Nduta–Nyarugusu : quand la Tanzanie rase les camps pour forcer le retour des réfugiés burundais

Nduta–Nyarugusu : quand la Tanzanie rase les camps pour forcer le retour des réfugiés burundais

SOS Médias Burundi

Nduta, 8 janvier 2026 –La destruction des camps de réfugiés burundais se poursuit en Tanzanie, suscitant de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains et les réfugiés eux-mêmes. Après Nyarugusu, le camp de Nduta est désormais visé : deux de ses zones ont été démolies depuis ce mercredi, laissant des centaines de familles sans abri et renforçant les accusations de rapatriement forcé déguisé en retour volontaire.

Nduta frappé à son tour

La machine chargée de démolir les habitations est arrivée au camp de Nduta ce mercredi. Son déploiement avait été retardé la veille par « une réunion de travail » destinée, selon les autorités, à « affiner l’opération et éviter les résistances ».

Chose promise, chose due : presque toutes les maisons situées dans les zones 17 et 18 ont été rasées. « Même les écoles et les postes de santé n’ont pas été épargnés », rapportent des sources sur place.

Le choix de ces zones ne serait pas fortuit. Depuis trois semaines, de nombreux réfugiés de la zone 17 s’enregistrent massivement pour un retour qualifié de volontaire, tandis que la zone 18 est perçue comme plus résistante.
« D’abord, c’est pour “aider” ceux qui rentrent à détruire leurs maisons, ensuite pour montrer aux opposants que tout est possible », analyse un leader local, qui dénonce une situation « inédite » en matière de violations des droits des réfugiés.

« On aura tout vu ! Ils construisent des tentes pour accueillir ceux qui attendent les convois de retour pendant que d’autres détruisent leurs maisons », s’indigne-t-il, qualifiant la scène de « spectacle malheureux ».

Des centaines de sans-abri et des arrestations

Plusieurs centaines de réfugiés burundais se retrouvent désormais sans abri. La police et les gardiens civils autorisent néanmoins les occupants à récupérer leurs biens.

Ironie du sort, « les maisons des gardiens civils burundais des deux zones ont également été détruites. Nos compatriotes devraient comprendre qu’ils ne sont pas non plus les bienvenus en Tanzanie », confient des réfugiés.

Les effets ménagers d’une famille de réfugiés burundais étalés en plein air après la destruction de leur maison au camp de Nduta, le 8 janvier 2026. ©SOS Médias Burundi
Les effets ménagers d’une famille de réfugiés burundais étalés en plein air après la destruction de leur maison au camp de Nduta, le 8 janvier 2026. ©SOS Médias Burundi

Selon une source médicale, l’hôpital de Médecins sans frontières (MSF) à Nduta a admis une dizaine de femmes ayant perdu connaissance, victimes de traumatismes liés à la démolition de leurs maisons. Des jeunes ayant tenté d’opposer une résistance ont été arrêtés et détenus dans des cachots de police.

Le nombre exact de maisons détruites n’est pas encore connu, mais des sources locales évoquent plus de 4 000 habitations rasées dans les deux zones.

Coup d’envoi à Nyarugusu

Deux jours plus tôt, une opération similaire avait été lancée au camp de Nyarugusu. Plus de 3 000 maisons y ont été détruites dans les zones 12 et 13, laissant des centaines de familles burundaises sans abri.

Sous couvert de rapatriement « volontaire », de nombreux réfugiés dénoncent un retour imposé et appellent l’ONU à intervenir face à ce qu’ils considèrent comme une violation grave de leurs droits fondamentaux.

Une possible violation de la Convention de 1951

Ces démolitions et pressions exercées sur les réfugiés burundais soulèvent de sérieuses interrogations au regard du droit international. La Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, à laquelle la Tanzanie est partie, interdit toute forme de refoulement direct ou indirect, notamment à travers des mesures coercitives visant à forcer le retour des réfugiés vers leur pays d’origine lorsque leur sécurité n’est pas garantie.

Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, la destruction des habitations, l’absence d’alternatives viables, le climat de peur et les restrictions imposées dans les camps peuvent constituer des formes de contrainte assimilables à un rapatriement forcé, même lorsque celui-ci est officiellement présenté comme « volontaire ».

Des réfugiés burundais interrogés affirment que ces conditions ne leur laissent aucun choix réel, les exposant à un retour sous pression, en contradiction avec les engagements internationaux de la Tanzanie.

Exode vers d’autres pays

Sur les frontières kényane, ougandaise et zambienne, des sources font état de regroupements de réfugiés burundais tentant de redemander l’asile. Certains parviennent à rejoindre des camps comme Kakuma, au nord-ouest du Kenya, en empruntant des routes clandestines, tandis que d’autres sont arrêtés aux frontières.

Pendant ce temps, le HCR ainsi que les gouvernements tanzanien et burundais estiment que plus de 97 % des réfugiés burundais en Tanzanie n’auraient plus besoin de protection internationale, arguant que « la paix et la stabilité règnent au Burundi ». Une affirmation largement contestée par les réfugiés, qui se disent toujours « non rassurés » quant à leur sécurité en cas de retour.

La commission tripartite a décidé que les camps de Nduta et Nyarugusu seront définitivement fermés le 31 mars 2026, date à laquelle « personne ne sera autorisé à rester ».

La Tanzanie accueille encore plus de 110 000 réfugiés burundais, pour la plupart ayant fui la crise politique de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

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Photo : des réfugiées burundaises se tiennent, désolées, devant les ruines de leurs maisons démolies par les autorités tanzaniennes à Nduta, le 8 janvier 2026. ©SOS Médias Burundi

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