurs sources proches des forces de défense burundaises, les militaires ont installé des positions tout le long de la frontière. « Des armes lourdes ont été déployées pour parer à une éventuelle attaque en provenance du Rwanda », explique un officier de la FDNB (Force de défense nationale du Burundi).

Du côté rwandais, un dispositif similaire serait en place. « Les soldats se regardent en chiens de faïence. Personne ne parle, personne ne bouge, mais tous sont prêts », rapporte un habitant de Busoni.

Cette situation survient alors que les tensions régionales s’accentuent, notamment en lien avec l’évolution de la guerre dans l’est de la RDC.

Une population en état d’alerte permanent

Dans les villages proches de la frontière, la peur est omniprésente.
« Nous dormons habillés, prêts à fuir si ça tire », confie une mère de famille de Gasenyi.
Un commerçant de Nemba renchérit : « Une étincelle peut tout faire basculer. On vit comme si la guerre pouvait commencer à tout moment. »

Rondes nocturnes et mobilisation des Imbonerakure

Dans plusieurs localités de Busoni et d’autres communes de Butanyerera, les Imbonerakure — jeunes affiliés au CNDD-FDD, le parti présidentiel — auraient été renforcés.
« Les rondes nocturnes ont doublé ou triplé. On voit des groupes de jeunes accompagnés de policiers faire le tour des villages », indique un enseignant.

Selon des témoins, des camions pleins de soldats sont également arrivés pour appuyer les troupes déjà en place, notamment en soutien au 411ᵉ bataillon de Mutwenzi.

Des déclarations encore présentes dans les esprits

La prise d’Uvira par les rebelles du M23 cette semaine réactive les propos tenus par le président Évariste Ndayishimiye début 2025. Il avait averti que si Uvira tombait aux mains du M23 — un mouvement que Gitega et Kinshasa accusent d’être soutenu par le Rwanda — une offensive burundaise vers Kigali pourrait être envisagée.

Un quasi-couvre-feu non officiel

Dans plusieurs localités frontalières, un couvre-feu non officiel semble s’être imposé.
« On nous demande de rentrer avant 20 h. Ce n’est écrit nulle part, mais tout le monde sait ce que ça veut dire », témoigne un jeune de Munzenze.

Accusations croisées entre Kigali et Gitega

L’escalade verbale s’est intensifiée.
En début de semaine, le ministre burundais des Relations extérieures, Édouard Bizimana, a accusé le Rwanda de « provocations que nous ne saurions tolérer ». Il affirme notamment que :

Kigali aurait déployé plus de 8 000 militaires dans l’est de la RDC depuis novembre pour attaquer des positions burundaises et congolaises,

et qu’un renforcement militaire rwandais important serait observable sur les frontières nord et ouest du Burundi.

Ce mercredi, lors de la prestation de serment de nouveaux officiels, le président rwandais Paul Kagame a répliqué en accusant le Burundi :

d’avoir déployé environ 20 000 soldats en territoire congolais,

et d’avoir tué des civils à Minembwe à l’aide de drones et de l’artillerie.

Revenant sur l’accord de Washington du 4 décembre, il a insisté sur la nécessité de reconnaître la responsabilité de chaque pays :

« La RDC a sa part de responsabilité dans cette crise, tout comme le Burundi et le Rwanda ». Mais, a-t-il insisté, ce n’est pas au Rwanda de porter le fardeau seul. Selon lui, « la recherche de la paix dans la région exige un engagement partagé et la prise de responsabilité collective de tous les acteurs concernés. »

Il a également déclaré qu’il ne dort plus, expliquant que « les appels fusent jour et nuit » face aux menaces visant le Rwanda.

Réactivé en 2021, le M23 est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, qui milite pour l’établissement d’un État fédéral en RDC.
Le mouvement contrôle aujourd’hui plusieurs chefs-lieux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que des zones minières stratégiques.

Kinshasa accuse de longue date le Rwanda de soutenir le M23 — des accusations que Kigali rejette.
De son côté, le Rwanda accuse la RDC et le Burundi de soutenir les FDLR, un groupe hutu rwandais opérant dans l’est du Congo et accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

L’accord de Washington, signé le 4 décembre sous médiation américaine entre le Rwanda et la RDC — le président burundais Évariste Ndayishimiye y ayant participé en tant qu’observateur — prévoit notamment le désarmement de ces combattants, que le président Félix Tshisekedi décrit comme « une force résiduelle réduite au banditisme ».

Le Burundi, lui, a déployé depuis 2023 plus de 10 000 soldats en RDC pour appuyer les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et les milices locales Wazalendo entretenues par Kinshasa. »

Un contexte géopolitique explosif

La région des Grands Lacs reste marquée par des rivalités persistantes, la présence de multiples groupes armés et des accusations croisées entre États. Les populations frontalières, elles, vivent suspendues à l’évolution de la situation en RDC.

« On ne sait pas si demain ce sera la paix ou la guerre. On attend… mais on ne sait même pas ce qu’on attend », résume un habitant de la frontière.

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Photo d’archives : les présidents Paul Kagame et Évariste Ndayishimiye se serrent la main après leur tête-à-tête en marge d’un sommet des chefs d’État de l’EAC, le 4 février 2023 à Bujumbura. Leurs armées restent néanmoins en état d’alerte le long des frontières. ©SOS Médias Burundi

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