Bujumbura : des commerçants désemparés après la fermeture de la frontière avec la RDC

Bujumbura : des commerçants désemparés après la fermeture de la frontière avec la RDC

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 20 décembre 2025 — Près de deux semaines après la fermeture du poste frontalier de Gatumba reliant le Burundi à la République démocratique du Congo (RDC), les commerçants burundais commencent à ressentir de plein fouet les conséquences économiques. Le marché Bujumbura City Market, dans le nord de la capitale économique, également appelé Kwa Siyoni, est particulièrement touché.

Chaque jour, des centaines de Congolais originaires d’Uvira, Sange, Luberizi, Luvunge, Bwegera, Kamanyola et Bukavu franchissaient la frontière pour s’approvisionner au marché de Siyoni en vêtements, vivres, appareils électroménagers et autres produits. Depuis la fermeture du poste le 10 décembre, cette clientèle a presque totalement disparu, plongeant les commerçants burundais dans l’incertitude et la peur du lendemain.

« Depuis la fermeture de la frontière, nos ventes ont chuté brutalement. Les Congolais étaient nos meilleurs clients. Sans eux, nous risquons de fermer nos portes et de rentrer à la maison sans rien », confie une vendeuse de friperie du marché, sous couvert d’anonymat.

Même inquiétude chez un autre commerçant, vendeur de matériel électronique : « Nos affaires dépendaient à 70 % de la clientèle congolaise. Depuis Gatumba, c’est le vide total. Les pertes sont déjà visibles. Ceux qui assuraient le transport entre les deux pays ont fermé leurs agences. Nous aussi, nous sommes menacés », explique-t-il.

Les commerçants appellent le gouvernement burundais à engager rapidement des discussions avec les autorités congolaises pour permettre la réouverture du poste frontalier. « Il est essentiel que la frontière soit ouverte des deux côtés pour sauver nos emplois et permettre aux familles de survivre », insiste un vendeur.

Une agence de voyage, installée au marché Bujumbura City Market, affectée par la fermeture de la frontière avec la RDC, décembre 2025 © SOS Médias Burundi
Une agence de voyage, installée au marché Bujumbura City Market, affectée par la fermeture de la frontière avec la RDC, décembre 2025 © SOS Médias Burundi

Plusieurs commerçants redoutent par ailleurs une aggravation des tensions économiques si la situation sécuritaire au Sud-Kivu venait à se prolonger. Selon eux, c’est toute une chaîne d’activités économiques transfrontalières qui se retrouve paralysée.

Autrefois considéré comme l’un des passages les plus dynamiques entre le Burundi et la RDC, le poste frontalier de Gatumba devient désormais le symbole d’un échange interrompu, aux conséquences sociales et économiques lourdes pour les populations des deux pays.

Tombée aux mains du M23 le 9 décembre, la ville d’Uvira se situe à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations unies et une grande partie de l’administration centrale.

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le mouvement rebelle, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe hutu rwandais armé, accusé d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994.

Ces accusations croisées persistent malgré l’accord de Washington. Kigali continue de nier tout soutien direct au M23, qualifiant les rapports des experts onusiens – qui estiment entre 5 000 et 7 000 le nombre de militaires rwandais aux côtés des rebelles – « d’impostures ».

Par ailleurs, le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, qui plaide pour un État fédéral en RDC.

De son côté, le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo alliées au gouvernement congolais. La frontière reste fermée malgré la récente annonce de retrait des rebelles du M23.

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Photo : l’entrée principale du marché Bujumbura City Market, où les commerçants subissent les effets de la fermeture de la frontière avec la RDC, décembre 2025 © SOS Médias Burundi

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