Buhumuza : l’exode congolais s’amplifie, les camps débordent sous la pression du conflit au Sud-Kivu

Buhumuza : l’exode congolais s’amplifie, les camps débordent sous la pression du conflit au Sud-Kivu

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 23 décembre 2025– Fuyant l’intensification du conflit armé dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), des dizaines de milliers de Congolais affluent vers le Burundi. Dans la province de Buhumuza, la situation humanitaire devient alarmante, sur fond de tensions sécuritaires régionales, de précarité extrême dans les camps et de craintes liées à la cohabitation communautaire.

Visite humanitaire au camp de Busuma

Ce lundi 22 décembre 2025, une délégation conjointe de la Fondation Denise Nyakeru Tshisekedi, dirigée par Nyakeru Tshisekedi, la Première Dame du Congo, et du gouverneur de la province du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, s’est rendue au camp de réfugiés de Busuma, en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi.

Nadège Kubiha, qui a représenté la délégation de la Fondation Denise Nyakeru Tshisekedi, a réaffirmé l’engagement des autorités congolaises à soutenir leurs compatriotes contraints à l’exil et à créer les conditions d’un retour volontaire, sécurisé et digne dès que la situation sécuritaire le permettra.

Une situation humanitaire critique

Sur place, les réfugiés ont exprimé leur détresse face à des conditions de vie extrêmement précaires : pénurie de nourriture, manque d’abris adéquats, insuffisance d’eau potable et accès limité aux soins de santé.

La situation sanitaire est particulièrement préoccupante. Selon l’Office national pour la protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) et l’administration locale, le camp enregistre 62 cas actifs de choléra, quatre décès liés à cette épidémie, ainsi que quatre autres décès d’enfants de moins de cinq ans, attribués aux intempéries, aux maladies diarrhéiques et au manque de couvertures contre le froid.

La délégation congolaise a remis une assistance humanitaire de trois tonnes composée de vivres (riz, sucre et farine) et de non-vivres (bâches, seaux, bidons et couvertures), distribuée en priorité aux femmes allaitantes, aux personnes âgées et aux personnes vivant avec un handicap.

Cohabitation avec la population hôte : un équilibre fragile

Valéry Nkunzimana, conseiller du gouverneur de Buhumuza chargé du développement, a tenté de rassurer les réfugiés quant à leur cohabitation avec la population locale. Il a rappelé que de nombreux habitants de la région ont eux-mêmes connu l’exil en République-Unie de Tanzanie, favorisant une certaine solidarité fondée sur une expérience commune de la souffrance.

Jean-Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu en exil au Burundi, s’apprête à prononcer un discours au camp de réfugiés de Busuma, dans l’est du pays, le 22 décembre 2025 © SOSMédiasBurundi
Jean-Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu en exil au Burundi, s’apprête à prononcer un discours au camp de réfugiés de Busuma, dans l’est du pays, le 22 décembre 2025 © SOS Médias Burundi

Cependant, les autorités administratives expriment une inquiétude croissante face à la concentration des camps de réfugiés de Bwagiriza, Busuma et Nyankanda, séparés chacun d’à peine une dizaine de kilomètres, un facteur jugé potentiellement sensible sur le plan sécuritaire.

Banyamulenge et Tutsis : une exclusion sous haute tension

Selon des sources locales et administratives, le camp de Busuma est strictement interdit aux réfugiés de la communauté Banyamulenge ou de l’ethnie tutsie, au péril de leur vie. Six individus issus de cette communauté, arrivés samedi soir avec d’autres réfugiés congolais, ont été immédiatement reconduits vers le camp de Nyankanda, situé à neuf kilomètres au nord de Busuma.

Cette situation suscite de sérieuses inquiétudes quant à la protection de ces réfugiés et à la gestion communautaire dans les sites d’accueil, dans un contexte régional déjà marqué par de profondes tensions identitaires.

Plus de 200 000 réfugiés congolais accueillis au Burundi

Depuis début décembre, la petite nation de l’Afrique de l’Est a reçu plus de 80 000 réfugiés congolais, s’ajoutant à plus de 70 000 autres qui avaient trouvé refuge au Burundi au début de l’année. Avant cette double vague, d’autres réfugiés congolais étaient déjà présents sur le territoire burundais, portant actuellement à plus de 200 000 le nombre total de réfugiés congolais abrités par le Burundi.

Un conflit régional aux ramifications explosives

Depuis la prise de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, par le M23 au début de l’année, Jean-Jacques Purusi réside à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, à l’instar de plusieurs autres officiels congolais du Sud-Kivu. Même ceux qui s’étaient retranchés à Uvira ont rejoint Bujumbura avant la chute de cette ville dans les mains du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025.

Dans le camp de Busuma, à l’est du Burundi, deux enfants se tiennent devant un abri de fortune, témoignant des conditions de vie dramatiques, décembre 2025. © SOS Médias Burundi
Dans le camp de Busuma, à l’est du Burundi, deux enfants se tiennent devant un abri de fortune, témoignant des conditions de vie dramatiques, décembre 2025. © SOS Médias Burundi

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle plusieurs localités stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris leurs chefs-lieux, Goma et Bukavu, ainsi que d’importantes zones minières, dont la stratégique zone de Rubaya, située sur le territoire de Masisi dans le Nord-Kivu. Rubaya est l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan et fournit une part significative du tantale mondial, un minerai essentiel à l’industrie électronique et aux nouvelles technologies.

Le mouvement est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui plaide pour un État fédéral en RDC. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais, dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.

Le Burundi, pour sa part, a déployé plus de 10 000 soldats en RDC depuis mars 2023 pour soutenir les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, et les milices locales Wazalendo, contribuant à la complexité d’un conflit régional déjà explosif.

Un appel pressant à l’assistance et à la paix

Avec plus de 45 000 réfugiés installés à Busuma, la crise humanitaire demeure aiguë. Les réfugiés lancent un appel urgent au HCR, au gouvernement burundais et aux autorités congolaises pour renforcer l’assistance humanitaire, mais surtout pour œuvrer à une désescalade durable du conflit et à un retour volontaire, sécurisé et digne dans leur pays d’origine.

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Photo : des centaines de réfugiés à Busuma attentifs à la délégation, le 22 décembre 2025. © SOS Médias Burundi

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