RDC : Retrait surprise de l’AFC/M23 d’Uvira – Kinshasa crie à la manœuvre et exige des preuves

RDC : Retrait surprise de l’AFC/M23 d’Uvira – Kinshasa crie à la manœuvre et exige des preuves

SOS Médias Burundi

Uvira, 18 décembre 2025- Le retrait des rebelles du M23 d’Uvira est en cours depuis mercredi soir, selon des sources locales jointes par SOS Médias Burundi. Le M23, désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa et dirigé par l’ancien président de la CENI, Corneille Nangaa – qui plaide pour un État fédéral en RDC – assure que l’opération sera terminée ce jeudi, dans un climat de forte pression régionale et internationale.

Retrait annoncé à Uvira : un départ sous surveillance

Selon Bertrand Bisimwa, coordinateur adjoint de la coalition, le retrait est bien en cours et se déroule progressivement. Il appelle la population à garder son calme et demande à la médiation internationale de garantir qu’Uvira ne soit ni remilitarisée, ni exposée à des représailles après le départ des rebelles.

Des sources locales ont indiqué à SOS Médias Burundi que les combattants ont commencé à quitter Uvira vers 17h30 mercredi, en direction de Kiliba. Les éléments positionnés près du poste-frontière Gatumba-Kavimvira, à la frontière entre le Burundi et la RDC, auraient également entamé leur repli.

« Certains rebelles étaient à pied alors que d’autres se sont retirés à bord de véhicules militaires. Ils étaient très calmes en se retirant », a déclaré un habitant d’Uvira.

Dans un communiqué signé par Corneille Nangaa, le mouvement avait précisé lundi que ce retrait vise à soutenir le processus de Doha, sous médiation qatarie, présenté comme un cadre de désescalade régionale. L’AFC/M23 pose toutefois plusieurs conditions, notamment la démilitarisation d’Uvira, la protection de la population civile et le contrôle du cessez-le-feu par le déploiement d’une force neutre.

Des habitants d’Uvira descendus dans les rues le 16 décembre 2025 réclament le maintien des rebelles du M23. ©SOS Médias Burundi
Des habitants d’Uvira descendus dans les rues le 16 décembre 2025 réclament le maintien des rebelles du M23. ©SOS Médias Burundi

Cependant, la coalition n’a pas précisé où ses troupes stationneront ensuite, laissant planer un doute stratégique. La veille, des habitants avaient manifesté pour demander le maintien des rebelles de peur d’un vide sécuritaire.

Kinshasa conteste : “Qu’on nous prouve ce retrait”

À Kinshasa, l’annonce est accueillie avec scepticisme.

Sur le réseau social X, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a remis en cause la véracité du retrait :

« Qui peut le vérifier ? Où partent-ils ? Combien étaient-ils ? Que laissent-ils dans la ville ? Fosses communes ? Hommes armés déguisés en civils ? »

Il accuse l’AFC/M23 d’orchestrer une opération de communication destinée à sauver Kigali, présenté comme le véritable maître d’œuvre du mouvement rebelle. Le gouvernement congolais exige un retrait « réel » et « complet » des troupes rwandaises de toutes les zones occupées en RDC.

Pression américaine et accord de Washington

Cette annonce survient alors que la pression américaine sur Kigali s’accentue. Depuis la prise d’Uvira dans la nuit du 9 au 10 décembre, Washington a multiplié les mises en garde contre le Rwanda.

Lire aussi :

Vendredi 12 décembre, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur américain Mike Waltz a déclaré que Kigali « conduit la région vers davantage d’instabilité et vers la guerre ». Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a accusé le Rwanda de violer l’accord de paix signé début décembre à Washington, tandis que l’ambassadrice américaine en RDC, Lucy Tamlyn, a indiqué que son pays examine « tous les outils à sa disposition, y compris des sanctions, afin de garantir que les engagements pris soient respectés ».

Cette annonce intervient également moins de deux semaines après la signature de l’accord de Washington du 4 décembre 2025, conclu sous médiation américaine pour tenter de désamorcer les tensions entre la RDC et le Rwanda. Selon nos sources, le retrait répondrait aux pressions diplomatiques américaines.

Déjà sous sanctions américaines, le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, affirme qu’il s’agit d’une réorientation stratégique et non d’un signe de faiblesse.

Appel aux forces loyalistes congolaises

Le 15 décembre, Corneille Nangaa a appelé les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, à rejoindre l’AFC/M23. Il a rappelé les propos du président Félix Tshisekedi qui, le week-end dernier, déclarait devant des jeunes à Kinshasa :

« J’ai trouvé une armée de clochards quand je suis arrivé en 2019 ».

Selon Nangaa, ces propos justifient un « changement radical ». Il appelle aussi les milices Wazalendo à rejoindre ce qu’il qualifie de « révolution ».

Contexte régional : un conflit aux ramifications profondes

Tombée aux mains du M23 le 9 décembre, la ville d’Uvira se situe à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies et une grande partie de l’administration centrale.

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le mouvement rebelle, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe hutu rwandais armé, accusé d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994.

Ces accusations croisées persistent malgré l’accord de Washington. Kigali continue de nier tout soutien direct au M23, qualifiant les rapports des experts onusiens – qui estiment entre 5 000 et 7 000 le nombre de militaires rwandais aux côtés des rebelles – « d’impostures ».

Par ailleurs, le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, qui plaide pour un État fédéral en RDC.

De son côté, le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo alliées au gouvernement congolais.

Le retrait annoncé d’Uvira marque un tournant majeur dans la crise régionale, mais il reste difficile à confirmer. Entre scepticisme de Kinshasa, pressions américaines, médiation qatarie, méfiance régionale et zones d’ombre stratégiques, l’Est de la RDC demeure pris dans un conflit mouvant.

La réaction attendue des FARDC et la réponse aux appels de l’AFC/M23 pourraient déterminer une nouvelle étape du conflit. Le terrain reste explosif, au cœur de tensions qui dépassent largement la ville d’Uvira.

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Photo : des combattants du M23, photographiés en train de céder la base de Rumangabo dans le Nord-Kivu, ont vu leurs responsables annoncer ce mercredi le retrait de leurs troupes de la ville d’Uvira, occupée depuis une semaine. ©SOS Médias Burundi

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