Burundi : épidémie de choléra parmi les réfugiés congolais, retour forcé vers les sites de transit et crainte d’infiltrations armées

Burundi : épidémie de choléra parmi les réfugiés congolais, retour forcé vers les sites de transit et crainte d’infiltrations armées

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 17 décembre 2025 – Une épidémie de choléra touche des réfugiés congolais installés au Burundi, tandis que les autorités ordonnent le retour de tous les déplacés congolais dans les sites de transit, invoquant des risques d’infiltration de combattants armés dans un contexte régional très tendu.

Selon un rapport du ministère burundais de la Santé consulté par SOS Médias Burundi, 46 réfugiés congolais vivant dans le camp de transit de Gatumba, à l’ouest du pays, ont contracté le choléra. Ils sont actuellement pris en charge à la Clinique Prince Louis Rwagasore à Bujumbura.

Depuis le début de l’année 2025, la petite nation de l’Afrique de l’Est a enregistré 3 098 cas de choléra, touchant surtout le nord-ouest, Bujumbura, le sud et le littoral du lac Tanganyika.

Conditions humanitaires très difficiles dans d’autres sites accueillant des réfugiés

Nos reporters présents dans la commune portuaire de Rumonge et dans la région de Cibitoke décrivent des conditions de vie extrêmement précaires :

pénurie d’eau potable,

absence d’abris, familles dormant à la belle étoile,

faible accès aux soins,

conditions d’hygiène quasi inexistantes.

Ces facteurs favorisent la propagation du choléra et d’autres maladies dites « des mains sales ». Des sources médicales locales redoutent une aggravation rapide si l’approvisionnement en eau, latrines et kits d’hygiène n’est pas renforcé.

Retour obligatoire vers les sites de transit : mesures strictes et crainte d’infiltrations armées

Dans un communiqué lu ce 17 décembre par Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère burundais de l’Intérieur et de la Sécurité, toutes les personnes réfugiées congolaises ayant loué des maisons ou trouvé refuge chez des amis ou connaissances doivent retourner immédiatement vers les sites de transit, en attendant leur délocalisation vers des camps situés dans le nord-est et le sud-est du pays.

Le ministère demande à la police et aux responsables administratifs de veiller strictement à l’application de cette mesure.

« Tout récalcitrant s’expose à de sérieuses sanctions », avertit le communiqué consulté par SOS Médias Burundi.

Selon les autorités, cette décision est motivée par la crainte d’infiltrations d’hommes armés parmi les réfugiés. En plus des civils, le Burundi a accueilli des militaires congolais, ainsi que des miliciens congolais et rwandais ayant fui la récente avancée de la coalition politico-militaire AFC/M23 dans le Sud-Kivu. Une partie de ces éléments a déjà été transférée vers des installations militaires burundaises.

Contexte régional : le M23 réactivé, intégration à l’AFC et accusations croisées

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura, ainsi que plusieurs zones stratégiques riches en minerais.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais impliqué dans le génocide des Tutsis de 1994.

Ces tensions persistent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025, sous médiation américaine, entre la RDC et le Rwanda, avec le Burundi comme observateur, censé faciliter une désescalade régionale.

Kigali continue de nier son soutien aux rebelles malgré le rapport des experts onusiens, qualifiés d’« imposteurs » par les autorités rwandaises, confirmant la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés du M23.

Le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats en RDC pour soutenir les FARDC et les groupes supplétifs Wazalendo. Le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, dirigé par l’ancien président de la CENI congolaise, Corneille Nangaa, qui milite pour un État fédéral en RDC.

Retombées sécuritaires et humanitaires pour le Burundi

Les conséquences se font déjà sentir : plus de 70 000 réfugiés congolais ont fui vers le Burundi depuis début décembre, parmi lesquels des militaires et des miliciens, alors que le passage terrestre d’Uvira est devenu impraticable.

Cette arrivée massive pose un double défi au Burundi : gérer l’urgence sanitaire liée au choléra tout en maintenant la sécurité face à un risque de déstabilisation interne.

Entre urgence sanitaire et impératif sécuritaire

Alors que les cas de choléra continuent d’augmenter et que les malades sont pris en charge à Bujumbura, les conditions dans les camps et sites de transit demeurent très difficiles. Les organisations humanitaires alertent sur un risque d’explosion épidémique si les moyens d’intervention ne sont pas renforcés.

Le gouvernement burundais insiste sur la nécessité de contrôler strictement les mouvements des réfugiés afin d’éviter toute déstabilisation interne dans un contexte régional déjà marqué par la progression du M23 et la présence d’éléments armés dans la région.

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Photo : une réfugiée congolaise prépare ses repas en plein air dans le site de Gatumba, à l’ouest du Burundi, malgré les conditions sanitaires précaires et l’épidémie de choléra qui touche actuellement le camp. Selon des témoins, les familles manquent d’abris, d’eau potable et de moyens pour se protéger des maladies. SOS Médias Burundi

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