Ruyigi : le camp de Busuma sous tension après des violences lors des fêtes de Noël
SOS Médias Burundi
Ruyigi, 27 décembre 2025 – Dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, la situation sécuritaire et sanitaire au camp de réfugiés de Busuma suscite de vives inquiétudes.
La situation sécuritaire et sanitaire au camp de réfugiés de Busuma, situé en commune de Ruyigi dans la province de Buhumuza, suscite de vives inquiétudes. Lors des célébrations de Noël, des actes de violence et des comportements jugés menaçants ont été signalés, impliquant certains réfugiés congolais récemment arrivés.
Selon plusieurs sources concordantes, des réfugiés ont lancé des pierres en direction de partenaires humanitaires et circulé armés de machettes, mettant en péril la sécurité à l’intérieur du camp ainsi que la cohabitation avec les populations riveraines.
Face à ces incidents, la gouverneure de la province de Buhumuza, Denise Ndaruhekere, a appelé les réfugiés à respecter strictement les lois régissant le statut des réfugiés ainsi que celles du pays d’accueil.
« La persistance de tels comportements menace la paix et la sécurité, et pourrait compromettre l’assistance humanitaire dans le camp », a-t-elle averti.

La gouverneure de Buhumuza, Denise Ndaruhekere, appelle les réfugiés congolais du camp de Busuma à respecter les lois et à maintenir la paix et l’hygiène, après des tensions survenues lors des célébrations de Noël. © SOS Médias Burundi
Outre l’insécurité, les autorités s’alarment de la dégradation des conditions d’hygiène au sein du camp. Selon les services sanitaires locaux, l’insalubrité, l’état préoccupant des latrines et l’utilisation non contrôlée des points d’eau constituent des facteurs favorisant la propagation de maladies hydriques, notamment le choléra, déjà signalé dans certaines communes de la province.
Les habitants vivant à proximité du camp dénoncent également des comportements agressifs.
« Lorsque certains réfugiés se rendent aux points d’eau, ils déracinent les cultures et menacent ceux qui tentent de protéger leurs champs. Cela nous inquiète énormément », témoigne Jean Niyonkuru, cultivateur riverain.
Un autre résident confie :
« Nous comprenons les besoins des réfugiés, mais la violence n’est pas une solution. Nous avons peur pour nos familles et pour nos enfants. »
La gouverneure exhorte ainsi les réfugiés à s’engager activement dans le maintien de la paix, de la sécurité et de l’hygiène.
« Il en va de leur santé et de celle des communautés d’accueil. Le respect des règles est indispensable pour vivre ensemble », a-t-elle insisté.
Jusqu’à ce samedi, le camp de Busuma accueillait plus de 62 000 réfugiés congolais, arrivés depuis début décembre en provenance de la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Ces populations fuient les combats opposant les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, appuyée par les soldats burundais et les milices locales Wazalendo, aux rebelles du M23.

Au camp de Busuma dans l’est du Burundi, une population nombreuse de réfugiés, dont des enfants, attend au hangar du réseau mondial de la charité catholique – Caritas. Lors des célébrations de Noël, des tensions ont éclaté, certains réfugiés lançant des pierres et circulant armés de machettes, mettant en péril la sécurité et l’assistance humanitaire. © SOS Médias Burundi
Face aux avancées du M23 dans la plaine de la Rusizi depuis début décembre, le Burundi a rapatrié une grande partie de ses troupes déployées en RDC depuis mars 2023. Les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, sous médiation américaine, accord auquel le Burundi a pris part en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Dans ce contexte, plusieurs autorités congolaises du Sud-Kivu, dont le gouverneur Jean-Jacques Purusi, qui s’étaient repliées à Uvira après la chute de Bukavu, chef-lieu de la province au début de l’année, ont fui vers le Burundi après la prise d’Uvira dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025. Les rebelles ont par la suite annoncé s’être retirés de cette ville stratégique, située à seulement quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, sous certaines conditions.
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, contrôle aujourd’hui plusieurs localités stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris leurs chefs-lieux respectifs, Goma et Bukavu, ainsi que d’importantes zones minières.
Parmi celles-ci figure la zone stratégique de Rubaya, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, fournissant une part significative du tantale utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies.
Le mouvement est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis de 1994.
La petite nation de l’Afrique de l’Est a déjà accueilli près de 90 000 réfugiés congolais au cours du seul mois de décembre, s’ajoutant à plus de 70 000 autres arrivés plus tôt dans l’année, accentuant la pression humanitaire et sécuritaire dans plusieurs provinces du pays.
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Photo : Vue partielle de la partie nord du camp de Busuma, où plusieurs installations humanitaires accueillent les réfugiés et assurent la distribution de nourriture et de soins de base. © SOS Médias Burundi
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