Sud-Kivu : frappes de drones à Uvira, l’AFC/M23 accuse Kinshasa de violations du cessez-le-feu

Sud-Kivu : frappes de drones à Uvira, l’AFC/M23 accuse Kinshasa de violations du cessez-le-feu

SOS Médias Burundi

Uvira, 15 janvier 2026 – Une attaque menée à l’aide de drones militaires a visé mercredi après-midi la commune de Kalundu, dans la ville d’Uvira, province du Sud-Kivu, faisant plusieurs victimes civiles selon des sources locales. L’incident intervient dans un contexte de combats persistants entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23), sur fond de fortes tensions régionales et de cessez-le-feu contesté.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, un drone attribué aux FARDC aurait bombardé, aux environs de 14h30, une buvette dénommée Blue Cut, située à proximité du port public de Kalundu. L’attaque aurait provoqué des morts et de nombreux blessés parmi les civils, ainsi que d’importants dégâts matériels.

« Il y a plusieurs civils blessés et des morts. La cabarette a été complètement détruite », a confié à SOS Médias Burundi un habitant de Kalundu joint après les faits.

D’après des informations locales, la frappe aurait été menée sur la base de renseignements faisant état de la présence présumée d’éléments du mouvement rebelle M23 réunis dans cet établissement. Des sources proches de l’AFC/M23 démentent ces affirmations, assurant qu’aucun responsable ni combattant du mouvement ne se trouvait sur les lieux au moment de l’attaque.

Accusations de violations du cessez-le-feu

Dans un message publié mercredi 14 janvier sur le réseau social X (anciennement Twitter), le porte-parole de l’AFC/M23, Lawrence Kanyuka, accuse les autorités congolaises de violations répétées du cessez-le-feu en vigueur dans l’est de la RDC.

Il affirme que des drones appartenant aux forces coalisées de Kinshasa ont bombardé, vers 14h20, le port de Kalundu, provoquant d’importants dégâts matériels ainsi que des pertes en vies humaines.

« Face à ces actes graves, l’AFC/M23 prend à témoin la communauté nationale et internationale du mépris flagrant du régime de Kinshasa pour ses engagements », a-t-il écrit, sans fournir de bilan chiffré.

Ce jeudi, des habitants affirment également qu’un drone des FARDC aurait été abattu au point zéro, dans le territoire de Fizi, par les combattants du groupe armé Twirwaneho, à l’issue d’affrontements violents.

Selon les mêmes sources, ces combats auraient opposé les FARDC, appuyées par les milices Wazalendo et des éléments de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), aux combattants de Twirwaneho, allié militaire de l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu.

Twirwaneho est un groupe armé composé principalement de membres de la communauté Banyamulenge, minoritaire dans la région, et considéré comme un allié stratégique du M23 dans cette zone.

À ce stade, ni les autorités congolaises ni les autorités burundaises n’ont réagi officiellement à ces accusations, et aucune confirmation indépendante n’a pu être obtenue concernant les faits rapportés.

Uvira, une ville toujours sous haute tension

Ces événements surviennent dans un contexte sécuritaire extrêmement instable à Uvira. La ville stratégique avait été reprise par les rebelles du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, avant que le mouvement n’annonce, une semaine plus tard, un retrait présenté comme conditionnel.

Toutefois, selon plusieurs témoins locaux, des éléments de police affiliés à l’AFC/M23 demeurent visibles dans certains quartiers d’Uvira, alimentant les incertitudes quant au contrôle effectif de la ville et à la solidité du cessez-le-feu annoncé.

Le même mercredi, entre 19h et 21h, de violentes détonations d’armes lourdes et légères ont été signalées dans les montagnes de Kigongo et Makobola, provoquant un climat de panique au sein de la population. Selon des habitants, les tirs se seraient poursuivis jusque dans la matinée de jeudi.

Certaines sources communautaires affirment par ailleurs que les milices Wazalendo, alliées aux FARDC, chercheraient à empêcher la reprise des cours scolaires dans la zone.
« Ils veulent faire peur aux parents pour que les enfants restent à la maison. Si les élèves retournent à l’école, la communauté internationale verra qu’il y a la paix à Uvira », confie une source locale.

Des sources de l’AFC/M23 avancent également que les drones utilisés lors des bombardements d’Uvira proviendraient du Burundi, une information qui n’a pas pu être confirmée de manière indépendante.

Des habitants d’Uvira descendus dans les rues le 16 décembre 2025 réclament le maintien des rebelles du M23. © SOS Médias Burundi

Un conflit régional aux ramifications multiples

Ces attaques s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement complexe et violent. Les FARDC, appuyées par des troupes burundaises et les milices Wazalendo, affrontent les rebelles du M23, réactivé en 2021 et désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

L’AFC/M23 contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, les chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, un minerai essentiel pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies. Le mouvement plaide également pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques. Le Burundi avait participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Dans ce conflit aux multiples ramifications régionales, les soldats burundais continuent de payer un lourd tribut, souvent dans l’ombre et le silence. Entre août 2022 et décembre 2025, plus de 29 000 soldats burundais ont été déployés dans l’est de la RDC, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi.

Avec les avancées de l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu, l’armée burundaise a rapatrié une grande partie de ses troupes en décembre, avant d’opérer un redéploiement limité ces derniers jours. Les hostilités ont poussé des milliers de civils à fuir vers les pays voisins. La petite nation de l’Afrique de l’Est a accueilli à elle seule plus de 100 000 Congolais rien qu’en décembre, s’ajoutant à plus de 70 000 réfugiés déjà présents plus tôt dans l’année, accentuant une pression humanitaire déjà critique.
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Photo : Un jeune garçon hospitalisé à Masisi après des bombardements impliquant l’usage de drones, attribués par des sources locales aux FARDC, au Nord-Kivu, janvier 2026. © SOS Médias Burundi

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