Tensions sécuritaires à la frontière burundo-rwandaise : inquiétude grandissante des populations locales

Tensions sécuritaires à la frontière burundo-rwandaise : inquiétude grandissante des populations locales

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 8 janvier 2026 – Depuis le 7 décembre, le déploiement massif de troupes burundaises et de matériel militaire lourd aux frontières de la Kibira et tout près de la rivière Ruhwa suscite une vive inquiétude parmi les habitants des zones frontalières, exposés aux violences armées et aux restrictions imposées à leurs déplacements.

La FDNB (Force de défense nationale du Burundi) a renforcé la présence de ses soldats le long de la frontière avec le Rwanda, après les avancées spectaculaires du M23 dans la plaine de la Rusizi, en province du Sud-Kivu, frontalière avec le Burundi. Dans cette région, les militaires burundais étaient déployés aux côtés des FARDC, l’armée loyaliste congolaise, des milices Wazalendo, entretenues par Kinshasa, et, dans certaines situations, coalisés avec les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Ce déploiement fait partie d’une stratégie plus large du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu devenue parti au pouvoir au Burundi depuis 2005, suite à l’accord d’Arusha d’août 2000, visant à sécuriser la frontière et à maintenir une présence militaire conséquente dans les zones sensibles.

Témoignages des populations locales

Dans les localités riveraines de la frontière, les habitants vivent dans la peur. Sur la colline Bumba, dans la commune de Bukinanyana, un résident confie : « Nous craignons une escalade militaire qui pousserait les civils à abandonner leurs biens sans savoir où se réfugier. »

À Rukana, un autre habitant indique que les autorités militaires ont imposé un couvre-feu strict : « Toute personne quittant Rugombo vers la zone frontalière de la Ruhwa doit être rentrée avant 18 heures. Nous vivons du commerce au marché moderne de Rugombo, mais on nous interdit de circuler après cette heure. Pourtant, c’est là que nous faisons vivre nos familles. »

D’autres habitants redoutent que des soldats mal ravitaillés se retournent contre les civils pour se procurer de la nourriture. Ils rapportent la présence de groupes armés parlant le kinyarwanda, actifs dans les forêts de Bukinanyana et Mabayi, qui auraient déjà pillé vivres et bétail. Les populations appellent les autorités à éviter toute provocation contre le Rwanda et demandent la levée des mesures restrictives qui entravent leur liberté de mouvement et aggravent leurs conditions de vie.

Accusations mutuelles entre Gitega et Kigali

En décembre dernier, le ministre burundais des Relations extérieures, Édouard Bizimana, a dénoncé le déploiement par l’armée rwandaise d’au moins 8 000 militaires sur le sol congolais, en violation des engagements pris. Il a également accusé Kigali d’avoir bombardé des positions burundaises et congolaises dans le Sud-Kivu, menaçant que « le Burundi ne resterait pas sans agir ». Selon lui, le Rwanda aurait aussi renforcé sa présence militaire le long des frontières avec le Burundi, dans le nord et l’ouest du pays.

Des vendeuses ambulantes à la frontière de Ruhwa entre le Burundi et le Rwanda, le 11 janvier 2024. Leur activité est affectée par la fermeture des frontières ©SOS Médias Burundi
Des vendeuses ambulantes à la frontière de Ruhwa entre le Burundi et le Rwanda, le 11 janvier 2024. Leur activité est affectée par la fermeture des frontières ©SOS Médias Burundi

Dans le même temps, le président rwandais Paul Kagame a riposté en accusant l’armée burundaise d’avoir déployé plus de 20 000 soldats au Congo, en utilisant drones et artillerie pour « tuer des civils, surtout à Minembwe », qualifiant la situation de « chaotique ».

Lors d’une cérémonie d’échange de Noël et du Nouvel An dans la capitale politique Gitega, le président burundais Évariste Ndayishimiye a affirmé que son pays poursuivait activement des préparatifs face à toute éventualité de guerre avec le Rwanda, impliquant l’ensemble des citoyens.

Contexte régional tendu

Cette situation survient dans un contexte régional particulièrement sensible. Depuis 2015, Burundi et Rwanda se surveillent mutuellement, chacun suspectant l’autre de soutenir des groupes armés sur son territoire. Les frontières terrestres burundaises avec le Rwanda restent fermées depuis janvier 2024. Le président Évariste Ndayishimiye et le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, ont confirmé que la frontière resterait fermée tant que Kigali abrite des putschistes impliqués dans la tentative de coup d’État de 2015.

Parallèlement, la guerre dans l’est de la RDC se poursuit, impliquant le M23, les FARDC, les Wazalendo et les FDLR. Le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), qui plaide pour un État fédéral en RDC. Cette coalition contrôle plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris les chefs-lieux des deux Kivus, Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers cruciaux, dont celui de Rubaya (Masisi, Nord-Kivu), l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Kinshasa impute à Kigali un soutien au M23, tandis que le Rwanda attribue à la RDC et au Burundi un appui aux FDLR.

Une vue de la forêt de la Kibira, dans le nord-ouest du Burundi, où opèrent des groupes rebelles rwandais retranchés depuis plusieurs années © SOS Médias Burundi
Une vue de la forêt de la Kibira, dans le nord-ouest du Burundi, où opèrent des groupes rebelles rwandais retranchés depuis plusieurs années © SOS Médias Burundi

Un rapport récent des experts des Nations Unies, qualifiés d’« imposteurs » par Kigali, confirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23, malgré les démentis répétés de Kigali. Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre le Rwanda et la RDC, auquel le Burundi a pris part en tant qu’observateur. L’accord prévoit notamment le désarmement des FDLR, que le président Félix Tshisekedi décrit comme « une force résiduelle réduite au banditisme », ne représentant plus de menace pour le Rwanda.

Les habitants des zones frontalières vivent ainsi suspendus à l’évolution de la situation régionale, inquiets des mouvements militaires, des groupes armés et des restrictions imposées, tandis que près de 90 000 réfugiés congolais sont arrivés récemment dans la petite nation de l’Afrique de l’Est, déjà confrontée à de fortes tensions humanitaires.

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Photo : une rue dans un centre situé entre Bweyeye et Ruhororo, à la frontière entre le Burundi et le Rwanda, où la présence militaire a été récemment renforcée © SOS Médias Burundi

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