Uvira : les habitants commencent à sortir après une journée de violents combats
SOS Médias Burundi
Uvira, 12 décembre 2025– Au lendemain d’intenses affrontements entre le mouvement M23 et les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les milices locales Wazalendo entretenues par Kinshasa, une partie de la population d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, a timidement commencé à sortir de chez elle.
Dans plusieurs quartiers — Monument, Route Mwami, Nyamianda, Kimanga et Mulongwe — des habitants ont été aperçus dans les avenues, tandis que d’autres se hasardaient déjà dans les rues. Malgré cette apparente accalmie, la ville reste paralysée : aucune voiture ni moto n’était visible, à l’exception de véhicules appartenant au M23, désormais présent dans la cité.
Une accalmie relative après les tirs
Selon plusieurs résidents, les derniers coups de feu ont résonné tôt le matin du 11 décembre pendant près de quinze minutes. « Depuis, nous avons passé la journée sans entendre d’armes », témoigne un habitant, soulagé mais encore inquiet face à l’incertitude qui plane.
Dans certaines rues de Kasenga et de Kavimvira, des corps de combattants Wazalendo étaient encore visibles dans la matinée. Des équipes de la Croix-Rouge ont été aperçues en train de procéder à leur ramassage, a indiqué un habitant de Kasenga.
Des besoins urgents : eau, électricité et nourriture
Alors que les nouvelles autorités de l’AFC/M23 semblent contrôler plusieurs zones d’Uvira, les habitants réclament en urgence le rétablissement de l’électricité et de l’eau. La ville est plongée dans le noir depuis deux jours.
« S’ils nous contrôlent maintenant, qu’ils ramènent au moins l’électricité. Nous n’avons même plus où recharger nos téléphones », déplore un résident.
Des signes de peur s’observent aussi dans les quartiers. Plusieurs familles ont commencé à nettoyer l’extérieur de leurs habitations, affirmant avoir été informées que les combattants de l’AFC/M23 exigent une stricte propreté autour des maisons.
Boutiques fermées, marchés paralysés
Malgré la réouverture de nombreuses habitations, la vie économique reste totalement à l’arrêt. Les boutiques et les marchés, essentiels à l’approvisionnement quotidien de cette ville d’environ 400 000 habitants, demeurent fermés.
« La guerre nous a surpris sans provisions. Je suis venu depuis Kalimabenge chercher quelqu’un qui pourrait me vendre des pommes de terre », explique un habitant.
Contexte régional et tensions dans les Grands Lacs
La ville d’Uvira est située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale. Depuis trois décennies, l’est de la RDC est marqué par une escalade des conflits, impliquant de multiples groupes armés. Le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais et réactivé en 2021, contrôle désormais plusieurs villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Uvira. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe hutu rwandais dont les membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Le Burundi, pour sa part, a déployé plus de 10 000 soldats en RDC pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo locales, aggravant la complexité de la situation.
Dans le cadre des efforts diplomatiques pour réduire les tensions régionales, un accord de Washington a été signé le 4 décembre sous médiation américaine entre le Rwanda et la RDC, avec le Burundi représenté par son président Évariste Ndayishimiye en tant qu’observateur. Cet accord prévoit notamment le désarmement des FDLR, que le président Félix Tshisekedi décrit comme « une force résiduelle réduite au banditisme », ainsi que la réduction des tensions.
La région des Grands Lacs reste ainsi suspendue à ces rivalités, les affrontements locaux pouvant rapidement dégénérer en crise régionale ouverte.
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Photo : des habitants dans une rue d’Uvira, deux jours après sa prise par les rebelles du M23, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dont le président Corneille Nangaa plaide pour un État fédéral. ©SOS Médias Burundi
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