Buhumuza : 22 réfugiés congolais meurent en une seule journée au camp de Busuma
SOS Médias Burundi
Ruyigi, 31 janvier 2026 – La situation humanitaire au camp de réfugiés de Busuma, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, atteint un niveau critique. Vingt-deux réfugiés congolais ont perdu la vie en l’espace d’une seule journée, ce vendredi 30 janvier 2026, selon des sources locales. La majorité des victimes sont des enfants, des femmes et des personnes âgées.
Ces décès viennent alourdir un bilan déjà dramatique. Depuis l’ouverture du site, 426 réfugiés seraient décédés au camp de Busuma, indiquent les mêmes sources.
Les réfugiés, majoritairement originaires de l’est de la République démocratique du Congo, vivent dans des conditions jugées extrêmement précaires. Le manque de nourriture, la pénurie d’eau potable, l’absence de soins médicaux adaptés et l’insalubrité généralisée figurent parmi les principales causes de cette mortalité alarmante.
Un réfugié congolais, ayant requis l’anonymat, décrit une situation de détresse extrême :
« Nous sommes venus ici pour sauver nos vies, mais aujourd’hui nous mourons lentement. Les enfants et les personnes âgées sont les premières victimes. Chaque matin, on se réveille avec la peur d’apprendre qu’un voisin est mort pendant la nuit. On enterre chaque jour. »
Les réfugiés ont fui la dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs cités et localités de la province du Sud-Kivu, à l’est de la RDC, à la suite des affrontements survenus en décembre 2025 entre les rebelles du M23 et les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées notamment par des milices locales pro-Kinshasa, les Wazalendo, ainsi que par des troupes burundaises.

Plus d’un mois après leur arrivée à Busuma, les réfugiés affirment ne voir aucune perspective de solution durable, alors que les décès continuent d’augmenter. Plusieurs se disent prêts à rentrer volontairement en RDC, à condition qu’une ouverture sécurisée de la frontière Gatumba–Kavimvira soit autorisée.
« Nous ne demandons pas le luxe, seulement de vivre. S’il faut rentrer chez nous, nous sommes prêts, mais qu’on nous laisse au moins le choix », confie un autre réfugié sous couvert d’anonymat.
Face à cette situation, Mafikiri Mashimango Martin, coordonnateur provincial de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) Sud-Sud-Kivu, actuellement à Uvira, appelle à une action humanitaire urgente. Il plaide pour l’ouverture immédiate d’un couloir humanitaire, ou à défaut, pour la réouverture de la frontière Gatumba–Kavimvira afin de permettre un retour volontaire et sécurisé des réfugiés.
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Il rappelle que cette mesure avait déjà été appliquée en décembre 2025 par les autorités burundaises au profit de leurs ressortissants vivant à Uvira, estimant que le même geste humanitaire devrait être accordé aux citoyens congolais aujourd’hui en détresse. Il met également en garde contre le désarroi croissant des réfugiés, susceptibles d’agir par leurs propres moyens face à l’inaction persistante.
À ce jour, le camp de Busuma abrite plus de 70 000 réfugiés congolais.
Les violences à l’origine de cet exode opposent les FARDC, appuyées par des milices locales Wazalendo et les troupes burundaises, aux rebelles du M23, réactivé fin 2021 et désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).
Le M23 contrôle plusieurs zones stratégiques de l’est congolais, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux respectifs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements mondiaux de coltan, un minerai clé pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies.
Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, tandis que Kigali dénonce un appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Sur le plan diplomatique, l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, n’a pas permis d’enrayer les violences sur le terrain. Le Burundi y avait pris part en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, publié en 2025, fait état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23, des conclusions que les autorités rwandaises qualifient d’« imposture ».
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Photo : des tombes très récentes ont été observées au cimetière de Bikinga, non loin du camp de Busuma, dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi. Depuis décembre 2025, plusieurs familles réfugiées dans le camp ont perdu des proches, victimes des conditions de vie extrêmement précaires, du manque d’eau potable, de nourriture et d’accès aux soins de santé. Ce cimetière témoigne tristement du nombre croissant de décès dans la région. ©SOS Médias Burundi
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