Décentralisation sanitaire : un transfert de pouvoir aux communes à double tranchant
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 13 janvier 2026 – En confiant aux administrateurs communaux la nomination des médecins chefs de districts sanitaires et des directeurs des hôpitaux communaux et de districts, le gouvernement burundais franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre du nouveau découpage administratif. Présentée comme un levier de décentralisation et de rapprochement des services de santé avec la population, cette réforme suscite toutefois des interrogations quant à ses implications sur l’indépendance technique du secteur sanitaire et la qualité des soins.
La réforme, officialisée après les élections législatives et communales du 5 juin 2025, a profondément remodelé l’organisation territoriale du Burundi. Le nombre de provinces est passé de 18 à 5, celui des communes de 119 à 42, tandis que les zones administratives ont augmenté de 339 à 447. Le nombre de collines est, lui, passé de 2 910 à 3 037. Ces changements illustrent la volonté affichée de rapprocher l’administration des citoyens et de renforcer la décentralisation.
Les médecins chefs de districts sanitaires ainsi que les directeurs des hôpitaux communaux et de districts seront désormais désignés par les administrateurs communaux. La décision a été annoncée par le secrétaire général et porte-parole du gouvernement, Jérôme Niyonzima, à l’issue du Conseil des ministres tenu la semaine dernière à Bujumbura, la capitale économique du Burundi.
Une réforme arrimée au nouveau découpage administratif
Chaque commune est désormais constituée d’un ou deux districts sanitaires, chacun couvrant une population déterminée et une aire géographique regroupant plusieurs zones administratives. Une zone administrative ne peut relever que d’un seul district sanitaire, afin d’éviter les chevauchements et d’assurer une organisation cohérente des services de santé.
Décentraliser pour rapprocher les services
Le Conseil des ministres recommande que les médecins chefs de districts sanitaires et les directeurs des hôpitaux communaux et de districts soient nommés par l’administrateur communal, conformément à l’esprit de la décentralisation. Les administrateurs conservent toutefois la possibilité de recruter ces responsables en dehors de leur commune, en cas de besoin, pour pallier les insuffisances en ressources humaines qualifiées.
Des risques d’ingérence pointés du doigt
Si la réforme vise à renforcer la redevabilité locale et l’adaptation des services de santé aux réalités communales, elle n’est pas exempte de critiques. Des observateurs s’inquiètent du risque d’ingérence politique ou administrative dans un secteur technique où les décisions devraient reposer sur des critères professionnels, d’expérience et de performance. La politisation des nominations pourrait fragiliser la gouvernance sanitaire et, à terme, affecter la qualité des soins offerts à la population.
Pancartes obsolètes et décentralisation inachevée
Le Conseil des ministres a par ailleurs recommandé la suppression des pancartes inutiles et l’actualisation des dénominations sur les bâtiments administratifs. Malgré le nouveau découpage et la restructuration des ministères, de nombreuses anciennes indications demeurent visibles, créant confusion et difficultés d’accès pour la population.
Dans plusieurs localités, les anciennes pancartes indiquant les limites des communes et des zones administratives demeurent en place, compliquant l’orientation des citoyens et les obligeant parfois à parcourir de longues distances à pied pour accéder aux services administratifs, en contradiction avec l’objectif affiché de rapprochement des services publics.
Une réforme attendue sur le terrain
Alors que le nouveau découpage administratif ambitionne de rapprocher l’administration et les services sociaux de la population, de nombreux défis restent à relever. Pour plusieurs observateurs, la réussite de la décentralisation sanitaire dépendra non seulement du transfert de pouvoir aux communes, mais surtout de la transparence des nominations, du respect des critères professionnels et de la capacité de l’État à accompagner la réforme par des mesures concrètes au bénéfice des citoyens.
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Photo : Des femmes patientent devant la pédiatrie d’une structure sanitaire locale, confrontées à une grave pénurie de soins et de médicaments, alors que les administrateurs communaux disposeront désormais du pouvoir de nommer les responsables sanitaires. © SOS Médias Burundi
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